Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

Loin des projecteurs – Photographe autodidacte au regard acéré, Gerald Dauphin s’en est allé fin 2007. Le FotoMuseum d’Anvers lui consacre une belle rétrospective.

Au FotoMuseum d’Anvers, 47, Waalse Kaai, à 2000 Anvers. Jusqu’au 4/1/09.

En décembre 2007, au moment où disparaissait le photographe Gerald Dauphin, peu de monde pour s’émouvoir… Sic transit gloriae mundi dans l’indifférence la plus totale. Malheur à ceux qui ont consacré leur vie au travail plutôt qu’à se forger une place au soleil des projecteurs. Gerald Dauphin était l’un de ces personnages hors cadre. L’un de ces discrets anonymes dont la vie s’efface derrière l’objectif. Alors que la Belgique tenait là une vraie signature photographique, elle l’a laissé filer dans les oubliettes de la boîte noire. Heureusement, il n’est pas impossible que justice posthume – une spécialité locale – soit faite. L’exposition que lui dédie le FotoMuseum d’Anvers est un premier pas pour faire de Dauphin un roi du cliché.

L’homme a eu l’un de ces parcours comme on les aime. Cameraman à la BRT au départ – Te Voet door Vlaanderen et Autorama -, la légende veut qu’il soit devenu photographe en raison du prix élevé des caméras bien plus dissuasif que celui des boîtiers. Hobby au départ, la photo va rapidement occuper la majorité de son temps, jusqu’à devenir son nouveau métier. Après avoir servi d’assistant à des pros, Dauphin va rapidement voler de ses propres ailes. Ses premières séries possèdent une aura toute particulière. Il consacre un nombre impressionnant de clichés aux jazzmen noirs américains dont la tournée passe par Anvers. Pour lui, ce style musical a le goût du paradis perdu, celui d’une jeunesse confrontée à l’effervescence de la libération. Ses images restituent toute l’intensité des sessions moites, on y palpe la précieuse avalanche de notes. Rarement la musique a été servie à ce point par la photographie.

New York, New York!

Malgré la qualité de ce travail, c’est en 1966 que la carrière de Dauphin va prendre une dimension supérieure. Cette année-là, il part à New York. Au culot, il devient l’assistant d’Irving Penn et de Richard Avedon – ce dernier aura une grande influence sur son travail. Une autre pointure qui va le marquer à vie: Robert Freson, dont les portraits de Paul Bowles à Tanger feront le tour du monde. Mais plus que les hommes, c’est New York elle-même qui va bouleverser Dauphin. Il y immortalisera les manifestations contre le Vietnam et surtout la première Gay Pride en 1970 – un mouvement déclenché par les ratonnades de la police à l’encontre de la communauté homosexuelle. Il y a chez lui du photographe résistant mais pas seulement, l’homme a excellé à rendre l’atmosphère branchée du milieu de la mode anversois. Comme en témoigne sa longue collaboration avec Weekend Knack.

www.fotomuseum.be

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