L'AMIE PRODIGIEUSE

Série créée par Elena Ferrante, Francesco Piccolo, Laura Paolucci et Saverio Costanzo. Avec Margherita Mazzucco, Gaia Girace, Elisa Del Genio, Ludovica Nasti. ****

Dimanche 23/12, 15h00, Be Séries.

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L'adaptation d'un phénomène de l'édition en série télévisée n'est pas à proprement parler une voie royale et les occasions de se louper (La Vérité sur l'affaire Harry Quebert) sont aussi nombreuses et probables que les vraies raisons de se réjouir (Sharp Objects). La saga d'Elena Ferrante trouve ici une mise en images et en sons particulièrement soignée. Ce roman en quatre parties déployait les variations d'une puissante amitié féminine sur 60 ans, éclose au début des années 50 dans un quartier de Naples, entre Elena et Raffaella ("Lenù" et "Lila"). Leur enfance a eu pour théâtre le désespoir économique, la dérive mafieuse et sa lutte violente contre le communisme, le quotidien des injustices et des rivalités, le poids de la religion qui irrigue le sexisme et la structure patriarcale de la communauté. Tout est rendu, intact, vibrant, dans les premiers instants d'un premier épisodes qui, sur 100 minutes, raconte, dans une langue napolitaine préservée, cette houle irrésistible sur laquelle l'amitié entre les deux petites naviguera comme un frêle esquif. Elena est appliquée à l'école, une petite fille comme il faut, citée en exemple, tandis que Lila, impatiente, turbulente et indocile, montre une soif de vie et d'apprendre. Entre ces deux pôles, une sororité va naître de la nécessité de se préserver, veiller l'une sur l'autre, dans un monde où les femmes sont vouées à tenir la maison, à s'entre-déchirer, à abandonner toute velléité d'indépendance et de connaissance. Elles s'inventeront leur propre vie, d'abord en cachette, lisant des romans interdits, fomentant un destin hors des contraintes des hommes menaçants. Racontée en mode flash-back par une Elena qui, à 60 ans, s'adresse à sa mystérieuse amie, la première saison colle au premier volet de la saga, tutoie une tradition du cinéma italien réaliste, de son engagement social en y agrégeant des éléments féeriques. Le travail sur la matière sonore (musiques, bruits, ambiances), magnifique et intense, accompagne les pics et les abîmes émotionnels sans ostentation, avec une troublante justesse. Nantie d'une distribution toute en sobriété et en dosage savant des sentiments, cette première saison promet une saga féminine pleine de déchirements et d'espoir. Elle est le récit d'une enfance sans innocence, d'une adolescence bousculée entre amour et jalousies, rivalités et réconciliations, constamment mise au défi de sa propre survivance.

Nicolas Bogaerts

LA PUB ET NOUS: LES LIAISONS CATHODIQUES

Documentaire d'Olivier Domerc. ***(*)

Mardi 25/12, 20h50, France 5.

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Tout commence en 1968 quand Pompidou fait entrer à la télévision la publicité de marque. "Instrument essentiel, dit-il, de la conquête des marchés." La vie et le commerce ne seront plus jamais comme avant. Ancien de Culture Pub sur M6, Olivier Domerc décortique les liens cathodiques qui nous unissent à cet outil marketing machiavélique désireux de vendre au plus grand nombre. Ce docu fouillé et rythmé d'une heure et demie, c'est l'histoire de la pub en France depuis qu'elle a débarqué à la télé, depuis que le print et le graphique se sont mis en mouvement... L'histoire d'un miroir de la société qui n'invente rien, n'est jamais (ou du moins rarement) en avance mais observe et scrute. Lui qui cherche juste à satisfaire le consommateur pour lui faire mettre la main au portefeuille... La pub et nous questionne les rapports de genre. De la femme félicitée pour ses bons petits plats et son linge propre jusqu'à celle active qui dirige des hommes au bureau. Il raconte la pub devenue spectacle de music-hall et la chanson particulièrement efficace pour fourguer des produits. On croise Étienne Chatiliez et ses comédies musicales pour Éram... Jean-Baptiste Mondino (Téléphone, les Rita Mitsouko) qui modernise l'exercice et le rapproche du clip. Ou encore Jean-Paul Goude, la pub devenue culture et phéno- mène de société. Souriez, vous êtes manipulés. J.B.

MICHEL LEGRAND: SANS DEMI-MESURE

Documentaire de Gregory Monro. ***(*)

Mardi 25/12, 22h50, Arte.

