Le réalisateur récompensé à Cannes pour Sexe, mensonges et vidéo (1989) n'en est pas à son coup d'essai. Après Fallen Angels ou The Knick, Steven Soderbergh repose sa griffe sur une série télé, comme l'ont fait Martin Scorsese et David Lynch, entre autres. La nouveauté est qu'avec le scénariste Ed Solomon ( Men in Black), il a imaginé une série déclinée, avant le petit écran, sur une application iOS/Android, accessible exclusivement aux États-Unis depuis novembre 2017. Diffusée aujourd'hui dans sa version télé par BeTv, Mosaic se présentait alors comme une arborescence permettant une multitude de chemins pour explorer, en trois perspectives différentes, une enquête criminelle particulièrement retorse. Une célèbre auteur de livres pour enfants, Olivia Lake (Sharon Stone), disparaît de son domicile dans les montagnes enneigées de l'Utah. Son amoureux Eric (Frederick Weller), est jugé coupable et incarcéré. Quatre ans plus tard, sa soeur Petra (Jennifer Ferrin), décide de reprendre l'enquête, à laquelle elle mêle l'ancien concierge d'Olivia, Joel (Garrett Hedlund), peu à son aise sur les lieux du crime, ainsi que Nate (Devin Ratray), le policier hyper émotif du coin. Sur la piste du tueur, les capsules vidéo se succèdent pour reconstituer pièce par pièce le récit. Quantité d'informations apparaissent sous forme de fichiers audio, vidéo ou d'images qui invitent à réexaminer certains indices, passer vers le point de vue d'autres protagonistes, créer des ponts entre les récits et une histoire à la carte. Au final, tous les chemins mènent à Rome et à la résolution de l'enquête. L'idée sous-jacente de cette application est de non seulement varier les perspectives, mais de permettre à chacun de choisir la dose d'information qu'il entend recevoir, y compris d'assouvir un besoin d'exhaustivité.
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Le réalisateur récompensé à Cannes pour Sexe, mensonges et vidéo (1989) n'en est pas à son coup d'essai. Après Fallen Angels ou The Knick, Steven Soderbergh repose sa griffe sur une série télé, comme l'ont fait Martin Scorsese et David Lynch, entre autres. La nouveauté est qu'avec le scénariste Ed Solomon ( Men in Black), il a imaginé une série déclinée, avant le petit écran, sur une application iOS/Android, accessible exclusivement aux États-Unis depuis novembre 2017. Diffusée aujourd'hui dans sa version télé par BeTv, Mosaic se présentait alors comme une arborescence permettant une multitude de chemins pour explorer, en trois perspectives différentes, une enquête criminelle particulièrement retorse. Une célèbre auteur de livres pour enfants, Olivia Lake (Sharon Stone), disparaît de son domicile dans les montagnes enneigées de l'Utah. Son amoureux Eric (Frederick Weller), est jugé coupable et incarcéré. Quatre ans plus tard, sa soeur Petra (Jennifer Ferrin), décide de reprendre l'enquête, à laquelle elle mêle l'ancien concierge d'Olivia, Joel (Garrett Hedlund), peu à son aise sur les lieux du crime, ainsi que Nate (Devin Ratray), le policier hyper émotif du coin. Sur la piste du tueur, les capsules vidéo se succèdent pour reconstituer pièce par pièce le récit. Quantité d'informations apparaissent sous forme de fichiers audio, vidéo ou d'images qui invitent à réexaminer certains indices, passer vers le point de vue d'autres protagonistes, créer des ponts entre les récits et une histoire à la carte. Au final, tous les chemins mènent à Rome et à la résolution de l'enquête. L'idée sous-jacente de cette application est de non seulement varier les perspectives, mais de permettre à chacun de choisir la dose d'information qu'il entend recevoir, y compris d'assouvir un besoin d'exhaustivité. À l'heure où les modes de consommation des séries télé se diversifient, où les histoires se complexifient et les références se multiplient parfois au nez et à la barbe de spectateurs trop pressés, les réseaux sociaux sont devenus un formidable réservoir d'informations, d'analyses, de théories, de spoilers ou de séances de rattrapage. Il n'est pas interdit de penser que l'idée derrière Mosaic est de créer un univers clos et autarcique où le spectateur peut aller chercher intra muros l'information dont il a besoin. Ou la dénigrer. Alors que durant des mois, les spectateurs et fans de Lost, Game of Thrones ou Twin Peaks se sont répandus en vidéos, spoiler alerts et