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Beyoncé, reine consciente du dancefloor. © carlijn jacobs

Six ans après le carton de Lemonade, Queen Bey revient avec Renaissance, album jubilatoire célébrant ses libertés sur la piste de danse.

Stop! Arrêtez tout! La reine Beyoncé a sorti un nouvel album. Et c’est un événement assez conséquent que pour extirper les médias de la torpeur estivale. Dans un monde musical plus explosé que jamais, où les plus grands noms de la pop peuvent à la fois toucher le mainstream et rester inconnus du grand public (Harry Styles? BTS?), Beyoncé est en effet l’une des dernières artistes à pouvoir encore créer l’excitation avec la publication d’un nouveau disque.

Six ans après le carton de l’album Lemonade, voici donc Renaissance. Il a été lancé par le single Break My Soul, l’un des tubes de l’été. Il a permis à Beyoncé de rejoindre Michael Jackson et Paul McCartney dans le club très fermé des artistes ayant réussi à placer au moins vingt titres en solo dans le Top 10 US, et dix en tant que membre d’un groupe… Elle l’a fait avec un morceau hyperdansant, directement branché sur la house music des années 1990 – jusqu’à sampler l’emblématique Show Me Love de Robin S. Break My Soul en reprend à la fois le son et le fond. Celui d’une musique exutoire et libératrice. Pour beaucoup, il est même devenu l’hymne de la Great Resignation, ce mouvement de démissions observé un peu partout dans le monde occidental depuis un an – et peu importe que, pour le coup, le mot d’ordre «Release your job!» vienne d’une multimillionnaire…

La piste de danse semble être devenue le refuge le plus prisé pour échapper à un monde en plein naufrage.

Donnant le ton, Break My Soul a idéalement préparé la sortie de Renaissance, disque entièrement tourné vers le dancefloor. House, disco, bounce, funk, techno, etc.: les seize morceaux bouffent goulûment à tous les rateliers dance, s’enchaînant sous la forme d’un grand mix. «En créant cet album, j’ai pu m’octroyer un endroit pour pouvoir rêver et m’échapper durant un moment effrayant pour le monde», a expliqué l’intéressée. Et elle n’est pas la seule à avoir trouver la consolation dans la danse durant ces deux dernières années plombées par la pandémie. De Dua Lipa à Charli XCX en passant par Drake, qui vient de sortir un album marqué par la house music, la piste de danse semble être devenue le refuge le plus prisé pour échapper à un monde en plein naufrage.

«Mon intention était de créer un endroit sûr, sans jugement. Un lieu où se détacher de tout perfectionnisme et cesser de trop réfléchir.» Venant d’une star connue précisément pour sa rigueur quasi maniaque, c’est évidemment interpellant. Sur Summer Renaissance, elle chante notamment: «Can you see my brain open wide now?», assurant que, cette fois-ci, elle ne va pas commencer à tout «suranalyser». A voir. Dans les faits, Renaissance ne laisse toujours rien au hasard. Avec son générique kilométrique, sa production d’une précision souvent hallucinante, il reste loin de la grande bamboule spontanée et dépravée. Cela n’empêche pas la fête de battre son plein, foisonnante, exubérante, étincelante.

Beyoncé, Renaissance
Beyoncé, Renaissance © National

GAY PRIDE

En apparence, Renaissance est aussi l’occasion de laisser de côté la charge politique et les commentaires sociaux que pouvait parfois charrier un disque comme Lemonade. Une allusion au «dégagement» de Trump, une autre sur le terrorisme des suprématistes blancs, sur Energy, et c’est à peu près tout. Pour autant, la piste de danse n’est pas qu’une simple récréation. Il y a cent ans, le mouvement Harlem Renaissance dansait au Savoy sur fond de jazz pétaradant, fêtant la nouvelle fierté noire, célébrant ses artistes. De la même manière, la Renaissance de Beyoncé met à l’honneur tout un héritage noir. Notamment l’apport des artistes afro-américains aux musiques dance: de la disco (descendante de la Philly soul) à la house music (née dans les clubs gays noirs de Chicago) en passant par la techno (imaginée par des producteurs noirs de Detroit). Pour Renaissance, Beyoncé invite ainsi Grace Jones, icône disco (sur le morceau Move), ainsi que Nile «Chic» Rodgers, serial tubeur légendaire (sur Cuff It). Ailleurs, elle cite encore le I Feel Love de Donna Summer (Summer Renaissance), tandis que des morceaux comme Thique ou All Up in Your Mind charrient des sonorités électroniques plus proches de la techno.

Pas question non plus d’oublier le rôle essentiel que la communauté gay et les artistes transgenres ont joué pour ces musiques. Déjà présente sur Lemonade, Big Freedia dynamite, par exemple, Break My Soul avec ses interventions débraillées. Célèbre DJ et productrice, défenseuse acharnée des droits des personnes transgenres, Honey Dijon est quant à elle créditée sur au moins deux titres. Dans ses derniers visuels, Beyoncé a également tenu à rendre hommage à la culture ballroom, mouvement underground originaire de New York, qui a notamment donné naissance au voguing. Drag queen légendaire, membre de la House of Aviance, l’une des «maisons» phares du circuit ballroom, Kevin Aviance est même samplé sur le titre Pure/Honey.

En réalité, Beyoncé n’a jamais caché son soutien à la cause LGBTQIA+. Au moment de publier son album le plus clairement influencé par la dance music, elle rend une nouvelle fois hommage (sur Heated) à son oncle Jonny, gay et décédé de complications liées au VIH, «la première personne à m’avoir exposée à un tas de musiques et une culture qui ont servi d’inspiration à cet album».

L’air de rien, cet élément plus personnel, livré par une star avare de confidences, confirme que Renaissance est loin de l’exercice de style désincarné. Jubilatoire et réfléchi, aventureux et respectueux de ses influences, il est même le disque le plus euphorique de Beyoncé. Et pour tout dire, l’un de ses meilleurs.

Beyoncé, Renaissance, distribué par Sony.

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