La vamp et le cinéma

© Carole bethuel/HBO

Transposant en minisérie son film de 1996, Olivier Assayas met le cinéma et la création en abyme, en enfonçant quelques portes ouvertes…

En 1915, dans les années encore pionnières du cinéma, le réalisateur français Louis Feuillade tourne Les Vampires. Ce muet d’une durée de 7 heures 20 découpé en dix épisodes raconte les méfaits de criminels -les Vampires, donc- et d’Irma Vep (attention, anagramme), préfiguration de Fantômas, de Catwoman et de Fantômette, dans sa combinaison noire et féline. Près de 80 ans plus tard, en 1996, le cinéaste Olivier Assayas s’est emparé du personnage d’Irma Vep, dont il a fait un film, récit du tournage catastrophique d’un remake des Vampires, par un certain René Vidal. Maggie Cheung y tenait le rôle titre. Le voici qui revisite aujourd’hui, pour HBO, à nouveau le processus d’adaptation de cet objet filmique singulier, prétexte à une autoréflexion sur le cinéma d’auteur, le statut de créateur, la petite ménagerie du cinéma et sa relation ambiguë avec la fiction sérielle.

© National

Alicia Vikander incarne Mira Harberg, jeune actrice américaine propulsée par les studios au firmament de la popularité. Elle débarque à Paris pour tourner une adaptation libre et indé des Vampires et endosser le rôle d’Irma Vep et de son actrice originale, Musidora. Au grand dam de son agent et de son assistante personnelle. D’autant que le réalisateur, René Vidal (Vincent Macaigne), s’avère instable, fantasque, et que le tournage, qui patine, est menacé par la production. Assayas maltraite gentiment le quotidien des tournages, les ego du cinéma, et porte une réflexion intéressante sur la concurrence avec les séries. Mais la mise en abyme est un peu encombrée par un récit choral aux nombreuses sous-intrigues satirisant le business ciné et ses représentants patriciens, lestés de leur panoplie un peu trop caractéristique: l’actrice bankable en quête de cinéma d’auteur et de crédibilité, l’assistante personnelle dévouée mais antipathique avec les tiers, l’ex toxique et prédatrice, la styliste blasée, le réalisateur fou, génial et névrosé, le producteur psychorigide, les jeux de l’amour et du hasard entre actrices et acteurs boursoufflés de suffisance, hypnotisés par leur propre reflet. Au vrai, l’histoire, ambitieuse, peine à démarrer sans les coups de boutoir du prodigieux Vincent Macaigne, dont le personnage et l’interprétation follement géniale font sans cesse tanguer l’entreprise aux franges du précipice.

C’est essentiellement par sa réalisation que la minisérie réjouit, imposant un style de cinéma d’auteur manifeste et égratignant la mainmise du mainstream sur ce dernier. De plus, Irma Vep s’offre une part de réalisme tordant quand elle montre, de manière implacable, la déconnexion de tout ce vain monde avec un réel qu’ils sont censés sublimer ou réinventer.

Irma Vep

Une série créée par Olivier Assayas. Avec Alicia Vikander, Vincent Macaigne, Adria Arjona. Disponible sur Be à la demande.

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