PLAN CULT
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C'est le petit jeune de Classic 21 où on l'entend sur les ondes depuis qu'il a seize ans. Érudit et culotté, fan inconditionnel des Beatles, Félicien Bogaerts est entré en radio après avoir envoyé un email à Marc Isaye reprochant que la moyenne d'âge des animateurs de la chaîne soit de 45-50 ans. C'est maintenant à la télé que s'attaque le loquace garçon de Bousval. Et le rendez-vous, au nom osé pour la RTBF, s'appelle Plan Cult. L'idée? Renseigner sur les bons tuyaux culturels en Fédération Wallonie-Bruxelles. Spectacles, expos, concerts... Pour sa première, Plan Cult s'est installé au Kanal-Centre Pompidou et a invité Alex Vizorek, maître de cérémonie des prochains Magritte. Il a visité l'usine de films amateurs conçue par Michel Gondry (à Bruxelles jusqu'au 30 juin) et le cinéma Palace un an après sa réouverture. Puis aussi envoyé Nicole, alias Mamy culture, la reporter de l'émission, découvrir les joies des siestes acoustiques... Plan Cult fait dans les grands écarts. Il suggère un opéra à la Monnaie, le concert de Massive Attack au Palais 12 (sans préciser que c'est pour l'anniversaire de l'album Mezzanine) et le spectacle celtique Lord of the Dance à Charleroi. Mais aussi une expo de design et d'architecture intérieure au Grand-Hornu, la Semaine du son et un gig d'Eddy De Pretto...Youtubeur écolo à ses heures perdues (il a lancé une séquence vidéo, Le Biais vert, diffusée via les réseaux sociaux), Félicien est aussi épaulé par BJ Scott, qui proposera chaque semaine ses coups de coeur. Un programme qui doit encore trouver ses repères mais qui pourrait vous souffler à l'oreille quelques chouettes idées de sorties. J.B.Impressionné par Metropolis et Les Nibelungen, le ministre de la propagande nazi Goebbels avait proposé à leur réalisateur de devenir un des grands artistes du Troisième Reich. Mais Fritz Lang avait préféré quitter illico une Allemagne nazie qui lui faisait horreur. Et en 1936, il tournait son premier film américain... qui fit l'effet d'une bombe! Lang avait déjà prouvé avec M le Maudit, son dernier film allemand, qu'il savait et aimait mettre l'accent sur les dérives d'une société. Même bien accueilli à Hollywood, il n'en signa pas moins, avec Fury, un film des plus dérangeants. Dans son collimateur, la loi de Lynch, les foules vociférantes qui exigent de rendre elles-mêmes la "justice" en exécutant elles-mêmes les accusés. Spencer Tracy, vedette montante de l'époque, y incarne un homme accusé à tort, dont la prison est brûlée, le laissant pour mort... Après quoi il va vouloir se venger! Du lynchage aux représailles, plusieurs tendances lourdes défigurant la société aux États-Unis sont ainsi épinglées, avec autant de maîtrise formelle que de cruelle lucidité. Un sommet, encore très parlant aujourd'hui. L.D."La question n'est pas de savoir comment il peut y avoir de la poésie après des holocaustes, mais comment il peut y avoir des holocaustes après la poésie..." La voix est connue. Elle a chanté vouloir être notre chien mais là, pour le coup, elle incarne le Rien. Que nous dirait-il s'il pouvait parler et comment le filmer? C'est la question étrange que s'est posée le cinéaste Boris Mitic. Le réalisateur serbe a réuni des images capturées pendant huit ans et selon ses directives par 62 complices. L'Autrichien Michael Glawogger (mort de la malaria lors d'un tournage au Liberia), le Russe Vitali Manski (directeur du festival Artdocfest à Moscou) ou encore l'Uruguayenne Alicia Cano... Sur une musique composée par Pascal Comelade et les Tiger Lillies, porté par le timbre inimitable et profond d'Iggy Pop, Mitic disserte. Philosophe. Frustré d'être incompris, imaginé comme un Clint Eastwood ou un Corto Maltese, le Rien prend la fuite et parcourt le monde pour convaincre de sa nécessité. Instants suspendus et magie du vide... Il parle en rimes. Son ton est sympathique, humoristique, cynique et optimiste. "Pratiquez le rien comme un fitness à la mode," prône le documentariste. Une réflexion pas toujours évidente à suivre mais dans laquelle on se laisse embarquer par le débit hypnotisant de l'Iguane et des images à la vacuité poétique. J.B.Originaire de Norvège et membre à l'adolescence de la gauche radicale, Karen Winther a par la suite changé de bord et rejoint l'extrême droite. Une mouvance néonazie pour laquelle, reconnaît-elle, elle aurait été prête à tout afin de prouver sa loyauté. Guérie, la réalisatrice a voulu discuter avec d'anciens extrémistes comme elle pour savoir ce qui les avait poussés à se détourner de la haine. Elle part à la rencontre d'un ancien leader néonazi, Ingo Hasselbach, jadis surnommé le