examens méthodiques de chaque pan du récit pour n'en laisser aucune goutte sécher au vent de l'oubli, c'est comme si Soderbergh et Solomon proposaient de le faire en un seul et même endroit. " Tout cela n'a qu'une raison d'être: te donner la chance de revenir en arrière pour réécrire le passé", dit le shérif Alan Pape (Beau Bridges) au détective Nate Henry quand il décide de relancer l'enquête. Des phrases comme celles-là énoncent clairement l'ADN de ce projet transmédia: une sorte de jeu de l'oie, une aventure dont vous n'êtes pas le héros mais le spectateur privilégié (et intrusif), qui vous guidera inexorablement vers une seule issue mais vous invitera à profiter de toutes les possibilités de développement, de réexamen ou d'accélération que vous offre le format interactif. Pour ceux vivant dans le pays où il est disponible. Au moment où Mosaic est diffusée sur BeTv en version linéaire se repose la question de l'avenir du format télé. Déjà passée à la centrifugeuse avec la dernière saison de Twin Peaks, dont les 18 chapitres découpaient davantage une expérience cinématographique qu'une série à proprement parler, la télévision vit la concurrence des plateformes de streaming prêtes à se livrer une bataille rangée titanesque: Amazon, Disney, Hulu et Netflix. Cette dernière a par ailleurs franchi le pas de la série animée interactive avec L'épopée du Chat Potté, prisonnier d'un conte ou Buddy Thunderstruck: la pile des peut-être où les kids choisissent le déroulé du récit. Les expériences d'interactivité entre le spectateurs et les écrans multiples (smartphones, tablettes, minitel, PC...) ne datent pas d'hier, mais aucune n'a réussi à chambouler la sacro-sainte chronologie des médias, qui fait de la télévision le réceptacle final des formats de fiction ou de documentaire (lire encadré). En 2015, la RTBF avait produit L'Homme au harpon, une série documentaire interactive et un jeu de rôle, pour sensibiliser à la question de la réinsertion. Cette gamification, qui transforme l'espace narratif en jeu, est sans doute l'avatar le plus abouti d'un univers multimédia fantasmé comme le Graal ou l'Arche d'Alliance des nouveaux formats audiovisuels C'est dans ce mouvement que s'incrit Mosaic, dont les séquences filmées rappellent les codes des Full Motion Video (FMV), clips préenregistrés et incrustés dans les jeux vidéos. Le filtre utilisé par la photographie, le cadre épais et noirci entourant certains plans donnent l'impression d'images volées en caméra cachée ou subjective et renforcent l'impression d'immersion. Dans le fond, quel résultat atteint Mosaic une fois que ces clips sont mis bout à bout? Dans le premier épisode, Joel et son meilleur ami Frank daubent allègrement sur les narrations linéaires en BD. Il s'agit bien de cela. Si la série respecte le dispositif divisant le récit en trois perspectives différentes, chacune d'elles est la somme de scènes parfois montées à la serpe ou lestées de raccords sonores bâclés. La série garde les traces de son format vidéoludique d'origine, dont elle s'affranchit progressivement pour gagner en fluidité et en esthétique -certains plans sont composés à la manière d'oeuvres d'art, et ce n'est pas un hasard. N'empêche. Dégagée de sa curiosité technologique, l'histoire est un whodunit classique, sans surprise ni réel coup d'éclat, qui s'étire en longueur, s'élève parfois au-dessus de ses protagonistes pour capturer un pan de ciel bleu magnifique, ou la crinière majestueuse d'une montagne enneigée. Les scènes passionnelles entre Sharon Stone et Frederick Weller produisent un sentiment de gêne tant leur jeu d'acteur paraît mécanique et désincarné. Les prestations de Jennifer Ferrin ( Time After Time ) en soeur justicière hyper analytique, ou de Michael Cerveris en spéculateur immobilier glaçant et impassible sont en revanche impeccables. Et ne sont en rien éclipsées par la présence au générique de Beau Bridges, James Ransone (The Wire) et... Paul Reubens, aka Pee-wee Herman. L'impression générale est que le dispositif de Mosaic l'emporte sur l'histoire, réduisant l'intérêt ou la qualité de celle-ci. Résultat d'une technophilie, d'une quête désespérée pour ne pas louper le train de la nouvelle télévision, ou d'un format narratif plus proche du jeu vidéo, le scénario perd en force ce qu'il gagne en symbolique dans la course aux formats de demain.