Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

22.50 LA DEUX

PRéSENTé PAR JéRôME COLIN.

Lorsqu’il est revenu sur scène, à l’Olympia en mars 2002, cela faisait un quart de siècle que Christophe ne s’était plus produit en public. C’est dire que cet amateur d’illusions – pour les concerts parisiens, il s’était fait faire un double troublant de ressemblance – est aussi quelqu’un qui vit en-dehors du temps. Jacques Duvall (parolier de Lio et Chamfort) fût une fois invité par le chanteur à passer une après-midi aux studios ICP bruxellois pour une tentative de texte. Duvall ne mit qu’une condition: être libéré à 20 heures pour un match de football capital. Le grand Jacques fut effectivement libre de ses gestes sur le coup de huit heures, mais du matin… Sans qu’une seule phrase ne parvienne à finir, effectivement, dans une chanson christophienne! Et à l’été 2008, lorsqu’on rencontre le lascar à Paris, dans l’un de ses restaurants fétiches, l’interview, planifiée pour 22.30, s’étire entre curry et vins choisis, jusqu’à 1.30 du matin. A ce moment-là, le chanteur des mots bleus et des nuits d’encre, se rappelle qu’il a encore une rencontre à honorer…

LES NUITS DU CHASSEUR

Ainsi va Christophe, noctambule inguérissable,  » qui ne se lève le matin que pour aller chiner au marché de la Place du Jeu de Balles à Bruxelles ». Hep Taxi! s’est déplacé à Paris pour saisir l’italo-parisien qui devient vedette en 1965 avec l’immense Aline. Il a alors vingt ans. Depuis toujours, Christophe voue un culte  » à la nuit, aux interdits ». Il s’est fait retirer le permis il y a dix ans et ne l’a plus jamais repris : « J’étais à 200 sur l’autoroute, tranquille ». Le sexagénaire qui se lève généralement à 17.30 (…), emmène le Taxi jusque devant la maison de Gainsbourg, puis dérive vers une librairie où il rappelle son amour pour le peintre haïtien de New York, Jean-Michel Basquiat. Ensuite, il parle d’Artaud et revient à son (superbe) dernier album solo de 2008, Aimer ce que nous sommes distillé dans l’émission, comme d’autres archives sonores plus anciennes . Sur un petit appareil jetable fourni par Hep Taxi! Christophe saisit des instantanés et parle des femmes. Une belle à talons frôle la voiture et notre maître-étalon se souvient de ses racines italiennes… La promenade s’arrête à l’hôtel où est mort Oscar Wilde: Christophe et Colin y visitent la chambre de l’écrivain scandaleux. Là, dans ce décor boisé, le chanteur chauve-souris donne à la guitare acoustique un bout des Paradis perdus, imparable morceau sur le dandysme. Suit une brève mais bouleversante version des Mots bleus. La dérive repart alors dans ses inconnues: la nuit, tous les chanteurs sont gris, sauf Christophe…

Philippe Cornet

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