ROLAND-GARROS
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L'année dernière, en grande forme et plein d'espoirs pour sa quinzaine parisienne, David Goffin se prenait les pieds dans les bâches du court Suzanne-Lenglen contre Zeballos au troisième tour de Roland-Garros. Cheville tordue, rêve brisé, tournoi terminé... Un méchant coup d'arrêt dans la saison du Gof. Stoppé par un nouveau coup du sort à Rotterdam mi-février, une balle dans l'oeil qui le tint écarté des terrains pendant plusieurs semaines, le Liégeois semble tout doucement revenir à son meilleur niveau et peut espérer briller dans une deuxième levée du Grand Chelem qui semble promise à Rafael Nadal. Chez les dames, Elise Mertens pourrait elle aussi avoir un joli coup à jouer. Tenniswoman du printemps, la Louvaniste restait sur treize victoires consécutives avant de se faire éliminer (victime d'une infection bactérienne) par la numéro 1 mondiale Simona Halep à Madrid. C'est parti pour deux semaines de grand spectacle sur l'ocre parisien. J.B.Le culte voué à ce western féministe de 1954, en France particulièrement, est très spectaculaire. Il lui vaut des retours réguliers à la télévision et dans les salles de répertoire. Nicholas Ray est lui-même un cinéaste culte (Wim Wenders en a fait son acteur dans L'Ami américain avant de coréaliser avec lui son tout dernier film Nick's Movie en 1980). Rebelle aux conventions hollywoodiennes, il les a subverties avec autant de style que d'intelligence, du côté du film noir (Traquenard) comme ici du western. Celui qui dirigea James Dean dans La Fureur de vivre (1955), son film le plus célèbre, signe avec Johnny Guitare une oeuvre tout à la fois flamboyante et âpre. Riche en échos, aussi. Car cette histoire de rivalité entre deux fortes femmes autour d'un homme (le Johnny du titre) a été écrite sous pseudonyme par un scénariste (Ben Maddow) interdit de travail par la chasse aux sorcières maccarthyste. Et on peut y voir des allusions au sinistre air du temps... L.D.Un écrivain, auteur de romans policiers et amateur d'automates, imagine un stratagème pour humilier l'amant de sa femme, coiffeur de son état. Les choses n'en resteront pas là, dans un maître thriller signé par le grand cinéaste Joseph L. Mankiewicz (le réalisateur de La Comtesse aux pieds nus, d'Eve et de Soudain l'été dernier). Adapté par Anthony Shaffer de sa propre pièce de théâtre, Le Limier joue du huis clos et du jeu dangereux entre deux rivaux avec une intelligence et un sens du suspense absolument remarquables. Les surprises ne manquent pas dans un film qui vaut aussi énormément par son interprétation. Le duel est féroce, retors et vénéneux, qui oppose l'aristocratique Laurence Olivier (Rebecca, Richard III, Marathon Man) et l'homme du peuple Michael Caine (Alfie, Pulsions, Mona Lisa). À savourer sans modération! L.D.Prise en tenaille entre l'Écosse et le bassin désindustrialisé de Liverpool, le comté de Cumbria a tout du trou perdu. Landes et forêts immobiles, ciel bas, population clairsemée. Robert tente d'échapper à un lourd passé de policier en courant sur ses monts pelés, ou en nageant dans ses eaux noires. Avec sa femme Katy, il tient un gîte B&B qui n'attire pas grand monde. Alors son ancien chef lui propose de le transformer en safe house, planque améliorée pour des témoins bénéficiant d'un programme de protection. En l'occurrence, un ancien directeur de prison dont le fils vient de réchapper à une tentative de kidnapping. À mesure que l'intrigue se déploie (une fois installé le système d'alarme dernier cri), Safe House délivre une série noire qui ne lésine ni sur l'action, ni sur les grands thèmes de la culpabilité et de la rédemption, ni sur les accents de satire grinçante -locaux, bad guys, planqués et planqueurs déclinant tout ce que l'humain peut produire de veule et d'héroïque. Aidé par un casting relevé d'où émerge, dans le rôle de Robert, un