UNE HISTOIRE DE LA NON-VIOLENCE
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"La dernière statistique que j'ai en tête, c'est qu'un noir est tué toutes les 28 heures par la police ou un milicien. Et la plupart du temps, la victime n'est pas armée", explique Cazembe Jackson, militante au sein du Movement for black lives. Coalition de plus de 50 organisations (dont Black Lives Matter) créée en 2014 pour répondre aux violences croissantes envers les communautés noires. Aux États-Unis, la mort de Michael Brown abattu par la police à Ferguson a servi de catalyseur. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Un vase qui se remplit depuis des générations et des générations. Tout en revenant sur ses racines et son évolution depuis Gandhi et Martin Luther King, le documentaire de Mathilde Fassin se demande ce qu'il reste de la contestation non-violente et de la désobéissance civile. Historiens, militants d'hier et d'aujourd'hui racontent l'action directe, le boycott, le bloquage d'autoroute et l'occupation de lieux publics. Différencient la non résistance et la résistance non violente. Se demandent où ranger l'autodéfense. Et résument un courant où l'on essaie de rallier son adversaire à sa cause plus que de le battre. Nécessaire. J.B.Il a avec lui son ordi, un cendrier, un briquet et un peu de quoi boire, confortablement allongé dans sa baignoire. "C'est tout confort. C'est classe affaires", sourit l'excentrique et fêlé Jean-Luc Courcoult. Courcoult, 60 et quelques années au compteur, c'est le fondateur et metteur en scène de Royal de Luxe. Championne internationale du spectacle de rue, la compagnie nantaise a touché 20 millions de spectateurs avec sa saga des Géants. Le documentaire de Jean-Michel Carré propose de suivre la fabrication et le fonctionnement de ces grands spectacles gratuits qui mettent de la magie dans l'air et de la couleur sur les pavés. "Comment raconter une histoire à une ville entière?" Courcoult ne s'est pas juste posé la question. Il y a aussi apporté une formidable réponse. Dans le quartier d'Everton à Liverpool ou en Australie à la rencontre des Aborigènes, c'est le même succès. Carré revient sur les spectacles déjà déconcertants à Aix-en-Provence où la troupe survivait jadis en faisant la manche, évoque les complications administratives et politiques (encore renforcées par les menaces terroristes) et les gros coups de gueule du patron (il en faut pour recadrer 120 personnes). Plongée à la fois surréaliste et terre à terre dans les coulisses d'une étonnante machine à rêves... J.B.1,3 milliard de dollars de recettes à travers le monde. Le titre de premier "blackbuster" de l'Histoire et celui de film le plus tweeté de tous les temps (au nez et à la barbe de Star Wars)... L'an dernier, Black Panther a réalisé un gigantesque carton au box-office. Mais plus qu'un film qui a battu les records, le 18e long métrage des studios Marvel est devenu un phénomène de société. Pas parce qu'il a démontré qu'un projet black pouvait cartonner chez les petits Blancs et qu'il est devenu le premier long métrage de super-héros nommé pour l'Oscar du meilleur film. Mais bien pour la représentation qu'il a faite de la culture africaine, le sentiment de fierté qu'il a procuré à ses communautés et sa manière de s'attaquer aux relations entre le berceau de l'humanité et l'Occident. Le documentaire de Sophie Pagès se penche sur ce roi africain doté de superpouvoirs apparu en 1966 dans une Amérique déchirée par les inégalités raciales. Un docu pas trop mal foutu peuplé par l'équipe du film, des militants et des sociologues. De quoi à tout le moins saisir l'ampleur du phénomène. J.B.Clint Eastwood aura beaucoup donné au western, le genre qui lui apporta la reconnaissance, d'abord à la télévision avec la série Rawhide, puis au cinéma dans les films du grand Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Pour quelques dollars de plus, Le Bon, la Brute et le Truand). Devenu réalisateur, il signa lui-même quelques sommets du genre, comme Josey Wales hors-la-loi, L'Homme des hautes plaines, Pale Rider. C'est un western particulièrement crépusculaire qu'il nous livrait voici un quart de siècle (déjà!), avec un Impitoyable d'une bien sombre splendeur. Eastwood y incarne lui-même un ex-roi de la gâchette, retiré dans une ferme, mais que les circonstances vont amener à reprendre ses colts et faire parler la poudre. Une trajectoire intense, mortelle, ne célébrant pas la violence mais la dénonçant plutôt comme une lourde et terrifiante fatalité. Gene Hackman (en shérif sadique) et Morgan Freeman (en ami fidèle) entourent le Clint de très remarquable façon. L.D.