Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Ma 6T va se marrer – Cartoons de banlieue, phénomènes de société, baltringues, krevards, les Lascars s’attaquent au cinéma. Sortez le corn pop.

D’ Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz. Avec les voix de Vincent Cassel, Diane Kruger, Omar et Fred. 1H36. sortie: 24/06.

Plus d’un Français sur deux ne compte pas partir en vacances cet été mais tout le monde à Condé-sur-Ginette rêve des plages de Santo Rico. Pour Tony Merguez et José Frelate, arnaqués par leur agence de voyage, ce ne sera pas encore pour cette année. Tandis que José se dégotte un boulot dans une villa de Joibour, Tony tente de se la jouer Montana, Scarface des banlieues, en revendant quelques kilos de beuh. Du gazon, maudit, avancé par Zoran, caïd doublé d’un psychopathe.

Flic nymphomane, sauna norvégien, fan de films d’auteur érotiques… Tous se liguent contre les deux baltringues. Mais, comme disait l’autre, l’important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Et avec les Lascars, il a peu de chance de se faire en douceur. Réalisé par Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz, deux diplômés de l’école des Gobelins qui travaillent depuis plus de dix ans au sein de Millimages (1), Lascars est un film d’animation pour (jeunes) adultes et (vieux) adolescents. Qui a eu les honneurs d’une sélection à Cannes à la Semaine de la Critique.

S’ils rêvent depuis le début d’un long métrage, leurs géniteurs Alexis Dolivet, Eldiablo, Laurent Nicolas, Numéro 6, Cap 1, Lucien Papalu et Izm ont dû cravacher et prendre leur mal en patience avant de convaincre des producteurs. Back-flash. Les Lascars commencent à glander, smoker et magouiller à la télé en 2000. Une minute par-ci par-là sous forme de sketchs corrosifs. Deux saisons de 30 épisodes s’enchaînent. Diffusées sur Canal+, MCM, puis dans plus de vingt pays à travers le monde. Alors que l’intelligentsia du cinéma français se plaint du sort réservé à ses films à l’étranger, un projet de banlieue, sur la banlieue, lui montre comment faire pour s’exporter.

Depuis 2005, les Scarlas squattent l’antenne de MTV aux Etats-Unis. Le phénomène explose avec Internet et la téléphonie mobile. Depuis le début de l’année, les épisodes de la série comptent plus de 20 millions de visionnages.

Entre La Haine et South Park

Mené tambour battant, avec quelques répliques qui devraient devenir cultes, mais jamais non plus vraiment hilarant, Lascars a surtout le mérite de montrer l’univers des técis autrement. De dealer, l’air de pas y toucher, avec des phénomènes de société. Sans donner la leçon en philosophes de la rue mais armés d’une bonne dose d’autodérision pour faire valdinguer les clichés. Caricatures cartoonesques dont les voix sont assurées par Vincent Cassel, Diane Kruger, Frédérique Bel, Omar et Fred, les Lascars tapent généralement en-dessous d’une ceinture qu’ils doivent souvent se serrer.

Leurs créateurs sont tous les rejetons de la culture hip hop. Ces Lascars, ils les connaissent bien. Pour leur donner vie, ils se sont inspirés de leurs amis, de leurs délires, de leur quotidien. La B.O. de leur existence, elle rappe. Forcément. De La Soul a même composé expressément un morceau pour eux.

Lascars, c’est un peu La Haine qui rencontre South Park. Le directeur de l’animation, Thomas Digard, explique avoir travaillé entre la prise de vue réelle, l’animation japonaise et le cartoon américain. Utilisant à la fois la 2D et la 3D. Le résultat, qui fait penser à Bill Plympton, est plutôt bluffant. Le budget? Dix fois inférieur à celui d’un film Dreamworks ou Pixar. Lascars pourrait rapporter gros.

(1) Créé en 2003, Millimages compte aujourd’hui parmi les leaders européens du dessin animé

www.lascars-lefilm.com

Julien Broquet

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