Personnage à part entière de la série, la vaste demeure bourgeoise qui abrite les intrigues alambiquées de Servant est habilement filmée à la manière d'un motif foetal par la Française Julia Ducournau (Grave) dès l'entame d'une deuxième saison dont la grande maîtrise formelle affiche aussi, à l'occasion, des accents fincheriens (souvenez-vous du fameux travelling "impossible" effectué à travers l'anse d'une tasse de café dans Panic Room). En termes d'atmosphère et d'obsessions thématiques, on est toutefois toujours ici davantage du côté du Roman Polanski de Rosemary's B...

Personnage à part entière de la série, la vaste demeure bourgeoise qui abrite les intrigues alambiquées de Servant est habilement filmée à la manière d'un motif foetal par la Française Julia Ducournau (Grave) dès l'entame d'une deuxième saison dont la grande maîtrise formelle affiche aussi, à l'occasion, des accents fincheriens (souvenez-vous du fameux travelling "impossible" effectué à travers l'anse d'une tasse de café dans Panic Room). En termes d'atmosphère et d'obsessions thématiques, on est toutefois toujours ici davantage du côté du Roman Polanski de Rosemary's Baby, du William Friedkin de The Guardian, voire du Curtis Hanson de The Hand That Rocks the Cradle. Produite et en partie réalisée par M. Night Shyamalan (The Sixth Sense, Split), la série raconte en effet comment un brillant couple de Philadelphie se retrouve confronté au deuil impossible de son enfant. À ce point impossible, d'ailleurs, pour Dorothy (Lauren Ambrose, la Claire Fisher de Six Feet Under) qu'une vulgaire poupée, objet transitionnel censé aider à accepter la perte et l'absence, est placée dans le berceau du disparu à des fins thérapeutiques. Mais ces improbables prémices ne seraient rien si Dorothy ne se piquait, un beau jour, d'engager une nourrice pour s'occuper de ce bébé fantoche qui, comble de l'ironie, semble alors reprendre vie... Particulièrement retors, tout ça? C'est peu de le dire. Pourtant, la série a la bonne idée d'assumer assez crânement son côté résolument tiré par les cheveux et le bon goût de ne jamais verser dans une surenchère grossière au niveau de la grammaire horrifique déployée. Idéalement claustrophobique et paranoïaque, ce quasi-huis clos à l'angoisse diffuse ne fait d'ailleurs d'abord pas grand cas d'un mystère matriciel qui semble plutôt ténu, mais qui n'en finit néanmoins pas de s'épaissir. Mieux: avec son thème musical qui évoque une vieille comptine déréglée et un florilège de sonorités grinçantes à souhait, Servant pratique en permanence un inconfort latent teinté d'un étonnant humour oblique qui en fait tout le sel -il plane en permanence sur la série une espèce d'étrangeté amusée, jusque dans les attachantes digressions gastronomiques qu'elle s'autorise. Démarrant exactement là où la première s'était arrêtée, cette deuxième fournée, en cours de diffusion à raison d'un épisode par semaine sur une plateforme Apple TV+ qui, l'air de rien, est occupée à prendre du coffre, confirme en tout cas le charme gentiment délétère d'un ensemble élégant et malin où l'on retrouve aussi un certain Rupert Grint (Ron Weasley dans la saga Harry Potter) au casting. Quatre saisons sont annoncées en tout par M. Night Shyamalan, dont la fille, Ishana, signe ici une paire d'épisodes.