Film fantôme

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Inventif, fantasque, voire un tantinet masochiste, Patrice Pluyette aime à se réapproprier les genres romanesques pour mieux les dynamiter de l’intérieur. Confiant cette fois les rênes de la narration à un écrivain-réalisateur novice et perché, il nous convie au tournage d’un film fantôme, épopée chevaleresque jamais projetée. À moins que, si le lecteur veut bien se donner la peine? Chef-d’œuvre italien de la littérature médiévale, Roland furieux de Ludovic Arioste, repris par Italo Calvino, se réincarne ici en contre-plongée ou plein cadre -toujours de façon truculente et azimutée: “À la guerre comme à l’amour”. Le 4 janvier 768 aux alentours de 14 heures, dans un Moyen Âge éclairé à la flamme, de vaillants chevaliers “du genre sportif” se castagnent à qui mieux mieux tels les premiers Avengers venus, chapardent un anneau magique (what else) et tombent tous amoureux d’Angélique. Mais voilà que la police débarque sur le plateau: allons bon, v’là aut’chose! Venu du théâtre, écrivain spécialiste revendiqué du bleuet sirupeux (“j’écris mes livres très vite, je les bâcle et ça marche fort”), le réalisateur ne cesse de briser le quatrième mur (il est de carton-pâte) en s’adressant au lecteur. Tandis que le jeu de rôle connaît un vrai retour de flamme en tant que fiction interactive, Pluyette s’impose en redoutable maître-conteur. Entre L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam et les embardées décalées à la Kaamelott, cette fantaisie tragi-comique chevauche à bride abattue. “Je veux être cinéaste. Écrivain, c’est au-dessus de mes forces.” Pas sûr.

De Patrice Pluyette, éditions du Seuil, 240 pages.

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