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Il a commencé sa carrière avec Henri Salvador et Maurice Chevalier et a inventé avec Jacques Demy la comédie musicale à la française (Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg). Il a même réussi son expérience américaine. Âgé de 86 ans, Michel Legrand a rencontré le plus incroyable des succès. Le pianiste, compositeur, chanteur et arrangeur a joué avec Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, travaillé avec Orson Welles et Sydney Pollack, remporté trois Oscars et marqué à jamais les imaginaires. Calmement, posément, avec la sagesse des anciens et une gentillesse de grand-père, Legrand raconte comment le jazz avec Dizzy Gillespie est entré dans sa vie, se souvient s'être fait huer tous les soirs, retrace l'hallucinante histoire de L'Affaire Thomas Crown et explique son mauvais caractère. Son biographe, Xavier Beauvois, Damien Chazelle (La La Land) ou encore Bertrand Tavernier pimentent un documentaire alerte et poétique qui voyage du jazz au classique, de la Nouvelle Vague à Hollywood... "La musique, c'est un langage étranger qu'il faut apprendre, résume-t-il. On part naviguer mais on ne sait pas comment sera la mer." J.B.

LA MORT AUX TROUSSES

Thriller d'Alfred Hitchcock. Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason. 1959. *****

Jeudi 27/12, 20h55, Arte.

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Roger Thornill travaille à New York, dans la publicité. Un rendez-vous d'affaires l'amène au prestigieux hôtel Plaza. C'est là que sa vie va basculer d'un coup, quand des inconnus l'enlèvent en le prenant pour un certain George Kaplan. Ce malentendu aura des conséquences terrifiantes, sur fond d'espionnage international et avec, littéralement, la mort aux trousses du titre français du film (lequel s'appelle North by Northwest en VO)... Un séduisant Cary Grant joue bien le jeu d'une intrigue aussi étrange et fascinante que riche en suspense et en surprises. Derrière la caméra, Alfred Hitchcock dirige avec maîtrise un des thrillers les plus excitants jamais tournés. Le cinéaste est au sommet de son art et emmène le spectateur dans une aventure trépidante, vertigineuse par endroits. On est pris d'emblée par un spectacle passionnant de bout en bout, semé de séquences d'anthologie. L.D.

THE SINNER (SAISON 2)

Série créée par Derek Simonds. Avec Bill Pullman, Natalie Paul, Carrie Coon, Elisha Henig. ****

Samedi 29/12, 20h30, Be Séries.

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Après une première saison réussie, au coeur de laquelle Jessica Biel incarnait une mère poussée au crime par les relents de son passé, la série change d'intrigue, de scène et de personnages secondaires mais reprend en seconde saison le détective Harry Ambrose (Bill Pullman, superbement chiffonné). Il est cette fois chargé de revenir dans son patelin de l'État de New York, rappelé par la jeune officier Heather Novack, pour enquêter sur un double meurtre singulier: un couple retrouvé mort empoisonné dans une chambre de motel, les corps disposés comme dans un rituel. Un gamin est aux aveux, Julian, passablement secoué par des épisodes de panique. Au coeur de l'enquête passionnante et brillamment mise en scène: la manière dont la mémoire se construit, retranche et amplifie pour contourner le trauma. Il revient à Ambrose, lui-même passablement secoué, d'orchestrer les allers-retours de part et d'autre du miroir pour distinguer le réel de son reflet changeant. Sa tâche est rendue d'autant plus complexe que toute l'affaire cible une obscure communauté alternative et sectaire dont le gourou n'est autre que la mère de Julian, Vera, incarnée par une Carrie Coon (The Leftovers, Fargo) plus ambiguë et troublante que jamais. Rappelant par moment la mécanique du documentaire Wild Wild Country (disponible sur Netflix), l'intrigue s'applique, à travers Ambrose, à tenter de comprendre toutes les composantes de l'énigme, soulignant les entraves et les biais du jugement moral, des présupposés trop faciles. Palpitant et confrontant tout à la fois. N.B.

JEAN VANLOO: KING OF CLUBS

Documentaire de Julien Segard. ***(*)

Lundi 31/12, 21h40, La Deux.

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"C'était une sorte de Jules Verne du show-business," dit l'un. "C'était un homme de la nuit. Un homme de discothèque. Un homme de clubs", raconte l'autre. En 40 ans, Jean Vanloo a touché au rock, au disco et à la techno. Il a participé à la production de plus de 200 titres, vendu 60 millions de disques et créé de nombreuses boîtes de nuit. Avant de faire danser la planète avec Born to Be Alive et de rencontrer Madonna, Vanloo était champion de natation et maître-nageur. Il faisait jouer les Small Faces, les Yardbirds, les Animals, les Kinks et Jimi Hendrix à Mouscron au Twenty Club. Le documentaire de Julien Segard raconte la création de son plus grand tube et l'histoire de Brasilia Carnaval, la mélodie écrite par l'un de ses comptables et les paroles griffonnées en une demi-heure sur une table de bistro. Mais aussi la chute, la ruine, la dépression. Un portrait déconcertant au charme suranné. J.B.

