Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Ichikawa, l’humaniste – Trois films de Kon Ichikawa viennent rappeler l’importance de ce cinéaste japonais attaché à l’exploration du cour, des espoirs et des souffrances humaines.

1. De Kon Ichikawa. Avec Rentaro Mikuni, Shoji Yasui, Jun Hamamura. 1 h 51. Dist: Twin Pics. – 2. De Kon Ichikawa. Avec Masayuki Mori, Michyo Aratama, Tatsuya Mihashi. 2 h 02. Dist: Twin Pics. – 3. De Kon Ichikawa. Avec Yujiro Ishiwara, Masayuki Mori, Kinuyo Tanaka. 1 h 37. Dist: Twin Pics.

Les 3 génies du cinéma japonais, Kurosawa, Mizoguchi et Ozu, lui ont d’abord fait de l’ombre. C’est ensuite la génération de la nouvelle vague nippone, les Nagisa Oshima et Shohei Imamura, qui sont venus capter l’attention internationale, reléguant quelque peu à l’arrière-plan un Kon Ichikawa dont l’£uvre reste encore aujourd’hui trop peu connue à l’extérieur du Japon. Le coffret de 2 DVD et 3 films qui sort aujourd’hui vient donc combler un manque. A côté de l’incontournable Harpe de Birmanie (1956), primé au Festival de Venise, on y retrouve le précieux Kokoro (1955) et on y découvre l’inédit Seul sur l’océan pacifique (1963). 3 films, seulement, dans une carrière prolifique comptant plusieurs dizaines de titres tournés entre 1947 et 1987 par un cinéaste né en 1915. Mais 3 exemples d’un art et d’une démarche également remarquables, celle d’un grand formaliste doublé d’un humaniste fervent.

Grand admirateur de L. Mankiewicz et de Lubitsch, Ichikawa commença par se consacrer à la comédie, avant de prendre un tournant décisif au milieu des années 50. Le somptueux et douloureux Kokoro marque ce virage. Ce drame intimiste narre les tourments d’un couple dont un lourd secret a miné la vie commune. Quand le mari, professeur à la retraite, retrouve un étudiant qui va s’attacher à lui, les choses vont lentement mais sûrement se tendre, avant un dénouement tragique. Plus que des connotations homosexuelles à peine esquissées, l’adaptation du roman de Natsume Soseki captive par la beauté d’images en noir et blanc sublime, à la fois chevillées aux personnages et prenant dans les plans larges une distance qui a poussé certains à qualifier Ichikawa d’entomologiste. Adossé au crépuscule de l’ère Meiji (l’action débute en 1912), Kokoro montre un homme qui se coupe du présent, de la vie, pour renouer avec un passé chargé de culpabilité. Dans le justement fameux La Harpe de Birmanie, tourné dans la foulée, le réalisateur transpose un roman pour jeune public en hymne à la dignité humaine. Un soldat japonais porté disparu après la défaite de 1945 se fait bonze et reste en Birmanie pour y enterrer ses camarades tués au combat. Admirablement filmée, cette £uvre pacifiste et appelant à un réveil spirituel impressionne autant qu’elle émeut. Plus léger, Seul sur l’océan pacifique narre l’histoire (vraie) d’un jeune Japonais bravant les interdictions pour aller d’Osaka à San Francisco sur un modeste voilier. Trois mois de traversée, à la poursuite d’un rêve qu’Ichikawa concrétise avec un subtil mélange de tendresse et d’humour.

Louis Danvers

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