Les revivals et autres reboots grattent-ils l'auréole des films et séries cultes, succès et icones d'antan, pour siphonner juste de quoi façonner de nouveaux morceaux de culture populaire, à moindre frais? L'économie est d'échelle: moins de masse scénaristique et donc salariale à couvrir, moins de marketing à financer -les personnages, situations et intrigues sont plus simples à raviver dans les mémoires-, pour le double d'effet madeleine de Proust. Et tant pis si, au passage, on dépouille l'original de ses éléments comiques, irrévérencieux, ou simplement qualitatifs, on vend sur un nom, un titre, une réputation, une aura, une masse critique de suiveurs. Beverly Hills 90 210, Drôles de dames, Melrose Place, L'Arme Fatale ont tous eu leur coup de botox ou leur élixir de jouvence, qui s'est révélé au pire un poison, au mieux une soupe à la grimace. Autour d'arcs narratifs tressés de ficelles usées dans leurs précédentes versions, les séries relancées récupèrent laborieusement qui les rythmes, qui les styles, qui les problématiques du présent. Et pas toujours de manière heureuse. L'année écoulée a vu la relance de titres évocateurs d'un passé non résolu: La Fête à la maison 20 ans ap...

Les revivals et autres reboots grattent-ils l'auréole des films et séries cultes, succès et icones d'antan, pour siphonner juste de quoi façonner de nouveaux morceaux de culture populaire, à moindre frais? L'économie est d'échelle: moins de masse scénaristique et donc salariale à couvrir, moins de marketing à financer -les personnages, situations et intrigues sont plus simples à raviver dans les mémoires-, pour le double d'effet madeleine de Proust. Et tant pis si, au passage, on dépouille l'original de ses éléments comiques, irrévérencieux, ou simplement qualitatifs, on vend sur un nom, un titre, une réputation, une aura, une masse critique de suiveurs. Beverly Hills 90 210, Drôles de dames, Melrose Place, L'Arme Fatale ont tous eu leur coup de botox ou leur élixir de jouvence, qui s'est révélé au pire un poison, au mieux une soupe à la grimace. Autour d'arcs narratifs tressés de ficelles usées dans leurs précédentes versions, les séries relancées récupèrent laborieusement qui les rythmes, qui les styles, qui les problématiques du présent. Et pas toujours de manière heureuse. L'année écoulée a vu la relance de titres évocateurs d'un passé non résolu: La Fête à la maison 20 ans après..., Dr Who, Battlestar Galactica, Star Trek Discovery, Charmed, Hawaï Police d'État. Dans ce grand fatras demeurent quelques lumières mais beaucoup de déchet. En 2017, Jordan Peele (Get Out et Fargo, saison 1) a reçu le feu vert pour un reboot de la mythique Quatrième dimension. Plus récemment, NBC a confié son précieux Miami Vice aux mains de Vin Diesel et, déjà, les fans de l'esthétique originelle signée Michael Mann mangent leurs espadrilles turquoise en songeant à l'action lourdingue dont le héros de Fast & Furious risque de lester le produit. Sans doute les télévisions n'ont pas mesuré à quel point il est délicat de vouloir donner une nouvelle vie à des monuments de la télé des années 80. Pourtant, les précédents en la matière ne manquent pas. En 2009, le reboot de la mini-série de science-fiction V, démarrée en 1983 et rapidement devenue culte, a donné un résultat tellement bidon que le cerveau reptilien de la chaîne ABC a tiré la prise dès la fin de la première saison. Même destin pour MacGyver (2016). On ne joue pas avec l'héritage du détective couteau suisse capable de faire sauter une porte avec une peau de banane et un encrier -et qui ne supporte pas les armes à feu. Si, sans le rôle qui l'a révélé alors, Richard Dean Anderson n'était plus rien, l'inverse est vrai aussi. Le reboot a été un flop: premier rôle sans charisme (Lucas Till), scénarios indigents, la blague a été de courte durée. Pas de reboot en revanche pour Dallas, mais un revival, tant la figure de JR Ewing (Harry Lagman) a imprimé cette saga familiale, reaganienne et pétrolière, devenue monument télévisuel. JR, c'était le mépris élevé au rang de mantra ("On ne s'énerve pas, on se venge"), et le premier cliffhanger de l'Histoire de la télé ("Qui a tué JR?"). Les complots, trahisons, secrets se sont donc transmis de génération en génération dans la famille Ewing et, même si, en 2012, après 20 ans d'absence, Patrick Duffy (Bobby) et Larry Hagman (JR) étaient encore -brièvement- de la partie, la relève n'a jamais atteint le degré de passage à l'acte verbal de son aînée et le puits s'est tari au terme de trois saisons. Donner une plus grande place aux femmes est devenu aussi vendeur que d'afficher un sticker bio sur des légumes vaporisés. Après le green washing, le gender washing a fait son oeuvre dans les séries rebootées: des femmes au premier plan ou pour remplacer des hommes à des postes de pouvoir... mais pour faire ce qu'on attend d'elles: qu'elles ne prennent aucune décision responsable et jouent les perverses polymorphes pour les beaux yeux d'un bellâtre ou une paire de Louboutin. C'est, en gros, le pitch du Dynasty revisité en 2017 sur CW par le duo de Gossip Girl, Josh Schwartz et Stephanie Savage. Entre 1981 et 1989, les tribulations de la famille Carrington ont été l'épitomé du plaisir coupable. Joan Collins, dans le rôle d'Alexis Colby, y incarnait une femme d'affaires en talons hauts aussi brillante, intelligente et calculatrice que ses pairs masculins, un élément disruptif dans un monde de mâles dominants. Dans le Dynasty version 2017, on lutte davantage pour figurer dans le carnet de bal de monsieur, ou en faire sortir sa belle-mère, que pour lui fourguer une OPA dans les pattes. Placer une femme dans un monde d'hommes, c'est ce que CBS a fait en relançant Magnum, série mythique des eighties, chant d'amour au cheval cabré, à la chemise hawaïenne et à la bromance. Le rôle du privé le plus flegmatique du monde, immortalisé par la moustache de Tom Selleck, n'est pas repris par une femme -ce sera l'imberbe Jay Hernandez- mais bien celui du chafouin, imbuvable et peine-à-jouir Higgins. La bande-annonce divulguée sur YouTube, qui porte la marque du réalisateur Justin Lin (la franchise Fast & Furious), a sucité un vrai sentiment de gêne. Quand c'est bien, il faut pouvoir le dire aussi. Si la série Roseanne, qui a révélé Roseanne Barr et John Goodman en 1988, a placé la classe ouvrière sur la carte de l'Amérique de Reagan, son humour et son casting étaient demeurés intacts dans sa nouvelle mouture, lancée en 2017. Las, les frasques racistes et les diatribes sexistes de son actrice principale sur les réseaux sociaux et en plateau ont eu raison de la série, annulée dans l'urgence le mois dernier. Pas de faux pas en revanche pour Cobra Kai, diffusé exclusivement sur YouTube. Un certain Johnny Lawrence, ancienne star adolescente du karaté, cherche la rédemption dans l'alcool, la réouverture du dojo de son enfance et l'humiliation de son rival d'antan, Daniel LaRusso. Donnant suite, 30 ans après, à la trame originelle de Karate Kid avec ses acteurs William Zabka et surtout Ralph Macchio, Cobra Kai est une réussite comique et sombre à la fois, qui rend hommage au passé et regarde l'avenir droit dans les yeux... même au beurre noir.