Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Big in Japan – Une série de DVD explosifs rappelle l’importance du futur réalisateur de L’Empire des sens et de Furyo dans la révolution du cinéma nippon.

L’Obsédé en plein jour. Avec Saeda Kawaguchi, Akiko Koyama, Kei Sato. 1 h 35.

Été japonais: double suicide. Avec Kei Sato, Keiko Sakurai, Masakazu Tamura. 1 h 35.

À propos des chansons paillardes du Japon. Avec Ichiro Araki, Akiko Koyama, Kazuko Tajima. 1 h 39.

Le Retour des trois soûlards. Avec Kazuhiko Kato, Osamu Kitayama, Norihiko Hashida. Twin Pics.

Belle et bonne idée que cette « collection Oshima » explorant pour commencer l’£uvre de jeunesse du grand cinéaste japonais. Connu surtout internationalement pour le triomphe (à scandale) de son sulfureux Empire des sens et du plus consensuel mais pas moins formidable Furyo (avec David Bowie), Nagisa Oshima fut d’emblée un auteur passionnant. Avec Shohei Imamura et quelques autres talents émergents, il lança la nouvelle vague japonaise au tournant des années 50 et 60, et… au sein même de la compagnie commerciale Shochiku. Certaines « majors » nippones avaient en effet opéré le pari d’ouvrir leur production à des films à petits budgets confiés à de jeunes réalisateurs libres d’y exprimer leur révolte et leur originalité. Assez vite, pourtant, Oshima tenta l’aventure de la production indépendante, avec sa société Sozocha. Les quatre premiers volumes de la collection éditée par Carlotta se consacrent aux années 1966 à 1968. Prolifique, le cinéaste y tournait jusqu’à trois films par an, dans une frénésie créatrice dont l’urgence est bien présente dans les films concernés.

Un cinéaste subversif L’Obsédé en plein jour nous met sur la piste d’un violeur et tueur en série, à travers le regard d’une jeune femme originaire du même village, et que le criminel agresse sexuellement avant d’assassiner sa patronne… D’une facture frénétique et expérimentale (plus de 2000 plans au montage final!), le film joue avec le temps et l’espace avec virtuosité. Cette course-poursuite relaie les désillusions d’un artiste constatant la mort des illusions du Japon d’après-guerre. Eté japonais: double suicide narre la rencontre d’une jeune fille nymphomane avec un homme dont l’obsession n’est pas le sexe mais la mort. Les pulsions suicidaires de celui-ci prenant un tour particulier quand le couple est kidnappé par une bande de yakusas… Nihiliste et violent, le film revisite le thème très populaire au Japon du double suicide amoureux, tout en jetant un £il critique et pessimiste sur un peuple réduit à ses obsessions. A propos des chansons paillardes du Japon a pour personnages principaux des étudiants en pleine période d’examens, mais qui n’en poursuivent pas moins leur quête de sensations sexuelles. Un professeur rencontré en chemin les initiera aux chansons paillardes et à leurs secrets… Sur fond de retour d’un certain nationalisme institutionnel, et sous couvert de mélodies traditionnelles, Oshima signe un film politiquement virulent. Le Retour des trois soûlards, enfin, met en scène d’autres étudiants, partis en vacances à la mer et qu’un vol de vêtements force à s’habiller comme des Coréens, suscitant ainsi l’hostilité d’une population xénophobe… Une dénonciation burlesque d’un racisme anti-coréen auquel Oshima consacrera d’autres films. Et une belle manière de conclure un ensemble dont l’énergie rebelle impressionne encore aujourd’hui. l

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