Critique | Cinéma

I Am Chance, un documentaire aussi terrible que lumineux

3,5 / 5
© Wajnbrosse Productions
3,5 / 5

Titre - I Am Chance

Genre - Documentaire

Réalisateur-trice - Marc-Henri Wajnberg

Casting - 1h25

Sortie - 11/05

Plongée tourbillonnante dans les rues de Kinshasa, I am Chance donne à voir le quotidien d’un gang de jeunes filles des rues.

Chancelvie, Shekinah, Dodo et Gracia vivent dans les rues. Plus qu’y vivre même, elles les habitent, les arpentant inlassablement, y faisant résonner leurs rires et leurs colères. Leur quotidien est fait de bagarres et de complicité, de mendicité et de créativité. Un tourbillon d’émotions et de violence, rarement traversé de quelques accalmies. Hésitant entre le peigne et la machette, elles sont pétries de paradoxes et de contradictions, trouvant dans la rue une liberté qu’elles revendiquent, refusant de voir dans leur extrême précarité l’aliénation que notre regard peut y percevoir.

Après avoir découvert Kinshasa il y a une dizaine d’années à la faveur d’un projet musical, le cinéaste belge Marc-Henri Wajnberg y suit l’évolution de groupes d’enfants des rues, d’abord dans Kinshasa Kids, puis dans Kinshasa Now, aujourd’hui dans I Am Chance (lire son interview dans Le Vif). C’est la première fois pourtant qu’il s’attache à suivre une bande de filles, témoin engagé auprès d’elles pour partager leurs expériences, et leur donner la parole. Invisibles parmi les invisibles, elles sont soumises à plus encore de domination et de vicissitudes que les garçons. Sans être épargnées par la violence physique (celle du monde extérieur, et parfois qu’elles s’infligent entre elles), elles sont aussi victimes de violences sexuelles. La prostitution reste un moyen quasiment incontournable pour elles de survivre, mais c’est aussi un facteur de danger, tant les conditions sont périlleuses. La solidarité qui les unit est parfois ébranlée par des coups de sang, des luttes de pouvoir.

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Complicité

Pourtant, le temps de quelques scènes, Chancelvie, Shekinah et les autres brillent et scintillent, par leur énergie, par leur complicité, et aussi par leurs relations avec une troupe d’artistes qui sillonne les rues de Kinshasa. Ces plasticiens recyclent et réinventent les déchets, leur redonnent vie et interrogent notre rapport au monde, celui de leurs concitoyens comme le nôtre, car ces déchets sont aussi les nôtres.

Leur imaginaire ouvre un espace poétique puissant, qui transcende leur quotidien. L’art est un refuge, émotionnel, intellectuel, et parfois aussi physique, quand les jeunes filles trouvent chez ces artistes une communauté où s’épancher et se réfugier. Il faut dire que quand débute le film, Chancelvie est enceinte. On suit sa grossesse, on suit son accouchement, on suit encore le moment où il s’agit de décider de l’avenir de son enfant. Convient-il pour elle de se résoudre à entrer dans un centre? Est-elle prête à renoncer à sa liberté? Ces questionnements et bien plus encore sont au cœur de ce documentaire aussi terrible que lumineux, traversé par une énergie vibrante et étonnamment pleine d’espoir.

© National

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