Critique | Cinéma

L’immensità: la chronique touchante d’une transition

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© National
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Titre - L'immensità

Genre - Drame

Réalisateur-trice - Emanuele Crialese

Casting - Penélope Cruz, Luana Giuliani, Vincenzo Amato

Durée - 1h37

Critique - Jean-François Pluijgers

Jean-François Pluijgers
Jean-François Pluijgers Journaliste cinéma

Dans L’immensità, Emanuele Crialese emprunte les voies de l’autofiction pour une chronique émouvante de son enfance de garçon dans un corps de fille.

The Hand of God de Paolo Sorrentino, Armaggedon Time de James Gray, Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi…: les récits d’apprentissage à la première personne sont très tendance sur les écrans. En attendant The Fabelmans de Steven Spielberg, annoncé en février prochain, c’est aujourd’hui au tour d’Emanuele Crialese d’emprunter les voies fécondes de l’autofiction avec L’immensità. Un film dont le réalisateur de Respiro, disparu des radars cinématographiques depuis Terraferma, en 2011, raconte dans sa note d’intention avoir voulu le tourner depuis ses débuts, procrastinant le temps nécessaire à établir comment appréhender une histoire éminemment personnelle qui est aussi celle de sa transition.

La maman et le garçon manqué

Cap donc pour Rome, au milieu des années 70, décor urbain en pleine mutation de L’immensità. C’est là, dans un appartement design dernier cri, que l’on découvre les Borghetti, une famille aisée. À savoir Felice, le père (Vincenzo Amato), prototype du macho autoritaire, violent et infidèle, et Clara (Penélope Cruz), la mère espagnole, vaguement excentrique. Et tentant vaille que vaille, alors que leur couple prend l’eau, de garder pied, par la grâce notamment de sa relation complice avec leurs trois enfants: Gino, Diana et Adriana (Luana Giuliani), l’aînée, 12 ans et toujours plus mal à l’aise dans un corps de fille ne lui correspondant pas, elle qui adopte un look de garçon non sans se faire appeler Andrea et connaître les premiers émois amoureux en compagnie d’une fillette vivant dans un campement voisin, Sara (Penelope Nieto Conti). Une situation que ne peut tolérer le père, la maman et le garçon manqué se réfugiant toujours plus dans un imaginaire nourri de fantaisie et rythmé par le Prisencolinensinainciusol d’Adriano Celentano et Raffaella Carrà, dont la chorégraphie télévisée a le don d’enchanter leur monde alors que l’équilibre familial vacille toujours plus…

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Si la question de l’identité sexuelle est au cœur de son propos, L’immensità ne se veut pas un film manifeste, comme Crialese ne s’est fait faute de le préciser lors de la Mostra de Venise, où il était présenté en compétition. À quoi le réalisateur préfère une chronique sensible et inspirée de son enfance et de son chemin vers la transition, qu’il croise joliment avec le portrait d’une femme piégée dans son mariage, victime de l’aliénation quotidienne s’employant à faire bonne figure dans une société sexiste qui ne lui laisse pas d’espace pour respirer. Penélope Cruz est étincelante et bouleversante dans cet emploi “almodovarien”, cœur battant d’un film émouvant que Crialese veille à ponctuer sur une touche lumineuse au son du Love Story de Patty Pravo, l’avenir et L’immensità en ligne de mire: en prise sur une époque révolue, pour mieux résonner avec le présent.

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