Cette semaine, j'ai lu White de Bret Easton Ellis. J'ai trouvé ce livre plutôt sympathique et drôle, mais certainement pas important, ni osé, ni éclairé, ni même politiquement chargé. Comme l'a très bien résumé un ami, c'est juste "l'équivalent littéraire d'une bonne soirée au bistrot du coin." Il ne faut en effet pas croire ce qu'en disent les médias: White n'est pas sulfureux, White n'est pas polémique. À vrai dire, j'ai même plus d'une fois durant sa lecture douté que White était vraiment un essai et pas un nouveau roman d'Ellis faussement présenté comme de la non-fiction, tout comme Lunar Park était une fausse autobiographie devenant au fil des pages une fantaisie d'horreur. C'est qu'à force d'y lire l'avis un peu pinpon de BEE sur des célébrités aussi kitsch que Charlie Sheen, Kanye West, Richard Gere, Sky Ferreira, les Bangles et Donald Trump, White m'a surtout fait penser aux passages d'American Psycho où Patrick Bateman délire sec sur ses disques de Huey Lewis & The News, de Phil Collins et de Whitney Houston.

White ne défend pas Donald Trump et n'atomise pas les Millenials d'une mauvaise foi crasse. White avance beaucoup de conneries et quelques fulgurances, dont quelques-unes sur Donald Trump et les Millenials, mais ce n'est jamais grave ou complètement out of space. Ce sont les mêmes bêtises et les mêmes envolées qui se disent tout autour du monde très tranquillement au bistrot, au resto ou durant un barbecue. Un mélange de choses sensées et d'idioties, de trucs sérieusement réfléchis et de vannes balancées bourré ou sous substances juste pour amuser la galerie. White est un monologue né de conversations. Et ce dont se plaint surtout White, c'est justement que l'art de la conversation est drôlement détérioré depuis l'avènement des réseaux sociaux. Une discussion sereine entre personnes aux opinions différentes reste sans doute possible au bistrot, mais de moins en moins. Sur les réseaux sociaux, c'est au contraire plié: tout avis jugé "déviant" à la norme -"à l'esprit corporate" selon Ellis-, est assuré de générer d'absurdes tempêtes. Toute critique, même quand elle ne relève que de la moquerie amusée, passe pour de la jalousie, de la haine, voire même du harcèlement. White s'en plaint beaucoup, donc.

Bret Easton Ellis © ISOPIX/DR

Mais White rappelle surtout que balancer des piques sur les réseaux sociaux à des personnalités publiques et y écrire des avis à contre-courant sur les emballements culturels du moment est fondamentalement FUN et devrait le rester. Bret Easton Ellis le répète plusieurs fois dans son livre: il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux et s'il y a bien une chose dont l'auteur est manifestement nostalgique, c'est ce bon vieux gros fun. Le fun qu'il y avait à balancer des conneries sur les réseaux sociaux pour (se) faire rire, avant que ceux-ci ne deviennent le terrain de chasse privilégié des maboules aux fantasmes flicards, des militants de l'inclusivité très portés sur le lynchage de leurs contradicteurs (quel beau paradoxe que voilà!) et des moralistes en papier crépon. C'est la principale leçon que je retire de White: Bring. Back. The. Fun. Aussi, vais-je m'y appliquer et maintenant vous dire ce que je pense de Game of Thrones, une série que je me permets de trouver particulièrement soporifique alors que je n'en ai pourtant vu que 8 épisodes largement oubliés, il y a 7 ans.

Doggy style et morts subites

À l'époque, on tentait de nous vendre le show comme "Les Sopranos au Moyen-âge avec des levrettes et des dragons". L'autre truc qui faisait délirer les fans, c'est que n'importe qui pouvait y mourir à n'importe quel moment de façon hyper-violente. Ces arguments de vente présentés comme innovants et transgressifs m'avaient dès le départ bien fait marrer. Déjà, le doggy style et les morts subites ont toujours été un fonds de commerce chez HBO, la chaîne productrice de Game of Thrones. De 1997 à 2003 et pour 56 épisodes, c'était en tous cas le fondement (si vous me permettez) de OZ, série HBO toujours considérée comme la matrice de toutes les autres et que, personnellement, j'estime aussi rester la meilleure.

