Sandra Oh incarne la Professeure Ji-Yoon Kim, fraîchement nommée présidente du département d'Anglais de l'Université de Pembroke, prestigieux -et fictif- établissement de la côte Est. Comme l'indique une première séquence irrésistible, le poste est bancal et l'Alma Mater vit une crise sans précédent. Derrière le prestige et le lustre, la débâcle guette.
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Sandra Oh incarne la Professeure Ji-Yoon Kim, fraîchement nommée présidente du département d'Anglais de l'Université de Pembroke, prestigieux -et fictif- établissement de la côte Est. Comme l'indique une première séquence irrésistible, le poste est bancal et l'Alma Mater vit une crise sans précédent. Derrière le prestige et le lustre, la débâcle guette. L'Alma Mater est une matrice dans laquelle vivotent quelques vieux mandarins abandonnés par des autorités ayant les yeux rivés sur des inscriptions en berne. À leurs côtés, des professeurs plus jeunes: Bill Dobson (Jay Duplass), prodige veuf et à la ramasse, qui accumule les faux pas, et sa collègue Yaz McKay (Nana Mensah), qui critique les classiques à travers le prisme des formes de domination et des stéréotypes de genre. Choc des générations, querelle des Anciens et des Modernes en vue? Tout cela n'est rien au regard du vrai scandale qui va secouer l'université et le premier mandat de Kim: un salut nazi ironique porté par Dobson en plein cours sur l'absurde face au fascisme, qui crée de l'émoi sur le campus. Le scénario signé Amanda Peet et Annie Julia Wyman (enseignante au département d'Anglais de l'Université de Harvard) tord les codes qui rappellent Philip Roth (La Tache) et les romans de David Lodge. Dans une veine de comédie romantique où Dobson et Ji-Yoon Kim jouent à cours-après-moi-que-je- t'attrape et où cette dernière lutte en mère célibataire d'une fille adoptive, Ju-Hee (Everly Carganilla) au tempérament compliqué, The Chair questionne avec vivacité la place de l'université, du débat d'idées et de la littérature dans le mouvement du monde. À quoi forme-t-on les étudiants en lettres? Plus trop à devenir les Dickinson ou les Whitman de demain, mais à "écrire du contenu, des Amazon ou des blogs", claironne le doyen Paul Larson (David Morse) devant une Kim atterrée, qui se prend la tête dans les mains. Et lorsque David Duchovny, l'acteur de X-Files, se voit offrir un pont d'or et des locaux spacieux pour venir jouer les stars invitées alors que certains membres du corps professoral travaillent dans des cagibis, ça passe mal. De manière plus intelligente encore, la série décille les visions caricaturales des campus académiques US gangrenés par le "poison" décolonial, féministe et progressiste et en fait plutôt un lieu de débat intense. Avec son casting irrésistible, The Chair fait de l'académique une matière à rire et s'émouvoir, empoigne les questions brûlantes de l'antisémitisme, du racisme et des inégalités de genre avec un sens aiguisé de la synthèse et du commentaire social. Et elle donne sérieusement envie de bisser.