Phénomène sans équivalent dans le monde, le sport universitaire américain est l'antichambre du professionnel. Dans sa forme la plus illustre, c'est un énorme business et un divertissement populaire capables de rivaliser avec les ligues pro. Là, dans les vestiaires, sur les terrains, se nouent et se scellent des destinées, des enjeux, des émotions propres à façonner un storytelling fructueux. Tout le sel de Last Chance U, série Netflix à la frontière du documentaire et de l'immersion ethnographique, est d'aller à la recherche des antihéros de ce...

Phénomène sans équivalent dans le monde, le sport universitaire américain est l'antichambre du professionnel. Dans sa forme la plus illustre, c'est un énorme business et un divertissement populaire capables de rivaliser avec les ligues pro. Là, dans les vestiaires, sur les terrains, se nouent et se scellent des destinées, des enjeux, des émotions propres à façonner un storytelling fructueux. Tout le sel de Last Chance U, série Netflix à la frontière du documentaire et de l'immersion ethnographique, est d'aller à la recherche des antihéros de cette méritocratie. Délaissant les universités prestigieuses où se couvent les champions de demain, elle se frotte à l'univers des Community College, établissements réputés de seconde zone, ignorés traditionnellement par la frénésie médiatique. Là, des jeunes de quartiers défavorisés viennent lâcher les tensions, violences domestiques, frustrations sociales, discriminations raciales et difficultés scolaires, celles-là même qui ont entravé la pratique de leur sport et sans doute barré leur rêve de réussite au plus haut niveau. Cette première incursion dans le basketball, après cinq saisons de crampons, nous fait entrer dans le East Los Angeles College pour la saison 2019-2020. Exit les matches de foot sur fond de soleil couchant et les grandes chevauchées sur le gazon. Ici, c'est le huis clos étouffant, le crissement des semelles sur le parquet, les éclats de sueur, l'échos de cris, des chants et du trash talk qui rebondit à travers les structures métalliques des halls omnisports. Parmi les kids farouches, déglingués, habités qui constituent l'équipe des Huskies, Joe Hampton fait figure de cador. Le seul à avoir brièvement effleuré le rêve d'une sélection pro, avant qu'une blessure ne l'entraîne dans une spirale destructrice, avec séjour en prison à la clé. Son capitaine, Deshaun Highler, a la voix et les muscles taillés par le ciseau d'un destin contrarié (une relative petite taille et la mort prématurée de sa mère). Chacun de leurs coéquipiers trimbale une histoire bourrée de revers et de coups du sort. Mais leur marche de progression hyper photogénique ne pourra advenir sans l'aide de leurs proches, de leur coach volcanique John Mosley et d'un esprit d'équipe acquis de haute lutte. Flirtant avec l'observation participante sans pour autant se laisser dévorer par sa matière passionnelle, Last Chance U: Basketball dépasse largement les précédentes saisons. Elle s'appuie sur des destins anonymes, des courbes de vie brisées, des rêves atrophiés, et capture miraculeusement cette étrange force qui, collectivisée et redistribuée, transcende les individus et crée les grands ensembles.