Les ressemblances flagrantes avec certains comportements que l'on croise dans la nature nous rappellent en effet d'où nous venons. Toujours utile à une époque qui réduit un peu vite l'inné à la portion congrue, conférant à l'acquis (l'éducation, l'environnement, la culture...) une toute-puissance écrasante. A contrario, les différences, tout aussi flagrantes, qui nous distinguent parfois de nos amis les bêtes prouvent que si l'Homme n'est pas au-dessus du lot, il est en tout cas à part sur le grand tableau du vivant. Avec à la clé des droits mais aussi des devoirs.

Le cas du coucou est assez intéressant. Il illustre à lui seul ce double jeu du mimétisme et de l'altérité. Comme nous l'apprenait récemment Le Jardin extraordinaire dans une séquence au scénario digne d'un film d'horreur, ce cuculidé se pose là comme opportuniste, criminel et récidiviste. Jugez plutôt: la femelle pond discrètement son oeuf dans le nid déjà garni d'une autre espèce de volatiles en ayant pris soin de maquiller la coquille de sa progéniture pour qu'elle ressemble aux autres. À son retour, l'hôte involontaire n'y voit que du feu, couvant soigneusement toute la portée. Génétiquement retors, l'oisillon coucou est programmé pour éclore juste avant ses faux frères et soeurs. Encore aveugle mais déjà costaud, il signe alors son premier bain de sang en éjectant manu militari du cocon les enfants légitimes. Tout ça sous le regard de la mère des sacrifiés. On pourrait se dire qu'écoeurée par ce massacre, elle se détournerait de cet ingrat, ou mieux lui ferait payer son crime. Eh bien non, avec le père tout aussi soumis, ils vont s'épuiser à nourrir l'intrus, jusqu'à ce qu'il atteigne sa taille critique, au moins trois ou quatre fois celle de ses "parents adoptifs" quand même, et s'envole sans demander son reste.

Aujourd'hui, tout est motif à lamentations: les censeurs, les auto-censeurs, les haineux, les naïfs, les faux-culs, les moralistes, les réacs (...)

Autant l'image du parasite peu scrupuleux nous est familière -en version inoffensive avec le mec qui siphonne le wi-fi non sécurisé de son voisin ou en version barbare avec tous les bourreaux que la terre a portés-, autant on voit mal quel être humain pourrait supporter de voir ses petits se faire éliminer sans moufter. À croire que si le rire est bien le propre de l'homme (dixit Rabelais), la plainte ne l'est pas moins. On voit de fait rarement des animaux geindre sur leur sort, aussi cruel soit-il. Alors que de ce côté-ci de la Création, il est de bon ton de pester sur tout et n'importe quoi. Météo, famille, politique... Tout y passe. C'est même devenu un sport mondial dont s'amuse le nouveau roman d'Emmanuelle Heidsieck, Trop beau (éditions du Faubourg). L'autrice pousse cette culture de la récrimination à son paroxysme satirique en imaginant un héros pourtant suréquipé pour le bonheur (il coche toutes les cases: beauté, diplômes...) saisir la justice pour discrimination. Sa plastique parfaite lui a déjà valu trois licenciements et bien plus de jalousie. Si même ce qui est considéré comme le Graal dans une société consumériste devient motif d'insatisfaction, où allons-nous?

On nage dans un océan de reproches où les jérémiades puériles côtoient les motifs légitimes et graves de protestation. Ainsi de cet enfant qui fait un procès à ses parents dans le film Capharnaüm de Nadine Labaki pour lui avoir donné une vie de misère. Quand elle est utilisée avec parcimonie, la bile a un effet laxatif bénéfique. Râler un bon coup pour évacuer la frustration du moment permet de repartir ensuite du bon pied. Mais si elle s'agglutine, se répand comme une marée noire et devient le seul moteur de l'existence, la doléance nous étouffe, nous englue, nous étrangle. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Tout est motif à lamentations: les censeurs, les auto-censeurs, les haineux, les naïfs, les faux-culs, les moralistes, les réacs, les gros, les végans, les jeunes, les vieux, les GAFA, les propriétaires de SUV, les riches, les casseurs, les misogynes, les rêveurs, les boy's clubs, les revanchard(e)s, le male gaze, les révisionnistes, même les coqs qui chantent trop tôt le matin... Un syndrome qui a à voir avec l'idéologie de la victimisation dans une société où les responsabilités se sont diluées. Mais aussi avec l'avancée du communautarisme, lequel découpe le corps social en petits morceaux s'accusant mutuellement de favoritisme. En attendant sans doute le jour où quelqu'un portera plainte contre soi-même...

