The Deuce (saison 3)

Une série HBO. À partir du 09/09.

Commençons par un chant du cygne. La troisième saison, qui démarre ce 9 septembre sur HBO, sera la dernière pour David Simon et George Pelecanos et leur galerie d'actrices et d'acteurs: la fresque qui dépeint le quartier de Time Square, à New York, aux confins des années 70 et 80, sur fond de prostitution et d'émergence de l'industrie pornographique, reçoit sa touche finale. Après un tour de piste disco en deuxième saison, l'analyse ethnographique et pop culture des formes de domination et d'exploitation (sexisme, prostitution, pègre, corruption) fonce droit sur les années Reagan. Situés en 1984, les destins croisés des frères jumeaux Vincent et Frankie Martino (James Franco), de Eileen "Candy" Merrell (Maggie Gyllenhaal) et de toute la faune nocturne de Time Square vont faire face à une double menace: les premiers spectres du sida et l'avènement de la "corporate America", bien décidée à mettre la main sur la Grosse Pomme. Dans l'ombre: cocaïne à gogo et bande-son ad hoc, dialogues bien plumés, lecture intransigeante du réel et coups du sort sont à prévoir.

Modern Love

Une série Amazon Prime. À partir du 18/10.

Tina Fey (30 Rock), Dev Patel (Lion) et Anne Hattaway (Dark Knight Rises), Andy García (Ocean's Eleven)et John Slattery (Mad Men) font partie du rutilant casting de cette série anthologique qui explore l'amour sous toutes ses coutures et ses déchirures. Amour platonique, physique, filial, autocentré, il est ici ausculté comme un diamant. Dans une veine comico-tragique, huit lignes narratives distinctes, mais aux arrêtes communes, explorent la maladie éternelle, qui sait se faire remède et drogue dure. Ces histoires de malentendus, de vides existentiels et d'extases, basées sur des faits réels chroniqués dans le New York Times, sont magnifiées, intellectualisées ou refoulées par un groupe d'actrices et acteurs qui a des allures de dream team.

Mindhunter (saison 2)

Une série Netflix. Depuis le 16/08.

Cette nouvelle saison prolonge l'excellente impression laissée par les premières pérégrinations des agents Holden Ford et Bill Tench au pays tourmenté des serial killers. Alors qu'on les avait quittés sur des succès en demi-teinte, les deux explorateurs d'âmes damnées se glissent dans un récit d'une splendide amplitude, enfilant les coups de force scénaristiques, les images inoubliables et les morceaux de bravoure, comme cet entretien cauchemardesque avec Charles Manson, teasé en pleine promo de Once Upon a Time... in Hollywood. Et bim!

Unbelievable

Une série Netflix. À partir du 13/09.

Créé par Susannah Grant, scénariste de Erin Brockovich (Steven Soderbergh, 2000), cette minisérie s'attaque à la culture du viol. Elle retrace l'histoire, réelle, d'une adolescente affirmant avoir été violée. Face à des policiers dubitatifs (un classique), en manque de preuves, elle va être contrainte à se rétracter. C'est sans compter sur le zèle de deux policiers, jouées par les formidables Toni Collette (Little Miss Sunshine, Wanderlust) et Merritt Wever (The Walking Dead), qui, dans un État voisin, enquêtent sur des faits pointant tous dans une même direction.

Watchmen

Une série HBO. Prévu en octobre 2019.

C'est sans doute une des grosses sensations et une des attentes les plus nourries de cette rentrée 2019. Damon Lindelof, le créateur de Lost avec J.J. Abrams, s'est attelé à l'adaptation du comics culte, sorti en 1984-1986, de Dave Gibbons et Alan Moore (adapté au cinéma en 2009 par Zack Snyder). Savamment dosées sur le compte Instagram de Lindelof et dans des teasers sur-appétissants, les premières images promettent une re-création qui prend ses distances avec la matière originale, tout en conservant sa moelle indispensable, nappée des mythologies et des mystères chers au concepteur de The Leftovers: certains héros manquent à l'appel et d'autres prennent les devants, comme pour mieux incarner les crises et les plaies de l'époque.

