Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Etat de grâce – Les expos consacrées au street art se multiplient à paris. Après Né dans la rue, voici graffiti-état des lieux. de la bombe.

Galerie du Jour, 44 rue Quincampoix, à 75004 Paris. Jusqu’au 10/10.

L’heure du graffiti aurait-elle sonnée? On peut le penser avec la série de reconnaissances officielles qui lui sont tombées dessus coup sur coup. En vrac, Sixeart et consorts à la Tate Modern, Banksy à qui la ville de Bristol a tendu les bras, ou Shepard Fairey en passe de devenir une véritable légende avec son portait d’Obama. A quand un graffeur décoré Chevalier des Arts et des Lettres? Pour couronner le tout, la Fondation Cartier propose Né dans la rue, une expo plutôt didactique sur les origines du mouvement. Devant le bâtiment du boulevard Raspail, de jeunes taggeurs s’exécutent sous les flashes des touristes et des locaux venus en famille. Tout cela ne risque-t-il pas de faire des pratiques issues du street art un mouvement artistique de plus, amené à prendre la poussière dans les salles des différent musées? Et si, plutôt que son heure, c’était le glas de la culture graff qui était en train de sonner…

C’est peut-être ce constat qui a amené Agnès b. à programmer au sein de sa galerie parisienne une exposition en forme d’état des lieux. Attentive à cette mouvance depuis plus de 25 ans, la créatrice s’est forgée une respectabilité en la matière. Cette fois, elle a rassemblé une trentaine de protagonistes incarnant autant de directions empruntées par la culture street. Le constat est clair: du dripping à la performance en passant par la sculpture, les artistes du graff se réinventent en toute continuité par rapport au travail dans la rue. Le line-up est béton: Jonone, Space Invader, Futura, Ikon, Nunca…

Second souffle

Dès l’entrée, on prend la mesure de la vitalité à l’£uvre avec une Opel Kadett totalement taguée par Ikon qui traverse un mur de la galerie. Plus loin, Invader signe une imposante pièce – Rubik girl smoking Bad men – composée de 520 Rubik’s cubes. Trippant! Cette mosaïque d’un nouveau genre reproduit l’image culte d’une chanteuse black de la fin des années 70. Reterritorialisées intra muros, les £uvres ne perdent rien en force. C’est aussi évident pour Futura, artiste new-yorkais des origines, dont le travail possède un sens du mouvement inédit. Au sous-sol, outre les projections, l’exposition se termine par une note d’humour. Scandal propose à la façon d’un extincteur sous verre, une  » bombe de secours réservée à l’usage exclusif des graffeurs« . Preuve que le graff peut encore rire de lui-même.

Michel Verlinden

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