Führer de Berlin. Après avoir fait l'objet d'un documentaire qui lui a ouvert les yeux, Ingo a créé Exit Allemagne pour aider des gens à sortir de l'ultra droite. Tout en racontant sa propre histoire, Winther fait aussi connaissance avec Manuel, qui a dû aller en prison pour comprendre (des Turcs sont intervenus pour lui éviter une raclée), un ex-djihadiste qui a connu les camps d'entraînement d'Al-Qaïda ou encore Angela, qui apporte une voix féminine réconfortante. Un documentaire pour montrer que l'homme peut changer mais que l'extrême droite est un piège dont il est bien compliqué de s'extirper. J.B.Originaire de Norvège et membre à l'adolescence de la gauche radicale, Karen Winther a par la suite changé de bord et rejoint l'extrême droite. Une mouvance néonazie pour laquelle, reconnaît-elle, elle aurait été prête à tout afin de prouver sa loyauté. Guérie, la réalisatrice a voulu discuter avec d'anciens extrémistes comme elle pour savoir ce qui les avait poussés à se détourner de la haine. Elle part à la rencontre d'un ancien leader néonazi, Ingo Hasselbach, jadis surnommé le Führer de Berlin. Après avoir fait l'objet d'un documentaire qui lui a ouvert les yeux, Ingo a créé Exit Allemagne pour aider des gens à sortir de l'ultra droite. Tout en racontant sa propre histoire, Winther fait aussi connaissance avec Manuel, qui a dû aller en prison pour comprendre (des Turcs sont intervenus pour lui éviter une raclée), un ex-djihadiste qui a connu les camps d'entraînement d'Al-Qaïda ou encore Angela, qui apporte une voix féminine réconfortante. Un documentaire pour montrer que l'homme peut changer mais que l'extrême droite est un piège dont il est bien compliqué de s'extirper. J.B.En deux saisons, Insecure et sa créatrice Issa Rae ont changé la manière dont se racontent les Afro-Américains à la télé. C'est une question de regard. Plutôt que de voir ses personnages comme autant de fétiches ou de symboles tirés des représentations stéréotypées ou de leur déconstruction, Issa Rae leur a donné corps, langage, coeur et vie propres. Les questions liées à la place des hommes et femmes de couleurs en Amérique, un monde de relations (personnelles, amoureuses, professionnelles...) asymétriques et discriminantes, sont rendues avec acuité par un humour déroutant et une réalisation minimaliste. Hilarante et innovante, la série qui a érigé le "Black weird" en new cool a fait le pari de la fragilité, des failles, de la normalité et du décalage plutôt que de la frime, de la fight, du gringue. Le risque était que la quête d'émancipation de son héroïne ne soit labellisée "Sex & the City pour Afros". La troisième saison dissipe à peine ces craintes lorsqu'est abordé, notamment, le thème de la rivalité amoureuse entre deux amies. Mais là encore, l'intelligence d'Issa Rae réside dans sa capacité à enluminer la normalité plutôt que de la singer en dérision douteuse et asservissante. Rythmée par une BO gérée par Solange et Raphael Saadiq, Insecure, même en mode mineur, reste une série épatante, toujours honteusement ignorée par chez nous. N.B.L'infirmière en chef Cath Hardacre (Jodie Whittaker, vue dans Broadchurch et actuelle Doctor Who) est virée de son poste pour avoir dénoncé auprès de sa hiérarchie et de la presse les négligences flagrantes observées dans son hôpital de Sheffield. Désespérée, cette maman solo dont le père est atteint d'Alzheimer et l'ex-mari sans emploi prend une décision pour le moins téméraire: elle usurpe l'identité de son amie Ally, doctoresse d'un hôpital d'Édimbourg partie en Nouvelle-Zélande. Et se retrouve alors en terrain miné, à la fois par le mensonge dont elle se pare et tout ce qui fait de l'hôpital, et de la santé en général, un haut lieu de souffrance pour ceux qui y travaillent. Aborder par le thriller les maladies structurelles du milieu hospitalier -spécifiquement dans les zones frappées par la désindustrialisation, la paupérisation et la contraction des coûts-, son impact sur les patients et les prises de risques du corps médical est un choix qui ne manque pas de style. Dommage qu'il dilue un peu la dimension éminemment politique de cette lame de fond. N.B."Welcome to my nightmare!", chantait Alice Cooper. David Lynch semble nous dire la même chose, et son invitation est de celle que l'on ne saurait refuser... Voici Fred Madison (joué par Bill Pullman), saxophoniste de Los Angeles qui reçoit de mystérieuses enveloppes. Celles-ci contiennent des cassettes vidéo, avec des images de la propre maison de Fred, filmée de l'extérieur puis... de l'intérieur. Inquiet de cette intrusion anonyme, Fred fait appel à la police. Une idée logique, mais qui s'avérera fatale... On n'en