K.ZIA: « Je ne sais rarement pas ce que je veux »

K.ZIA: "J'ai toujours eu du mal avec les catégories et les cases dans lesquelles on veut enfermer les gens." © Tribunalova
Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

Fille d’artistes-star, la Bruxelloise K.ZIA sort son premier album, Genesis. Une carte de visite bilingue anglais-français, carburant à la (neo)soul et au r’n’b soyeux. Rencontre.

D’emblée, on lui demande de se présenter. Question piège pour une jeune femme qui -c’est générationnel- n’aime pas trop être enfermée dans des cases. « Je m’appelle K.ZIA, c’est mon vrai prénom. Je suis née à Bruxelles, et basée à Berlin. Je suis chanteuse, compositrice, directrice artistique et je développe de plus en plus la réalisation. Je chante principalement du r’n’b-soul. Mais je peux aller dans des directions différentes en fonction de mes besoins ou de mes humeurs! » On se disait bien. « Ah oui, je suis une artiste indépendante. » C’est important? « Oui, je crois. » Indé et visiblement déterminée. D’une voix douce et feutrée qui contraste avec l’assurance de son discours, elle insiste: « Je ne sais rarement pas ce que je veux. » Et précise: « J’ai été éduquée comme ça. Toute petite, ma mère me demandait toujours mon avis. Elle voulait que je sois capable de faire mes choix. Je me souviens de la première rencontre avec mon beau-père. Il avait fait à manger et a dû me demander où je voulais la sauce sur mon plat. Je lui ai répondu là, et il l’a mise de l’autre côté. Ben non, en fait, ça ne va pas! Il a dû se dire: « Ah oui, d’accord, ça va être chaud! » » (rires).

En l’occurrence, Kesia est la fille de deux artistes: Bernard Quental, acrobate-circassien vu entre autres chez Zingaro, et Marie Daulne, alias Zap Mama, titulaire d’un hybride musical belgo-congolais qui a tourné dans le monde entier. On a attendu un paragraphe pour signaler la filiation. Mais K.ZIA elle-même ne se formalise pas d’un héritage qui pourrait être éventuellement pesant. « Bien sûr, ma mère a toujours de précieux conseils à me donner sur le métier. Mais comme l’industrie a pas mal changé ces dernières années, elle m’en demande aussi souvent. C’est un échange. J’ai aussi un master en communication, médias et RP. J’ai appris des choses que je peux amener sur la table. » Sur son premier album, Genesis, sorti ces jours-ci, mère et fille se retrouvent ainsi sur un titre (Commando Fanm). « Mon père aussi d’ailleurs, puisqu’il m’a aidée à l’écrire! » L’esprit de famille.

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L’empathie, comme bouclier

K.ZIA est née en 1993. Soit l’année de sortie du deuxième album de Zap Mama, Adventures in Afropea. À l’époque, ce dernier terme consacrait la double identité du projet. De la même manière, la trame de Genesis reflète le parcours mélangé de son autrice. On y entend pas mal de r’n’b-neo soul à l’américaine -K.ZIA y a passé une grande partie de son enfance. Mais aussi des sons plus afro (Sans toi). Genesis n’hésite pas non plus à alterner l’anglais et le français, pour dire les mêmes choses mais pas de la même façon. « Ça tient à la manière dont j’ai appris ces langues. Aux États-Unis, ma mère s’est saignée pour me mettre dans des écoles privées. Du coup, je côtoyais des élèves qui venaient de milieux plutôt privilégiés. Quand je suis revenue en Europe et que j’ai étudié en France, j’étais inscrite dans l’enseignement public. Les deux dernières écoles par lesquelles je suis passée étaient beaucoup plus « street ». Les façons de s’exprimer étaient très différentes, plus frontales, rentre-dedans. Parce que les choses auxquelles vous êtes confronté dans la vie ne sont forcément pas les mêmes. »

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Ce parcours sinueux, K.ZIA en a fait aujourd’hui un atout. Mais cela n’a pas toujours été aussi simple. « Petite, je voulais être « normale », comme les autres, avoir les cheveux lisses, etc. En grandissant, j’ai appris à m’accepter, à ne plus me définir en fonction de l’extérieur, mais par rapport à moi-même, à ce que je pouvais ressentir à l’intérieur. » Cela reste un combat. En 2020, elle traverse un épisode de dépression. C’est aussi à ce moment-là que le mouvement Black Lives Matter prend de l’ampleur. Elle se retrouve écartelée entre la volonté de s’impliquer et la nécessité de préserver sa santé mentale, fragilisée par les images de violences racistes qui tournent en boucle sur ses réseaux sociaux.

Sur Genesis, elle chante ainsi Privilège. Celui d’avoir pu compter sur des parents qui ont compris ses envies artistiques (« Je suis née bénie« )? Ou celui dont bénéficie une certaine partie de la population -en gros, blanche, masculine? « Je suis volontairement restée floue. D’un côté, j’ai eu la chance d’avoir une mère qui a toujours misé sur mon éducation, c’était sa priorité. Et puis, en effet, l’avantage de pouvoir compter sur des parents artistes qui m’ont toujours soutenue dans mes projets. De l’autre, ce qu’on appelle le white privilege existe. C’est une réalité que beaucoup ne perçoivent pas encore. »

Dans ses Paraboles, l’un de ses récits les plus célèbres, l’autrice SF afro-américaine Octavia E. Butler, fait de son héroïne principale une ado noire souffrant d’une trop grande empathie, au point de ressentir elle-même les coups qu’elle est parfois obligée de donner à l’autre. À l’inverse, K.ZIA en fait l’une de ses forces, son « bouclier« .  » My empathy is my shield« , murmure-t-elle au tout début de son disque, sur Sanctuary. « Si tu me fais du mal, au lieu de le prendre pour moi, je vais essayer de comprendre d’où vient cette agressivité. Il n’y a pas longtemps, à Berlin, une petite vieille a commencé à me hurler dessus, alors que j’attendais à l’arrêt de bus. Comme ça, sans raison. Elle avait tellement de haine, de colère. J’en étais désolée pour elle. J’avais presque envie d’aller la réconforter. Je sais que ça peut paraître très naïf -j’ai d’ailleurs souvent cette discussion avec ma mère-, mais je suis une optimiste, et je veux continuer de miser sur l’amour et la sincérité. Jusqu’à présent, ça m’a été plutôt bénéfique… »

K.ZIA, Genesis, distribué par Groove Attack. ***(*)

En concert le 4 mai au Botanique dans le cadre des Nuits.

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