Sur papier, l'événement ressemblait à une espèce de Fly Away Festival pour bourges américains. Une expérience musicale immersive pour gens friqués organisée sur une île paradisiaque. Cocktails, musique et décor qui en jette pour m'as-tu-vu désireux de s'encanailler et de se mettre des murges entre gens biens... Quant au documentaire Fyre, sous-titré "le meilleur festival qui n'a jamais eu lieu", il renvoyait quelque part à ces making of de films inachevés. Le Don Quichotte de Gilliam, le Dune de Jodorowsky...

Petit et nécessaire rappel des faits. Printemps 2017, le premier Fyre Festival doit avoir lieu sur une île déserte des Bahamas auparavant propriété du baron de la drogue Pablo Escobar. Cadre idyllique, ateliers de méditation et de yoga sur la plage, villas clinquantes, yachts majestueux et cuisine cinq étoiles... Les organisateurs ont vendu du rêve. Du glamour de luxe. Vidéo promotionnelle avec les plus grands top models pour attirer les jet-setters. Personnalités et influenceurs grassement payés pour assurer la pub sur les réseaux sociaux... Malgré le prix des billets (de 400 à 12.000 dollars) et son affiche pas très sexy (Major Lazer, Disclosure, Blink 182...), l'événement affiche complet en 48 heures.

Derrière le festival, il y a le rappeur Ja Rule et le jeune entrepreneur Billy McFarland. Jeunesse dorée, clientèle fortunée... À l'époque, McFarland a déjà lancé une espèce de club select articulé autour d'une carte de crédit (Magnises) qui permet à ses détenteurs d'accéder à des offres VIP. Il a aussi mis sur pied une application permettant de s'attacher les services d'une célébrité en zappant les bookeurs et leurs gourmandes commissions. Une appli, disent-ils, qui aurait dû devenir le Uber du booking et révolutionner le milieu du concert.

Censé lui servir de levier, le Fyre Festival fut sa pierre tombale. Rongé par la folie des grandeurs, l'inexpérience, la malhonnêteté et la mythomanie de son patron, l'événement fut un gigantesque fiasco. Couchages insuffisants et bien plus rudimentaires (des tentes) qu'annoncé, matelas détrempés, sandwichs de station-service, groupes aux abonnés absents... Saouler les premiers arrivés n'évitera pas la débandade.

Pas dingue dans sa réalisation, animé par des images filmées en interne lors des préparatifs et les interviews des petites mains de McFarland, le documentaire de Chris Smith (un autre, Fyre Fraud, est apparu sur la plateforme de streaming Hulu) reste le récit d'une des plus grandes arnaques de ces dernières années, le portrait d'un affabulateur, un récit sur le narcissisme d'une certaine jeunesse en même temps que sur le retour de manivelle des réseaux sociaux. "On vend du rêve aux losers", dit McFarland au détour des préparatifs. Les six ans de prison pour fraude dont il a écopé lui laisseront assurément le temps de trouver de nouvelles idées...

Fyre, le meilleur festival qui n'a jamais eu lieu, de Chris Smith. ***(*)

Disponible sur Netflix.