dira pas plus d'une intrigue où les surprises abondent, toutes plus inquiétantes les unes que les autres. Lynch est particulièrement inspiré dans un de ses films les plus profondément étranges et surréalistes. Un cauchemar éveillé, troublant, dangereux, qui vous hante bien après le générique final. À voir et à revoir sans réussir à tout cerner de son fascinant récit, Lost Highway fait partie des oeuvres essentielles du plus singulier des cinéastes américains. L.D.C'est l'histoire d'une double disparition. Celle d'une jeune fille, Emanuela Orlandi, 15 ans, fille du préfet de la Maison pontificale du Vatican, le 22 juin 1983. Et celle de la vérité dans cet État de 440 habitants, miné par l'omerta et les relations douteuses avec la finance et la mafia. Pietro recherche sa soeur depuis 35 ans. Il retrace, dans ce document aux éléments troubles, glauques et saisissants, tous les éléments d'une enquête qui aurait tout d'un mauvais thriller s'il ne révélait la douleur d'une famille et les mécanismes d'une machination apparente, dans laquelle se mêlent Jean-Paul II, Mehmet Ali Agca qui l'a ciblé lors d'un rocambolesque attentat, des groupuscules politiques obscurs et une chape de plomb qui maintient un ordre silencieux au Vatican. Ces composantes tentaculaires font froid dans le dos. Sans artifices, nourri de témoignages et de documents ahurissants (des enregistrements d'entretiens téléphoniques), le docu est cependant lesté d'un rythme un peu poussif, en écho sans doute à la léthargie dans laquelle est plongée cette triste affaire. N.B.Il arrive que l'on se laisse aller à quelques a priori. Un portrait d'une heure et demie sur Joan Baez, sacrée madone du folk au lendemain d'une prestation remarquée au festival de Newport, pourrait se révéler un brin assommant. Pourtant, il fallait bien ces quelques instants pour embrasser la figure emblématique qu'elle a incarnée. Ce titre déjà, How Sweet the Sound, deuxième vers du mythique Amazing Grace, ne pouvait que nous mettre sur la voie. Car son timbre limpide, qu'elle mit au service tant de l'harmonie que de l'émancipation, résonne encore longtemps après la diffusion de ce documentaire aussi spontané que touchant. De ses débuts dans les coffee shops de Cambridge à l'excitation mêlée d'angoisse du succès, en dérivant vers ses amours furtives (Dylan bien sûr, dont elle évoque sans fard la dépendance mélodico-amoureuse) et son inconditionnel militantisme, il élague 50 ans d'un parcours collectivement qualifié d'irréprochable par quelques fameux intervenants comme David Crosby, John McGuinn ou Tucker Zimmerman en personne. Non sans fardeau, au coeur de sa résistance à la conscription ou dans son engagement pour les droits civiques, Baez portera coûte que coûte un regard éthique sur le monde qu'il est, in fine, plaisant de partager. Une carrière qui se célèbre en une tournée d'adieu dont le passage à l'Olympia sera diffusé dans la foulée. Incroyable grâce. M.U.Une tache de plus sur le panache blanc de la famille Kennedy et de sa mythologie? Rosemary était la plus jolie, vivace et libre des soeurs de John F. Kennedy. Leur père, le terrible Joseph, l'a soustraite à la vie publique car il la considérait comme incontrôlable et donc incompatible avec les plans ambitieux qu'il érigeait pour sa dynastie. En 1941, Rosemary disparaît subitement, devenant un secret bien gardé, mais un fantôme pour sa famille. En réalité, elle a purement et simplement été enlevée sur ordre de son père, internée, lobotomisée et transformée en légume, puis cachée au grand public. Lettres, photos, films, journaux intimes font écho à une voix off mélodieuse pour raconter le destin d'une femme qui aimait la vie, ses délices, ses excès et en a payé le prix fort. Patrick Jeudy réussit un portrait touchant de cette femme sacrifiée sur l'autel des ambitions et du mensonge, et, en creux, celui d'une famille patriarcale qui en a décidément sous le coude en matière de secrets peu reluisants. N.B.Inspirée des teen sex movies américains mais relocalisée dans la campagne anglaise, Sex Education est une merveille de comédie sociale et de moeurs à la sauce adolescente. Dans une veine digne du grand John Hugues (The Breakfast Club, Sixteen Candles), Laurie Nunn décrit avec éclat les vicissitudes hormonales des ados et leur relation avec un monde adulte toxique. Otis, fils d'une sexologue libérée mais un brin envahissante (Gillian Anderson), son meilleur ami gay Eric et Maeve, la punk qui use les mecs comme des kleenex, défient les codes sociaux de l'école et créent une consultation clandestine pour leurs condisciples perdus dans une sexualité naissante et abrasive. Hilarant, pertinent et tourmenté. N.B.