Annulé l'an dernier pour les raisons que l'on sait, le festival de Cannes aura, selon toute probabilité, bien lieu cet été, du 6 au 17 juillet. Afin d'aider à prendre encore un peu son mal en patience, LaCinetek, site de vidéo à la demande dédié aux grands films de l'Histoire du cinéma, se fend d'un coup de projecteur sur son incontournable section parallèle, la Quinzaine des Réalisateurs, en proposant une sélection de dix films majeurs ayant marqué ses 52 années d'existence. Soit en l'occurrence, et par ordre chronologique: Il était une fois un merle chanteur d'Otar Iosseliani (1970), Family Life de Ken Loach (1971), Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (1972), Le Droit du plus fort de Rainer Werner Fassbinder (1975), Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch (1984), Toto le héros de Jaco Van Dormael (1991), 71 fragments d'une chronologie du hasard de Michael Haneke (1994), La Promesse des frères Dardenne (1996), Y aura-t-il de la neige à Noël? de Sandrine Veysset (1996) et enfin Voyages d'Emmanuel Finkiel (1999).
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Annulé l'an dernier pour les raisons que l'on sait, le festival de Cannes aura, selon toute probabilité, bien lieu cet été, du 6 au 17 juillet. Afin d'aider à prendre encore un peu son mal en patience, LaCinetek, site de vidéo à la demande dédié aux grands films de l'Histoire du cinéma, se fend d'un coup de projecteur sur son incontournable section parallèle, la Quinzaine des Réalisateurs, en proposant une sélection de dix films majeurs ayant marqué ses 52 années d'existence. Soit en l'occurrence, et par ordre chronologique: Il était une fois un merle chanteur d'Otar Iosseliani (1970), Family Life de Ken Loach (1971), Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog (1972), Le Droit du plus fort de Rainer Werner Fassbinder (1975), Stranger Than Paradise de Jim Jarmusch (1984), Toto le héros de Jaco Van Dormael (1991), 71 fragments d'une chronologie du hasard de Michael Haneke (1994), La Promesse des frères Dardenne (1996), Y aura-t-il de la neige à Noël? de Sandrine Veysset (1996) et enfin Voyages d'Emmanuel Finkiel (1999). Créée dans un élan libertaire au printemps 1969 sous l'impulsion notamment de la jeune Société des réalisateurs de films (SRF), la Quinzaine, comme on l'appelle désormais simplement, est pensée à l'origine comme une espèce de contre-festival de Cannes: indépendante, proche des créateurs, moins guindée et non-compétitive, elle cherche des formes nouvelles de cinéma, défrichant souvent ses talents futurs sur des territoires encore peu explorés. Le Français Pierre-Henri Deleau en a été le tout premier délégué général, poste qu'il a occupé 30 années durant. Programmateur aventureux et exigeant, curieux de tout, il a contribué à faire connaître à leurs débuts des cinéastes aussi divers que George Lucas, Denys Arcand, Roy Andersson, Wayne Wang, Spike Lee, Atom Egoyan, Aki Kaurismäki, Whit Stillman ou encore Naomi Kawase... Parmi d'autres. Au téléphone, il remonte pour nous le fil de ses souvenirs: "En mai 68, on le sait, le festival de Cannes avait été arrêté. Les metteurs en scène rêvaient d'en faire autre chose, d'en changer le fonctionnement. Notamment parce que le festival ne choisissait pas vraiment ses films. C'était les pays qui imposaient leurs choix. Donc la SRF, qui s'était créée en septembre 1968, avait proposé toute une série de réformes, qui n'ont pas été acceptées. Jean-Gabriel Albicocco, qui avait réalisé Le Grand Meaulnes, a décrété alors que, dans ces conditions, on allait faire un autre festival pendant le festival. Il a proposé ça au président de la SRF, Jacques Doniol-Valcroze, l'auteur de L'Eau à la bouche, qui avait créé Les Cahiers du Cinéma. J'étais l'assistant de ce dernier. J'avais déjà dirigé un ciné-club à Lille, et il m'a désigné alors comme délégué général de la Quinzaine, pour mettre tout ça en musique. Je n'ai donc aucun mérite à la base, je me suis retrouvé là tout à fait par hasard." Par hasard, peut-être, mais pas sans compétence. Ni détermination. Très vite, pour Pierre-Henri Deleau, les choses sont claires: il faut aller chercher des films dans des pays où le festival ne va jamais voir. Il décroche son téléphone, envoie des courriers, écoute, creuse, s'intéresse, découvre... "Le festival n'avait pas vu, par exemple, qu'il y avait déjà un nouveau cinéma brésilien, le Cinema Novo, qu'il y avait la naissance d'un grand cinéma québécois, incarné par Gilles Carle, Jean Pierre Lefebvre, Jacques Godbout... Personne n'imaginait alors qu'il allait y avoir un grand cinéma suisse, non plus. Or, à ses débuts, la Quinzaine a accueilli Alain Tanner et Claude Goretta. C'est pas n'importe quoi. Quelque chose se passait aussi en Allemagne, sous l'impulsion d'Alexander Kluge et Volker Schlöndorff. Sont alors arrivés Werner Schroeter, Herzog, Fassbinder et Wenders... Donc moi je suis allé cueillir tous ces gens-là qui, a priori, n'auraient jamais été pris en compétition. Et puis j'ai ramené des films d'Afrique noire et des films arabes. L'Égyptien Youssef Chahine, le Sénégalais Ousmane Sembène, le Burkinabè Gaston Kaboré... Personne n'avait jamais été voir ce que ces gens faisaient. Je rappelle qu'en compétition à Cannes, à l'époque, pour l'Asie il n'y avait que des films japonais. Pas de films chinois, pas de films taïwanais. L'Australie et la Nouvelle-Zélande étaient aux abonnées absentes. Idem pour le Sri Lanka. Quant au bloc de l'Est, il n'y avait que des films soviétiques, mais certainement pas géorgiens ou kirghizes. Alors que ces républiques existaient. Donc la Quinzaine avait un terrain de prospection colossal." Il poursuit: "Les journalistes voulaient d'une compétition, pour qu'il y ait un suspense, mais pour nous ça n'a jamais été important, et on a rapidement évacué la question. Les films devaient naître libres et égaux entre eux." Lorsqu'on demande à Pierre-Henri Deleau quels sont les oeuvres et les auteurs qu'il est particulièrement fier et heureux d'avoir défendus et présentés à Cannes, il cite les premiers films de Michael Haneke, La Promesse qui a été pour lui un choc, le premier long métrage de Jean-Claude Lauzon, Wend Kuuni de Gaston Kaboré... Quant à savoir quels sont ses souvenirs les plus forts, il répond, du tac au tac: "Je me souviens par exemple du triomphe de Mémoires de prison du Brésilien Nelson Pereira dos Santos. Les gens sont restés durant 20 minutes à applaudir le réalisateur et le comédien. Et puis le triomphe du Voyage des comédiens de Theo Angelopoulos, aussi, un film qui dure quatre heures, et au terme duquel j'ai vu un drôle de type traverser la salle, tomber à genoux face à Angelopoulos et lui baiser les pieds: c'était Werner Herzog, bouleversé! Ça ce sont de grands moments de joie, qui vous comblent."