Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

RETOUR DE L’ENFANT PRODIGE KOEN VAN DEN BROEK À LA FAVEUR D’UNE NOUVELLE EXPOSITION À LA FRONTIÈRE DE LA FIGURATION ET DE L’ABSTRACTION. REMARQUABLE.

The Dell

KOEN VAN DEN BROEK, GALERIE GRETA MEERT, 13, RUE DU CANAL, À 1000 BRUXELLES. JUSQU’AU 04/04.

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C’est un peintre qui donne l’impression de planer au-dessus des contingences. De se mouvoir dans ce monde avec la légèreté de celui que ne bride aucune entrave. Chez lui, l’oeil ne semble jamais encombré, jamais pesant, jamais blasé. Il regarde les paysages venir à lui, comme s’ils se donnaient pour la première fois. Des paysages-apparitions. Cette virginité ontologique évite les clichés: pas question pour van den Broek d’exploiter l’imagerie naturelle, source d’émois romantiques convenus, de Friedrich à William Blake. Non, le Flamand s’émerveille devant le construit, le fabriqué, l’urbain. Asphalte fissuré, bordures sinueuses, caniveaux laissés-pour-compte, gouttières béantes…: telle est la grammaire formelle à partir de laquelle il fait surgir son univers pictural. Né à Bree en 1973, Koen van den Broek fixe son attention sur ce que nous ne voyons plus depuis longtemps. Sa démarche se situe au croisement de deux partis pris. Le premier est hugolien. Il est celui des « Choses vues ». L’approche consiste à arpenter un territoire, en l’occurrence les Etats-Unis, en mode « road-movie », en le photographiant. Les images qui en résultent constituent « un soutien à la mémoire » dont l’intérêt est de mettre à jour les lignes, les structures et les courbes significatives de la portion de réalité observée. « Rien de plus que des souvenirs formels d’atmosphères vécues« , comme l’artiste aime à le préciser. Le second parti pris a déjà été évoqué, il est celui de la « vie minuscule », du rien qui ne mérite même pas qu’on le regarde. Et pourtant, c’est sur ce rien que nous nous tenons. Que l’existence toute entière s’appuie.

Géométrie de la couleur

Cette profession de foi visuelle, Koen van den Broek l’a déjà explorée par le biais de différentes séries réalisées en 2013: Chicane, Apex, ou encore Yaw. Au travers des toiles qui en résultaient, la même épure-glorification de la forme. Avec The Dell, le peintre ajoute une dimension supplémentaire: alors qu’auparavant, les toiles baignaient dans une tonalité chromatique réaliste (même si cette dernière se dorait la pilule à la lueur d’une lumière toute californienne), désormais, van den Broek laisse exploser la couleur. Exit les références à l’Histoire de la peinture (Hopper, par exemple) ou au réel. Les rouges, les bleus, les jaunes et les verts larguent les amarres de la vraisemblance. Du coup, le travail du peintre fait un pas supplémentaire en direction de l’abstraction. Un pas bienvenu qui laisse l’oeil mais également l’esprit songeurs, et au bord du vertige. Le spectateur est comme happé par la brèche qu’ouvre la toile. Il faut la fixer intensément et longtemps pour se laisser emporter par la conversion qu’opère le regard malgré soi. Elle emmène loin, dans un monde sans « haut », ni « bas », ni « droite », ni « gauche », un monde où tout n’est que forme et couleur. Un monde dans lequel on se sent davantage regardé que regardant. Un monde éminemment pictural. Duquel on ne souhaite pas forcément revenir.

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MICHEL VERLINDEN

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