excellent Christopher Eccleston (le pasteur chat noir de Leftovers), Safe House se presse de délivrer toute sa complexité en à peine huit épisodes, qui se dégustent pourtant comme un bon single malt. N.B.Comment la Russie, jugée par la Fifa la moins bonne des deux candidatures, est-elle parvenue à vaincre l'Angleterre et son dossier en béton dans la course au Mondial 2018? Tel est le noeud de ce documentaire construit comme une enquête policière et diffusé par Arte deux semaines avant le coup d'envoi de la Coupe du monde à Moscou. Niels Borchert Holm qui avait déjà enquêté sur la victoire du Qatar pour 2022 (La Famille Fifa: une scandaleuse histoire d'amour) fouille à nouveau dans les coulisses de la Fifa et du football international. Jeux de dupes, fausses promesses, espionnage et pétrodollars qui inondent la Grande-Bretagne... Le truculent Peter Hargitay, conseiller de l'Angleterre ("elle payait pour des contacts, un réseau et avoir accès à certains membres du comité exécutif ") avant de se mettre à bosser pour l'Australie, et Sepp Blatter entre autres reviennent sur l'une des plus grandes déconvenues du foot britannique et laissent entrevoir la dimension politique qu'a pris la désignation des pays hôtes. On en sort sans vraiment de scoop ni de certitudes. Mais que l'Argentine se soit dite prête à voter pour l'Angleterre (dixit le gestionnaire de sa candidature) si elle acceptait de lui restituer les Malouines permet d'imaginer l'aspect complètement surréaliste de la chose. J.B.Engagement, ingéniosité, résistance. Trois mots qui résument à merveille, après autant de films, la démarche du réalisateur Benjamin Hennot et l'objet valeureux, poétique, nécessaire de ses documentaires. Après La Jungle étroite qui tirait le portrait d'un ancien syndicaliste de combat devenu l'un des piliers de l'association mouscronnoise Fraternité ouvrière armé de son jardin verger expérimental et de ses cours gratuits de jardinage, puis le formidable et vivifiant La Bataille de l'eau noire qui racontait à coups de compilation, de radio libre et de cramage de camion le combat d'instituteurs, assureurs, fermiers, plombiers et étudiants couvinois contre la construction d'un barrage, Hennot se penche sur une histoire de résistance dans le sens le plus "guerrier" du terme. En 1940, quand l'Allemagne envahit la Belgique, André Van Glabeke a 16 ans. Marcel Franckson en a 18. Tous deux vont s'engager dans une équipe de résistants particulièrement autonome ("Vous êtes grands, vous faites votre guerre vous-mêmes"): le Groupe D du Service de sabotage Hotton. Leur but? Perturber les communications et les télécommunications de l'ennemi. Instaurer un climat d'insécurité pour l'occupant et ceux qui le soutiennent. Entre 1942 et l'arrivée des Américains en septembre 1944, dans la région de Chimay et Couvin, 250 hommes et femmes firent vivre ce qui fut l'un des plus puissants maquis de Wallonie. Stan et Ulysse (décédé le 18 février dernier à l'âge de 95 ans) racontent. Ils se souviennent des hold-up, des attaques de locomotive, des duels au revolver et des neutralisations de bourgmestres rexistes. Des trains qu'ils ont fait sauter, du câble Paris-Berlin qu'ils ont coupé, et des étoiles rouges sur leurs casques pour mettre les Allemands sur de mauvaises pistes... Aussi créatif que ses héros, ces self-made-men de l'embuscade et du sabotage, Benjamin Hennot affiche une nouvelle fois sa singularité. Extraits de westerns muets, images d'archives, interviews récentes, reliques propagandistes de Radio Bruxelles (le film commence avec Jan Grauls, bourgmestre collaborationniste du Groß Brüssel, qui exige la tranquillité et la sécurité en ville)... Stan et Ulysse a l'esprit inventif, le montage audacieux et rythmé (il fait même penser un instant au Delicatessen de Caro et Jeunet), et une bande son qui lui va bien au teint. Un appel à la résistance généralisée et une ode aux