Critique | BD

Le droit international en BD

4,0 / 5
© National

Une histoire du droit international de Gérard Bedoret, Pierre Klein et Olivier Corten, éditions Futuropolis

Une histoire du droit international

256 pages

4,0 / 5
Colin Bouchat Journaliste BD

Une joyeuse bande de quinquas, novices dans le milieu de la BD, s’est mis en tête de nous expliquer le droit international et ses paradoxes.

Comment faire comprendre au reste du monde que le bout de terre sur lequel je viens de poser le pied m’appartient désormais? Depuis qu’au XVe siècle, Isabelle, reine de Castille, et Ferdinand, roi d’Aragon, ont confié à Christophe Colomb la mission d’aller “découvrir” le vaste monde, cette question est devenue primordiale. Afin d’éviter un conflit ouvert avec le Portugal, l’autre grande puissance du moment, une bulle papale est éditée définissant quelle future découverte appartiendra à qui. Elle jette ainsi les bases du droit international, sujet de cette ample bande dessinée.

© National

Si les explorateurs sont financés par des souverains qui attendent un retour sur investissement, le prétexte affiché est d’étendre le Royaume de Dieu. Là où l’on découvre des terres, il y a également des gens et la question se pose alors de savoir si ces autochtones ont une âme ou pas. De là découle aussi la notion toute nouvelle de guerre “juste”. Ceci laisse dire qu’une certaine humanité plane dans le chef des décideurs européens. L’Histoire de l’humanité a rapidement démontré qu’il n’en était rien. La seule loi qui vaut est la loi du plus fort. Et avoir remplacé au siècle des Lumières “divin” par “raison” ou “nature” n’y changera rien. En résumé, l’Histoire du droit international est celle des violences perpétrées par les grandes puissances sur le reste du monde au nom de ce droit. Messieurs Poutine, Bush, Xi, Léopold deuxième du nom et autres ne démentiront pas.

À qui profite le crime?

Le véritable tour de force de cette bande dessinée est d’avoir réussi à rendre sexy un sujet pour le moins indigeste, mais ô combien brûlant. Le principe d’avoir fait dialoguer un couple s’interrogeant sur cette matière consistante tout au long du récit allège le propos. Cela permet de faire le point, d’intégrer quelques commentaires et de relever des contradictions, comme le fait que les droits et devoirs ne bénéficient qu’aux puissances coloniales européennes, ou que chaque conférence internationale pour la paix organisée depuis la fin du XIXe siècle a été suivie par d’effroyables conflits. En bref, le droit international a toujours une guerre de retard. Une note optimiste clôt finalement l’ouvrage, démontrant que tous les efforts humanitaires n’ont pas été vains. Ouf! Il fallait toute la maîtrise du sujet par les professeurs de droit international à l’ULB que sont Olivier Corten et Pierre Klein pour mener à bien cette mission. Comme il est dit dans la postface, cette BD s’inscrit dans un projet visant à décloisonner les approches académiques et populaires/culturelles du droit international. Mission accomplie! Le graphisme participe pleinement à l’affaire: les couleurs turquoises et rouge sang comme le sens du mouvement du dessinateur Gérard Bedoret achèvent de dynamiser le récit.

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