Je dois bien admettre que je commence à croire à cette idée que l'époque est tellement troublée que quelque chose d'extraordinaire pourrait avoir lieu sans trop perturber la routine, sans trop faire de vagues. Certains estiment que la politique de Donald Trump illustre parfaitement cela: chaque jour, le président américain se permet des choses qui devraient scandaliser beaucoup plus qu'elles ne le font, qui devraient d'autant plus l'acculer à la démission que l'on a rudoyé ses prédécesseurs pour de bien plus menues incartades vis-à-vis de la norme politique et de l'éthique la plus élémentaire. "Je pourrais descendre quelqu'un en pleine Cinquième avenue et m'en tirer sans perdre de voix", avait fanfaronné Trump durant sa campagne. Bien évidemment caricaturale, cette sortie n'en est pas moins troublante, quasi un pitch pour un épisode politique de Black Mirror. Qui peut d'ailleurs être vraiment sûr que Donald Trump ne pourrait pas abattre un quidam en plein New York devant témoins sans ensuite souffrir de poursuites sérieuses? C'est que des choses hors du commun se déroulent chaque jour sous nos yeux et, en réaction, nous nous resservons juste une deuxième fois des moules, comme disait l'autre.
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Je dois bien admettre que je commence à croire à cette idée que l'époque est tellement troublée que quelque chose d'extraordinaire pourrait avoir lieu sans trop perturber la routine, sans trop faire de vagues. Certains estiment que la politique de Donald Trump illustre parfaitement cela: chaque jour, le président américain se permet des choses qui devraient scandaliser beaucoup plus qu'elles ne le font, qui devraient d'autant plus l'acculer à la démission que l'on a rudoyé ses prédécesseurs pour de bien plus menues incartades vis-à-vis de la norme politique et de l'éthique la plus élémentaire. "Je pourrais descendre quelqu'un en pleine Cinquième avenue et m'en tirer sans perdre de voix", avait fanfaronné Trump durant sa campagne. Bien évidemment caricaturale, cette sortie n'en est pas moins troublante, quasi un pitch pour un épisode politique de Black Mirror. Qui peut d'ailleurs être vraiment sûr que Donald Trump ne pourrait pas abattre un quidam en plein New York devant témoins sans ensuite souffrir de poursuites sérieuses? C'est que des choses hors du commun se déroulent chaque jour sous nos yeux et, en réaction, nous nous resservons juste une deuxième fois des moules, comme disait l'autre.Ainsi, il y a un peu moins d'un an, The New York Times publiait un article signé de journalistes très respectés (dont deux prix Pulitzer) racontant que le ministère de la Défense américain avait enfin reconnu l'existence d'un programme secret (fermé depuis) étudiant le phénomène OVNI. Dans la foulée, l'enregistrement radar de la poursuite d'un objet volant aux propriétés étonnantes par des avions de chasse avait été déclassifié. Bref, le ministère de la Défense des USA a avoué avoir fait ce que tous les conspirationnistes plus ou moins zinzins le soupçonnaient de faire depuis des années et... Rien. En réaction à cette nouvelle extraordinaire, on aurait pu s'attendre à une explosion de caleçons de geeks, à la béatification de Jacques Pradel, à la convocation en urgence par le Pentagone de tous les scientifiques de pointe du monde mais en fait, non, le quotidien a continué de ronronner comme si de rien n'était; avec la cellulite, les verrines, Netflix et de temps à autre Christine Angot comme principaux sujets de conversations. Ce qui est complètement dingue. Parce qu'il y a 20 ou 30 ans, quand on s'imaginait après avoir fumé un gros pétard comment serait annoncé au monde que les OVNI ne sont pas forcément de la gnognotte, on pensait à des discours graves et solennels, à de gros bouleversements sociaux, à des paniques et des emballements sans équivalents historiques. Certainement pas à ce que cela ne tienne que deux jours sur Twitter en générant moins de retweets que les outrances plus ou moins choquantes de l'élite hollywoodienne et les débats sur le contenu de l'assiette des cantines fréquentées par les enfants musulmans. On ne s'attendait pas non plus à ce que ce soit un ex-chanteur de punk FM qui soit