L'ÉPOPÉE RUSSE: JE L'AI DIT BORDEL

Documentaire de Vincent Langendries.

Mardi 1/1, 20h20, La Une.

© BELGA

Six mois après, on ne l'a pas encore vraiment digéré. Les Diables rouges ont réussi leur Coupe du monde. Marqué des buts somptueux. Battu deux fois l'Angleterre. Éliminé le Brésil. Et terminé sur le podium. Mais la cruelle défaite en demi contre la France a rangé le but de David Platt, la faute allemande dans le rectangle sur Josip Weber et le but annulé de Wilmots au rang de futiles anecdotes. La Belgique n'était pas loin en juillet de remporter la plus prestigieuse des compétitions sportives. Pimenté par des interviews d'Eden Hazard, Romelu Lukaku, Vincent Kompany, Thibaut Courtois, Axel Witsel et Thomas Meunier, L'Épopée russe: je l'ai dit bordel (pour le même prix il aurait pu s'intituler "samba les couilles") retrace à coups d'anecdotes insolites le parcours des hommes de Martinez au pays de Poutine et fait revivre les moments forts de la campagne commentés par les joueurs eux-mêmes. J.B.

DOUGLAS FAIRBANKS: JE SUIS UNE LÉGENDE

Documentaire de Julia et Clara Kuperberg. ***(*)

Mercredi 2/1, 22h35, Arte.

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Tour à tour, il fut Zorro, Robin des bois, D'Artagnan, le Pirate noir et le voleur de Badgad... Parti de rien, Douglas Fairbanks a incarné un certain âge d'or du cinéma. Il fut même l'une de ses toutes premières étoiles. Quand il pose ses valises à Hollywood en 1915, à l'âge de 32 ans, rien n'existe. "Ce type n'a aucun talent et en plus il a une tête de pastèque", dit de lui D.W. Griffith avec qui il commence à travailler. Acteur jugé médiocre (il le pense lui-même), Fairbanks est un sportif hors pair. En 1916, il enchaîne douze films et se spécialise dans les rôles de voltigeur, jetant les bases de l'héroïsme naïf. Mais Douglas n'était pas qu'un playboy cascadeur aux dents blanches, star des films d'aventure, de cape et d'épée. Douglas était un pionnier. Le début des effets spéciaux, les techniques naissantes... C'est ce que raconte à coups de géniales images d'archives (notamment celle d'un Los Angeles disparu), commentées à la première personne par Laurent Lafitte, le documentaire de Julia et Clara Kuperberg. Un mec qui a inventé le star system (il avait une piscine tellement grande qu'il y faisait du canoë), le premier grand studio indépendant (United), l'académie des Oscars, les prémices du storyboard et les visites de plateau. Passionnant. J.B.

ATLANTA (SAISON 2)

Série de Donald Glover. Avec Donald Glover, Brian Tyree Henry, Lakeith Stanfield. ****

Jeudi 3/1, 20h30, Be Séries.

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C'est sur le braquage improbable d'un fast-food, avec coups de feu et hurlements hystériques, que commence la deuxième saison d'Atlanta. Dramédie hip-hop décapante de Donald Glover, alias Childish Gambino. Atlanta raconte les aventures d'Earl (Glover himself), qui a abandonné ses études à Princeton et tente désespérément de lancer la carrière de son cousin: le rappeur Paper Boi. Un prétexte pour raconter avec intelligence et humour les problèmes sociaux, raciaux et économiques d'une Amérique qui n'aime pas tous ses enfants de la même manière. Si la saison 1 d'Atlanta retraçait la vie d'Earl, ses débuts dans le métier d'agent et ceux de son coup dans le business, la saison 2 (celle des braquages) s'éparpille pour mieux dépeindre ces quartiers qu'il connaît si bien. Absurde, drôle, malin, brut, génialement décousu et plein d'inventivité, Atlanta jette un regard acerbe sur l'industrie de la musique et questionne l'avenir de la génération Y. Puis aussi le fait d'être Noir en Amérique. Une Amérique où on deale pour s'en sortir, où on a un alligator pour animal de compagnie et où on braque ses clients en s'excusant... Rappeur, scénariste, réalisateur, Glover le magicien étonne tant par les sujets qu'il aborde que par sa manière de les aborder. Il s'aventure même ici sur le terrain de l'horreur, se jouant à nouveau avec brio de l'exercice de style. Un petit bijou de série afro-descendante. J.B.