Critique | Musique

L’album de la semaine : SZA dévoile SOS, un deuxième album d’exception

4,5 / 5
© DR
4,5 / 5

Album - SOS

Artiste - SZA

Genre - R'N'B

Label - TDE/Sony

Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Cinq ans après CTRL, SZA poursuit son abécédaire avec SOS, deuxième album aussi ambitieux que capiteux, détaillant mille et une nuances de r’n’b.

Le poids des mots, le choc des photos. Si la pochette du nouvel album de SZA vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard. L’image fait en effet référence à une célèbre photo de Lady Diana, volée une semaine avant sa mort, sur le yacht de Dodi Al-Fayed. Une manière pour l’artiste américaine d’évoquer ce paradoxe propre à la célébrité, qui vous met au centre de l’attention, tout en vous isolant toujours plus. C’est qu’il faut être blindé pour garder le cap. En l’occurrence, Solána Imani Rowe de son vrai nom n’a jamais caché qu’elle ne se sentait pas toujours bien “équipée” pour faire face à ce qu’implique la starification, a fortiori dans une industrie aussi vorace que le music business.

© National

Elle sait de quoi elle parle: son premier album CTRL, sorti en 2017, a été certifié triple platine aux États-Unis (l’équivalent de 3 millions d’exemplaires vendus). Entre-temps, elle aura encore collaboré à la B.O. de Black Panther (All the Stars, avec Kendrick Lamar, nominé aux Oscars) et enchaîné les collaborations (Doja Cat, Cardi B, James Blake, etc.). Une manière de diminuer la pression avant de publier un nouveau disque forcément attendu? Si c’est le cas, il n’est pas certain que la tactique ait été très efficace. Si l’on se base encore une fois sur une pochette et un titre –SOS-, qui laisse peu de doutes sur l’état d’esprit d’une artiste qui en est remplie. Au point d’annoncer que ce deuxième album pourrait également être son dernier

À vrai dire, la native de Saint-Louis (1989), Missouri, avait déjà tenu le même genre de propos avant la sortie de CTRL, il y a cinq ans… Soit. Après tout, ce sont ses tergiversations qui font aussi tout l’attrait de la musique de SZA. À rebours des modèles r’n’b féminins encore souvent dominants -soit dans la posture offensive, soit dans la pose lascive-, la chanteuse brouille les pistes, variant les humeurs et les passions -parfois fleur bleue, le plus souvent lunaire, à l’occasion vicieuse. Dès les premières secondes, elle chante par exemple la déception amoureuse, lançant son SOS, en morse et appuyé par un sample gospel -“Last night, I cried. Mais juste derrière, sur Kill Bill, elle sort le sabre, combinant mélodie craquante et envie de meurtre: “I might kill my ex, not the best idea”. Avant d’ajouter, grinçante: “I’m so mature”.

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Quittée autant qu’elle quitte, SZA n’est pas seulement attachante, énervée, romantique, lubrique, elle est aussi très drôle. Et tourmentée, toujours. “I hate me enough for the two of us”, chante-t-elle encore sur F2F, une ballade pop-punk, plus proche d’Avril Lavigne ou d’Olivia Rodrigo que de Beyoncé ou Lauryn Hill. Car, quitte à ce que ce soit son dernier album, SZA a décidé d’y mettre tout: r’n’b, rap (le boom bap de Forgiveless, samplant Ol’ Dirty Bastard), trap, pop, rock, envolées variét (Nobody Gets Me), arpèges folk (Blind et ses violons discrets) ou low funk eighties (I Hate U). Cela fait beaucoup à digérer -23 titres en tout. Mais contrairement à d’autres, SZA a oublié de faire du remplissage. Enfilant les perles, elle détaille ses états d’âme avec une précision et une fluidité déconcertantes.

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