En leurs temps, Boardwalk Empire, True Blood, Rome et Deadwood avaient également été très critiquées pour leur violence, leur nudité frontale et les viols un peu trop systématiques. Il y a 5 ans, Michael Lombardo, un des responsables de la chaîne, avait d'ailleurs été au centre d'une maousse polémique suite à une scène de sexe, dans Game of Thrones justement, qui tenait à l'écran du viol alors que dans le bouquin de GRR Martin, l'échange était clairement consentant. "Tant que je sens que la violence n'est pas la raison principale pour laquelle les gens suivent la série, et que ce cela n'est pas une série qui tente d'attirer les spectateurs avec du sexe et de la violence, je ne jouerai pas à la police", avait lâché Lombardo, de façon très hypocrite, puisqu'il semble tout de même clair que HBO a toujours misé sur l'imprévisibilité et la brutalité de ses shows à succès (même Six Feet Under compte quelques décès atroces).

J'ai trouvé cela drôlement mal filmé, pire qu'un clip de Muse. Et puis mal joué et mal foutu, surtout.

Cette brutalité qui m'avait scotchée dans Oz m'a laissée complètement de marbre lorsque je me suis lancé dans Game of Thrones. J'en avais juste rien à secouer et je n'ai jamais réussi à capter l'intérêt de l'enjeu de la série: changer de dictateur, so what? J'ai trouvé cela drôlement mal filmé aussi, pire qu'un clip de Muse. Et puis mal joué et mal foutu, surtout: Sean Bean et sa tronche de médiathécaire ronchon, le grand con au look calqué sur le logo des biscuits Choco Prince, les dragons qui, durant ces premiers épisodes, ressemblaient encore à des pieds de lampe comme on en voit dans les boutiques du Sablon, Aquaman avant d'être Aquaman, le zombie des neiges qui fait fort penser au Mister Freeze du Batman avec Clooney... Oz est une histoire de survie, les Sopranos une étude de la toxicité des relations humaines, Six Feet Under une vallée de larmes... Mais Game of Thrones? C'est quoi, fondamentalement, ce truc? Ma réponse: Dallas mais avec une blonde voluptueuse et des dragons à la place de JR Ewing et de ses barils de pétrole. Seul le nain est un personnage vaguement intéressant mais le serait-il autant s'il mesurait 1 mètre 80?

Dans une chronique récente du Guardian, Arwa Mahdawi, disait de Game of Thrones que ce n'est pas juste un programme télévisé, c'est surtout une "chose extrêmement populaire" et qu'il n'y pas "de meilleure façon de prouver que vous êtes une personne très intéressante et très intelligente qu'en exprimant votre dédain pour une chose extrêmement populaire." Pas faux mais je ne cherche malgré tout pas ici à affirmer quelque supériorité ou quelque intelligence. J'ai vu ces 8 épisodes de Game of Thrones en 2012, seul, et je n'ai jusqu'ici jamais estimé opportun d'en parler publiquement. Je ne le fais aujourd'hui que parce que je viens de terminer White de Bret Easton Ellis. Et que dans cette même chronique du Guardian, Arwa Mahdawi, qui n'a quant à elle jamais vu un seul épisode de Game of Thrones, avance qu'il faut beaucoup de courage pour l'écrire, car "vous seriez étonné de l'amont de haine que vous pouvez recevoir en ligne juste pour dire qu'une chose que les gens aiment est stupide." Or, White nous encourage justement à vaincre cette peur, à ramener le fun dans le sinistre cirque online, à refuser la trop conne et pratique étiquette de "troll" ou de "hater" dès que l'expression de votre opinion est susceptible de heurter la meute. Dont acte. En toute simplicité: balek de GOT et vive White!