Il plane sur Judas and the Black Messiah, le second long métrage de Shaka King, de petits airs de BlacKkKlansman, le brulôt que signait en 2018 un Spike Lee dont le jeune réalisateur a d'ailleurs été l'élève. À l'instar de ce dernier, le cinéaste de Brooklyn recourt à une histoire d'infiltré à l'efficacité narrative éprouvée pour signer un film éminemment politique. Inspiré de faits réels (et encadré d'archives), le récit s'ouvre sur l'arrestation, en 1968 à Chicago, de William...

Il plane sur Judas and the Black Messiah, le second long métrage de Shaka King, de petits airs de BlacKkKlansman, le brulôt que signait en 2018 un Spike Lee dont le jeune réalisateur a d'ailleurs été l'élève. À l'instar de ce dernier, le cinéaste de Brooklyn recourt à une histoire d'infiltré à l'efficacité narrative éprouvée pour signer un film éminemment politique. Inspiré de faits réels (et encadré d'archives), le récit s'ouvre sur l'arrestation, en 1968 à Chicago, de William "Bill" O'Neal (LaKeith Stanfield), petit malfrat noir que le FBI recrute pour infiltrer le Black Panther Party (BPP). Et plus particulièrement surveiller son jeune leader, Fred Hampton (Daniel Kaluuya), un activiste mettant son charisme ravageur au service d'une parole aiguisée. Débute alors une fascinante partie de Poker menteur, O'Neal faisant la taupe pour le compte de Roy Mitchell (Jesse Plemons), un agent du FBI, non sans gravir les échelons du BPP, ne semblant pas insensible aux idéaux portés par Hampton. Sa présence n'en facilitera pas moins l'exécution de ce dernier, abattu dans son sommeil par le FBI dans la nuit du 4 décembre 1969, J. Edgar Hoover (Martin Sheen), le tout-puissant boss du Bureau, voulant impérativement éviter l'émergence d'une figure messianique susceptible de porter la lutte pour les droits civiques. S'appuyant sur une dynamique de polar, tout en esquissant le portrait en miroir de ses deux protagonistes -sa composition a valu l'Oscar du meilleur Second (?) rôle à Daniel Kaluuya-, Judas and the Black Messiah plonge avec vigueur dans cette époque violente et troublée. Reconstitués avec style, les événements offrent à Shaka King l'occasion de retracer l'action politique de Hampton, farouchement anticapitaliste tout en s'attelant à fédérer différentes minorités au sein de la Rainbow Coalition. Et si le film ne fait pas l'économie d'un certain manichéisme dans sa dénonciation d'un racisme n'en finissant plus de paver l'Histoire américaine, il n'en poursuit pas moins son agenda avec force, pour mieux résonner avec le présent.