Entre les années 40 et 70, la seconde Grande Migration américaine a entraîné des milliers de familles noires à quitter le Sud au profit de terres plus familières, au nord ou à l'ouest. La série anthologique Them démarre dans les années 50, alors que la famille Emory, Livia, Henry et leurs enfants Ruby et Gracie, laissent derrière eux la Caroline du Nord et s'installent en Californie, pour goûter les fruits de l'american way of life au coeur de la banlieue de Los Angeles. Leurs nouveaux voisins, bien blancs sous tous rapports, voient d'un mauvais oeil l'arrivée d'une...

Entre les années 40 et 70, la seconde Grande Migration américaine a entraîné des milliers de familles noires à quitter le Sud au profit de terres plus familières, au nord ou à l'ouest. La série anthologique Them démarre dans les années 50, alors que la famille Emory, Livia, Henry et leurs enfants Ruby et Gracie, laissent derrière eux la Caroline du Nord et s'installent en Californie, pour goûter les fruits de l'american way of life au coeur de la banlieue de Los Angeles. Leurs nouveaux voisins, bien blancs sous tous rapports, voient d'un mauvais oeil l'arrivée d'une famille afro-américaine dans leur havre de pâleur fascisante. La série prend un tour horrifique quand ils commencent à menacer physiquement et sans interruption la famille Emory. Celle-ci est prise en tenaille entre ce péril extérieur systématique et les fantômes d'un drame antérieur qui donnent à chaque membre son spectre attitré. Noyés dans une terreur permanente et suffocante, les Emory doivent se sortir à tout prix de Charybde et de Scylla. Them rappelle Lovecraft Country, série HBO qui elle aussi porte le couteau dans les plaies ségrégationnistes des années 50, en y insérant une bonne part de terreur surnaturelle. Créée par Little Marvin et produite par Lena Waithe (Bones, Westworld), Them est pourtant dans les tubes depuis plus de trois ans et Covenant est le premier volet d'un ensemble anthologique qui entend explorer, d'une saison à l'autre, les frayeurs archaïques et constitutives de l'Amérique. Mais en plus de paraître pour une redite, le gore et les litrons de sang prennent en permanence le risque d'étouffer le commentaire social et politique central, et de verser dans l'outrance. Mesurons pourtant la valeur cathartique d'un exercice qui met en miroir deux notions d'un "eux" (Them) terrorisant. C'est en se penchant au plus près des performances de la comédienne Deborah Ayorinde (Luke Cage, True Detective) et du comédien Ashley "Bashy" Thomas (vu dans la première saison de Black Mirror), dans les rôles du couple de néoarrivants, que le coeur du propos apparaît. Ils parviennent à nous transmettre quelque chose de l'ordre, si pas de l'indicible, certainement de l'invisible pour certains blancs d'yeux: ce qu'il faut d'énergie mentale, de vigilance déployée en permanence, pour naviguer dans un monde qui vous est fondamentalement, et consciemment ou non, hostile. Et combien ce fardeau émotionnel, sourd ou bruyamment envahissant, érode les esprits les plus aguerris, à moins qu'il ne les épuise. Them donne un visage à la frayeur, à l'éreintante et lancinante crainte pour sa vie, son intégrité physique, sa place dans le monde, qui est le lot quotidien d'une part non négligeable de nos semblables.