insoumis... J.B.Ah! Cette révolution numérique dont on nous vend l'amélioration substantielle qu'elle va apporter à nos comportements ou nos compétences, et les questions philosophiques trépidantes qu'elle soulève. Le sexe et l'amour avec des robots va-t-il supplanter nos besoins de lien, de chair et de peau? Nos bébés pourront-ils se passer de ce contact charnel? Nous sera-t-il possible de pirater notre propre corps? Voilà quelques-unes des questions que se pose dans ce docu léger comme le Cloud la journaliste Helen Fares. Elle teste pour nous les dernières inventions technologiques, visite des fab labs, le MIT ou des collectifs techno arty, millenials excités par cette nouvelle étape transhumaniste comme la génération X l'était jadis par un treck dans le Triangle d'Or ou un coucher de soleil à Goa. Le zénith du ridicule étant atteint lors d'un test filmé de relation sexuelle lesbienne avec une poupée robot. De deux choses l'une: soit nous ne valons guerre mieux que les accusateurs de Galilée, soit les GAFA et les technolâtres ont réussi la plus belle opération de lavage de cerveau de l'Histoire. N.B."Les régimes autoritaires ont la force. Les démocraties ont inventé les relations publiques." Propaganda, la fabrique du consentement s'intéresse aux techniques de persuasion des masses à travers l'histoire d'Edward Bernays, qui en fut l'un des principaux théoriciens en même temps que l'un des inventeurs du marketing. Créées il y a un siècle aux États-Unis, ces méthodes mises au point par un petit groupe de penseurs pour contrôler le peuple servirent d'abord aux Américains pour convaincre la population de s'engager dans la Première Guerre mondiale avant d'être récupérées par de grands industriels. Jimmy Leipold signe un documentaire éclairant sur tous ces messages dont on est assaillis pour nous pousser à acheter, voter, adhérer à une idée... Ces méthodes qui s'adressent à nos émotions et à nos instincts. Un docu qui ouvre les yeux sur la manipulation institutionnalisée en même temps que le portrait d'un homme qui a fait fumer les femmes et inspiré le régime nazi. J.B.L'heure de la retraite est venue pour Serge Pilardosse, 60 ans dont 44 de travail sans jamais connaître le chômage ou la maladie. Mais des points lui manquent pour bénéficier d'une pension complète. À cause de certains employeurs qui ont omis de le déclarer. Dès lors Serge ne fait ni une ni deux. Il ressort du garage où elle reposait sa vieille moto Mammuth des années 1970 et il prend la route pour aller récupérer les fiches de salaire qui lui manquent... Gérard Depardieu est magnifique dans la comédie tout à la fois très drôle et mélancolique du tandem Kervern-Delépine. Ces derniers signent un road movie en forme d'hymne à la liberté, aux chemins de traverse, aux rencontres inattendues. Yolande Moreau, Anna Mouglalis, Bouli Lanners et Benoît Poelvoorde sont de la partie, avec aussi une surprenante Isabelle Adjani et l'étrange Miss Ming. L.D.Deuxième volet d'enquêtes pour Valeria Ferro, lunaire et ténébreuse capitaine de la brigade criminelle de Turin. La première saison avait laissé ici une forte impression grâce à la noirceur élégante de sa réalisation et au jeu introverti de Miriam Leone. L'ancienne Miss Italie 2008, que Berlusconi aurait convoitée en potiche de la RAI, a entrepris un virage bienheureux dans des fictions qui soulignent les travers et les zones d'ombres de l'Italie contemporaine. Dans Squadra Criminale, chaque enquête enclenche une réflexion sur la société. Cette saison, l'homophobie, la famille carcan, la violence envers les femmes, la stupidité endémique des médias... Six épisodes dans lesquels les tourments intérieurs et les intuitions aux frontières de l'hallucination de Valeria trouvent un écho foudroyant. On ne hurle pas de rire dans cette atmosphère austère mais, après tout, la vie n'est pas toujours une comédie italienne, loin s'en faut. N.B.