Dernier film en date d'un Steven Soderbergh dont l'escapade télévisée n'aura duré que le temps de deux mini-séries, The Knick et Mosaic, Unsane présente la particularité d'avoir été tourné sur un iPhone. Surprenant a priori, le choix l'est toutefois un peu moins si l'on considère la nature du projet -un thriller claustrophobe schizophrène à petit budget-, doublée de la propension du cinéaste américain à expérimenter, réaffirmée de Schizopolis en Bubble, et autre The Girlfriend Experience. Soderbergh n'est bien sûr pas le premier à tourner un film sur téléphone portable, mais si la production est relativement conséquente (le Forum des images, à Paris, lui consacra même le festival Pocket Films de 2005 à 2010), rares sont ceux à avoir tenté le format long métrage: Joseph Morder, avec son journal filmé J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un; Jafar Panahi, associé à Mojbata Mirtahmasb, pour Ceci n'est pas un film (le recours (partiel) au portable étant la réponse la plus adaptée à l'assignation à résidence et à l'interdiction de filmer que lui imposaient les autorités iraniennes); Hooman Khal...

Dernier film en date d'un Steven Soderbergh dont l'escapade télévisée n'aura duré que le temps de deux mini-séries, The Knick et Mosaic, Unsane présente la particularité d'avoir été tourné sur un iPhone. Surprenant a priori, le choix l'est toutefois un peu moins si l'on considère la nature du projet -un thriller claustrophobe schizophrène à petit budget-, doublée de la propension du cinéaste américain à expérimenter, réaffirmée de Schizopolis en Bubble, et autre The Girlfriend Experience. Soderbergh n'est bien sûr pas le premier à tourner un film sur téléphone portable, mais si la production est relativement conséquente (le Forum des images, à Paris, lui consacra même le festival Pocket Films de 2005 à 2010), rares sont ceux à avoir tenté le format long métrage: Joseph Morder, avec son journal filmé J'aimerais partager le printemps avec quelqu'un; Jafar Panahi, associé à Mojbata Mirtahmasb, pour Ceci n'est pas un film (le recours (partiel) au portable étant la réponse la plus adaptée à l'assignation à résidence et à l'interdiction de filmer que lui imposaient les autorités iraniennes); Hooman Khalili pour Olive, avec Gena Rowlands; ou encore Sean Baker, qui utilisait l'iPhone pour mieux capter l'effervescence de L.A. dans Tangerine. Liste non exhaustive, toutefois: on prêtait ainsi à Claude Lelouch l'intention de tourner La Vertu de l'impondérable avec un portable. Si les circonstances ont dicté à Steven Soderbergh le recours à cette technique, quelques plans -tournés, généralement, au plus près des acteurs- suffisent à la faire oublier, par la grâce notamment de la résolution d'un capteur photo 4K. Autant dire que l'on est loin du modèle cracra présidant le plus souvent, sciemment ou non, à ce genre d'entreprise, le réalisateur s'employant surtout à renforcer le sentiment de paranoïa et de claustrophobie à mesure que Sawyer Valentini (Claire Foy) s'enfonce en plein cauchemar. Victime, pense-t-elle, de harcèlement, conviction n'ayant d'autre résultat que son internement dans une institution psychiatrique, une extrême confusion s'ensuivant. Soit un bonheur de petit film de genre où, dans le rôle de David Strine, le harceleur présumé, Joshua Leonard affiche toute l'ambiguïté requise. Et l'acteur d'évoquer une expérience l'ayant ramené à l'époque de ses premiers pas au cinéma, lorsqu'il tournait dans The Blair Witch Project, construit sur le principe du "found footage": "Il y a des similitudes. Le sentiment d'expérimenter quelque chose de nouveau n'est guère éloigné de celui que nous éprouvions alors. Mais il y a aussi une différence majeure: pour Blair Witch, le fait que l'esthétique du film soit tellement merdique faisait partie du concept même. Il s'agissait d'étudiants en cinéma, équipés d'une caméra bon marché, se filmant mutuellement. Dans le cas présent, le fait d'avoir tourné sur un téléphone ne participe pas du concept du projet: si nous avons fait notre job correctement, le spectateur cesse d'y penser après quelques minutes. Le look du film fait simplement que l'on y est happé d'une façon toute particulière."L'impact de la technologie ne tient cependant pas qu'au rendu du film. Et Joshua Leonard évoque aussi un tournage extrêmement rapide -deux semaines à peine-, les prises s'enchaînant à une cadence ne permettant guère de gamberger. "Comme acteur, l'une des difficultés consiste à préserver son énergie alors que l'on doit parfois patienter des heures pour que tout le monde soit prêt. Sur Unsane, le temps d'attente était inexistant. Si Steven souhaitait changer d'angle pendant que nous tournions une scène, cela prenait entre trois et cinq minutes." Question aussi de maîtrise, bien sûr, et celle du réalisateur de Traffic n'est plus à rappeler, qui n'a pas manqué d'impressionner Leonard, lui-même cinéaste -il vient de signer Behold My Heart, avec Marisa Tomei et Charlie Plummer. "Quand je réalise un film, je plonge dans l'inconnu, et une part de l'excitation vient de là et des découvertes que je ferai sur le plateau. Avec Steven, on a parfois l'impression que le film est tourné, monté voire sorti avant même qu'il n'arrive sur le tournage. Non qu'il ne soit pas coopératif, au contraire, il encourage les apports, mais il a une vision au cordeau, et sait au mot près où il va changer d'angle, par exemple. Il ne va jamais brider votre processus créatif, mais il connaît le sien avec une précision extrême." La réussite de Unsane ne tenant sans doute pas à autre chose...