Disenchantment (saison 2)

Une série Netflix. À partir du 20/09.

Le premier volet de la nouvelle création fantastico-médiévo-zinzin de Matt Groening nous avait laissé un brin perplexe. Les images du nouveau chapitre signé par le papa des Simpsons et de Futurama (en Europe, on parle de deuxième saison, aux USA, de deuxième partie de première saison) laissent présager de nouvelles tentatives de brouiller les contes de fées: la princesse Bean, l'elfe Elfo et le diablotin Luci font leur grand retour, mais tous ne devraient pas être du voyage pour une suite déjà annoncée et qui s'étendra en 2020 et 2021.

Bojack Horseman

Une série Netflix. À partir du 30/10.

Malgré des rumeurs de fin du monde pour cette série animée culte, gratifiée de nombreuses récompenses depuis sa création en 2014, le héros à tête de cheval revient bel et bien cet automne pour une nouvelle saison douce-amère sur Netflix. Toujours aussi cynique et has been, Bojack continue de ruminer sa gloire passée de star télé des années 90, après une cinquième saison marquée par une surprenante noirceur. Peu d'éléments circulent sur ce nouveau volet, où alcool, dépression et punchlines existentielles tenteront de faire bon ménage.

Peaky Blinders

Une série BBC. Sur Netflix dès le 04/10.

La fin de la quatrième saison laissait présager un avenir radieux pour une famille Shelby débarrassée de ses fantômes et de ses taches de sang, posant pour une photo de famille royale au beau milieu du Parlement britannique. Not so fast, Thomas! De nouveaux ennemis se dressent sur ta route de prétendu repenti. Les six épisodes distillés sur la BBC arrivent en bloc sur Netflix en octobre, ouvrant des perspectives plus explosives encore que ce que les premiers teasers laissent croire. Cillian Murphy rayonne toujours plus dans cette série diablement politique.

Carnival Row

Une série Amazon Prime. Depuis le 30/08.

Aucune confusion possible avec Carnivale, splendide et curieuse série HBO avortée au bout de deux saisons. Ici, dans un mélange de steam punk et de mystères féériques propres à cette ère victorienne qui sert de cadre temporel, un détective (Orlando Bloom) s'éprend d'une de ces créatures mythologiques (Cara Delevingne) dont les humains ont appris à se méfier, voire se défier. Entre La Petite Sirène et Roméo et Juliette, espérons que les premières images, somptueuses et opulentes, n'accoucheront pas d'un récit famélique ayant pour seule trame une poussive quête de justice.

Femmes libérées?

Ceux qui n'ont que le mot "féminazie" à la bouche n'ont qu'à bien se tenir. HBO et Showtime sortent de leurs cartons deux personnages féminins prêts à rendre blêmes les plus féroces compulseurs du lexique sexiste. La première, adapte un roman de Tom Perrotta (The Leftovers, Little Children), Mrs. Fletcher, (sortie prévue le 27/10) dans lequel une femme divorcée, Eve, tente de surmonter le départ de son fils à l'université. Contre mauvaise fortune bon coeur, elle finit par jouir -littéralement- de cette liberté retrouvée: fantasmes sexuels assumés, consommation porno, fuite du surmoi... Elle explose les cadres et crève l'écran dans cette série subversive et politique.

Dans un autre style, On Becoming a God in Central Florida dézingue les mensonges du rêve américain, l'illusion de la méritocratie, les banlieues consuméristes et le sexisme crasse. Kirsten Dunst allume littéralement son personnage de Krystal Stubbs, une employée de parc aquatique engagée dans une vendetta rocambolesque et délirante contre l'entreprise multimillionnaire qui a mené sa famille à la faillite. Sur fond de revival nineties parfaitement exubérant, cette attaque en règle des privilèges et des illusions de liberté se dévore comme une religieuse au chocolat.