Les ressemblances flagrantes avec certains comportements que l'on croise dans la nature nous rappellent en effet d'où nous venons. Toujours utile à une époque qui réduit un peu vite l'inné à la portion congrue, conférant à l'acquis (l'éducation, l'environnement, la culture...) une toute-puissance écrasante. A contrario, les différences, tout aussi flagrantes, qui nous distinguent parfois de nos amis les bêtes prouvent que si l'Homme n'est pas au-dessus du lot, il est en tout cas à part sur le grand tableau du vivant. Avec à la clé des droits mais aussi des devoirs. Le cas du coucou est assez intéressant. Il illustre à lui seul ce double jeu du mimétisme et de l'altérité. Comme nous l'apprenait récemment Le Jardin extraordinaire dans une séquence au scénario digne d'un film d'horreur, ce cuculidé se pose là comme opportuniste, criminel et récidiviste. Jugez plutôt: la femelle pond discrètement son oeuf dans le nid déjà garni d'une autre espèce de volatiles en ayant pris soin de maquiller la coquille de sa progéniture pour qu'elle ressemble aux autres. À son retour, l'hôte involontaire n'y voit que du feu, couvant soigneusement toute la portée. Génétiquement retors, l'oisillon coucou est programmé pour éclore juste avant ses faux frères et soeurs. Encore aveugle mais déjà costaud, il signe alors son premier bain de sang en éjectant manu militari du cocon les enfants légitimes. Tout ça sous le regard de la mère des sacrifiés. On pourrait se dire qu'écoeurée par ce massacre, elle se détournerait de cet ingrat, ou mieux lui ferait payer son crime. Eh bien non, avec le père tout aussi soumis, ils vont s'épuiser à nourrir l'intrus, jusqu'à ce qu'il atteigne sa taille critique, au moins trois ou quatre fois celle de ses "parents adoptifs" quand même, et s'envole sans demander son reste. Autant l'image du parasite peu scrupuleux nous est familière -en version inoffensive avec le mec qui siphonne le wi-fi non sécurisé de son voisin ou en version barbare avec tous les bourreaux que la terre a portés-, autant on voit mal quel être humain pourrait supporter de voir ses petits se faire éliminer sans moufter. À croire que si le rire est bien le propre de l'homme (dixit Rabelais), la plainte ne l'est pas moins. On voit de fait rarement des animaux geindre sur leur sort, aussi cruel soit-il. Alors que de ce côté-ci de la Création, il est de bon ton de pester sur tout et n'importe quoi. Météo, famille, politique... Tout y passe. C'est même devenu un sport mondial dont s'amuse le nouveau roman d'Emmanuelle Heidsieck, Trop beau (éditions du Faubourg). L'autrice pousse cette culture de la récrimination à son paroxysme satirique en imaginant un héros pourtant suréquipé pour le bonheur (il coche toutes les cases: beauté, diplômes...) saisir la justice pour discrimination. Sa plastique parfaite lui a déjà valu trois licenciements et bien plus de jalousie. Si même ce qui est considéré comme le Graal dans une société consumériste devient motif d'insatisfaction, où allons-nous? On nage dans un océan de reproches où les jérémiades puériles côtoient les motifs légitimes et graves de protestation. Ainsi de cet enfant qui fait un procès à ses parents dans le film Capharnaüm de Nadine Labaki pour lui avoir donné une vie de misère. Quand elle est utilisée avec parcimonie, la bile a un effet laxatif bénéfique. Râler un bon coup pour évacuer la frustration du moment permet de repartir ensuite du bon pied. Mais si elle s'agglutine, se répand comme une marée noire et devient le seul moteur de l'existence, la doléance nous étouffe, nous englue, nous étrangle. C'est ce qui se passe aujourd'hui. Tout est motif à lamentations: les censeurs, les auto-censeurs, les haineux, les naïfs, les faux-culs, les moralistes, les réacs, les gros, les végans, les jeunes, les vieux, les GAFA, les propriétaires de SUV, les riches, les casseurs, les misogynes, les rêveurs, les boy's clubs, les revanchard(e)s, le male gaze, les révisionnistes, même les coqs qui chantent trop tôt le matin... Un syndrome qui a à voir avec l'idéologie de la victimisation dans une société où les responsabilités se sont diluées. Mais aussi avec l'avancée du communautarisme, lequel découpe le corps social en petits morceaux s'accusant mutuellement de favoritisme. En attendant sans doute le jour où quelqu'un portera plainte contre soi-même...