la principale figure publique de l'ufologie au moment où le mur de silence se mettrait à craqueler, cela dit. Je parle bien entendu de Tom DeLonge, ex-Blink 182. Fin 2017, je vous avais déjà parlé ici de To The Stars, une entreprise lancée en 2014 dont il est la figure de proue et qui entend lever le secret de l'existence des extraterrestres et mettre la technologie OVNI sur le marché. L'idée qui anime To The Stars est simple: un jour, pas trop lointain, tout balancer au public mais avant que n'advienne ce jour, préparer les gens à la révélation que les extraterrestres existent, qu'ils posent un danger existentiel à l'humanité, que leur technologie va totalement bouleverser notre quotidien et qu'ils sont aussi à la base de toutes nos religions. Après avoir bien ri de la poire à Tom DeLonge et de ses "grandes révélations" tenant tout de même fort du cliché de science-fiction exploité par tous les producteurs de films de série B depuis 60 ans, je m'étais posé dans cette chronique les mêmes questions que presque tout le monde ayant eu vent de ses nouvelles petites affaires: pourquoi lui, déjà? Pourquoi une pop-star qui a surtout à son actif un tube sur la branlette pour annoncer au monde l'existence des aliens, des aliens méchants qui plus est, et pas une figure d'autorité morale ou un scientifique légitime? Dans quoi Tom DeLonge était-il vraiment embarqué? Une tentative d'escroquerie massive? Un coup marketing bien foireux? Le lancement d'un mélange d'entreprise médiatique et de culte, la mise en orbite d'un To The Stars qui serait à la fois un nouveau Marvel et une nouvelle scientologie? J'avais promis d'un jour revenir à ce dossier et nous y voilà. Un article récent du Motherboard nous apprend en effet que To The Stars en a déjà pour 37 millions de dollars de déficit. Il n'est pas inutile de préciser que le site qui a en premier sorti l'info, Ars Technica, s'est dans un premier temps fourvoyé en parlant de 37 millions de dettes au lieu de 37 millions de déficit. Or, 37 millions de déficit, c'est certes énorme, mais ça peut toujours passer pour de l'investissement, surtout à une époque où des sites comme Spotify peuvent passer dix ans les doigts dans le nez sans générer le moindre bénéfice et sans même présenter de business-plan crédible. Certes, les autorités financières doutent déjà de la viabilité à long terme de To The Stars et la communication de la boîte passe même pour complètement irresponsable. Au moment de tenter de vendre pour 50 millions de valeurs boursières aux investisseurs, l'entreprise a ainsi notamment averti que les recherches menées étaient "hautement spéculatives" et "pourraient échouer à mettre sur le marché un produit commercialement viable". Mieux, ils ont avoué que l'étude qu'ils mèneraient sur la télépathie pourrait s'avérer "problématique" au niveau éthique dès que testée sur des humains. Bref, To The Stars a livré une matière première pour fabriquer de grosses vannes et se foutre une nouvelle fois de la tronche a priori bien naïve de Tom DeLonge, qui a plus que jamais l'air d'être embarqué dans un schmilblick pas net du tout. Ça fait rire, ça alimente la conversation, ça permet à des chroniqueurs et à des lecteurs de jubiler. Au hasard des liens en rapport avec To The Stars, je suis pourtant tombé sur un autre article beaucoup plus étrange et intéressant qu'une salve de moqueries sur la comptabilité d'une boîte qui entend complètement changer le monde, raison déjà amplement suffisante pour s'en méfier. Il y est dit que certaines affirmations faites il y a quelques années par Tom DeLonge et passées pour bien couillonnes à l'époque ont en fait depuis été confirmées par les officiels interrogés par les Pulitzer du New York Times. Or, ça aussi c'est pour ainsi dire passé quasi inaperçu. Personne n'a d'ailleurs l'air pressé d'en reparler et donc, qu'une branche du gouvernement américain prenne les OVNI très au sérieux passe toujours, là, maintenant, pour moins important que le retour de House of Cards sans Kevin Spacey. Je ne sais pas vous mais moi, ça me donne quand même drôlement envie de siffloter le générique de La Quatrième dimension, là où nous semblons désormais tous vivre: nanananin nanananin nanananin.