À sa sortie, ce film magnifique valut à son auteur, John Boorman, des reproches absurdes d'une partie de la presse et même de politiques. Comment osait-il montrer des enfants s'amuser durant le Blitz, les terribles bombardements allemands sur Londres au début de la Seconde Guerre mondiale? Comment pouvait-il filmer ces gamins se faire un terrain de jeu des ruines d'un quartier de banlieue martyrisé? Comment pouvait-on tolérer qu'on rie et qu'on s'amuse en pleine résistance patriotique? C'est bien ne rien comprendre à l'enfance, à la puissance de son imaginaire et à sa résilience, que faire pareil procès à un cinéaste qui nous dit simplement que la vie continue, que l'enfance et la jeunesse n'abdiquent pas leurs droits au rêve, même dans les pires circonstances! Boorman a puisé dans ses propres souvenirs (il est né en 1933) la matière de Hope And Glory. Le réalisateur de Délivrance et Excalibur en tire une merveille de film, à voir absolument. L.D.Certains lui reprochent d'être sous l'emprise des Noirs et des gays. D'autres, comme Steve Dahl, démontrent leur courroux en faisant exploser des kilos de disques au milieu d'un stade de base-ball. Geste symboliquement violent que cette célèbre Disco Demolition Night du 12 juillet 1979... Fin des années 70, le disco, ce genre qui a enivré et enflammé les dancefloors, n'a plus la cote. Mais il va très vite renaître de ses cendres. "High Energy", le terme est surtout connu des producteurs et des DJ's. Il désigne sa nouvelle forme aux rythmes encore accélérés et essentiellement électroniques. Synthétiseurs et boîtes à rythmes... D'abord destinée aux clubs homosexuels, incarnée par des créatures exubérantes comme le transgenre Sylvester et Divine, la High Energy ouvrira grand les vannes de l'extravagance. Mais cette mutation synthétique du disco touchera aussi le grand public et aura ses hymnes fédérateurs. Du Relax de Frankie Goes To Hollywood au Venus de Bananarama... Le documentaire d'Olivier Monssens retrace son histoire et part à la rencontre de ses acteurs. Le DJ Dwayne Holt (Studio 54), le producteur Peter Waterman, les chanteurs Fancy, Evelyn Thomas et Denyse Lepage... Un voyage dans le temps et l'espace (The Saint à New York, le Heaven à Londres...), boule à facettes et pattes d'eph' comprises. J.B.Elle a déjà solidement fait parler d'elle, la 91e Cérémonie des Oscars. Et pas spécialement pour de bonnes raisons. Cette année, la grand-messe du cinéma hollywoodien n'aura pas de présentateur suite au retrait de l'humoriste et comédien Kevin Hart pour cause de vieux tweets homophobes. Dans le but de raccourcir l'événement, quatre catégories verront leurs lauréats annoncés pendant les coupures publicitaires. Suscitant notamment l'énervement de Guillermo del Toro ("La photographie et le montage sont au coeur de notre artisanat", défendait-il). Comme si tout ça ne suffisait pas, les parents d'un enfant de deux ans torturé et assassiné par deux jeunes garçons en 1993 à Liverpool réclament qu'un court métrage soit retiré de la liste des nominations. Detainment (Garde à vue) se présente comme une histoire vraie basée sur les retranscriptions des entretiens entre les deux meurtriers et la police. And the winner is... J.B.En période d'urgence climatique, de niveaux de congestion et d'asphyxie record dans les zones urbaines et péri-urbaines, cet état des lieux de la domination du "tout automobile", des liens entre l'industrie des roues motrices et les politiques a quelque chose de salutaire. Si la plupart des informations délivrées ici ne sont en rien des scoops, le contexte actuel, les convergences entre les différentes crises économiques, les scandales à répétition et le réveil citoyen leur donnent une pertinence nouvelle. L'hégémonie des véhicules à moteur thermique sur nos vies a la banalité des addictions, depuis que la voiture est érigée en modèle de réussite personnelle et que ses habitacles sont devenus des bunkers protégeant le conducteur, en pleine road rage, des irruptions d'un monde extérieur vécu comme une menace ou au mieux une entrave. Plus concrètement, le documentaire analyse avec une rigueur calviniste le contexte industriel et la situation de ses géants, de Volkswagen à General Motors en passant par Renault-Nissan, en plein séisme: Dieselgate chez VW (onze millions de véhicules truqués, des émissions de dioxyde de carbone supérieures de 35% à la norme autorisée), optimisations fiscales, reconversions vers l'électrique, mobilité connectée -avec leurs impacts sur l'emploi... et l'environnement. En écoutant avec passion les nombreux acteurs évoquer le boom des SUV, le déplacement en Chine du centre de gravité de l'industrie, le greenwashing, la protection des gouvernements, un frisson parcourt l'échine. N.B.Le conflit nord-irlandais, qui a vu s'affronter les communautés catholiques nationalistes et républicaines et les communautés protestantes unionistes et loyalistes a perduré de la fin des années 60 au mitan des années 90. Cette période d'embrasement sectaire, enchaînement perpétuel de haine et de vengeance, a entraîné son lot quotidien d'attentats, de fusillades et d'assassinats et provoqué la mort de plus de 3.500 personnes. Ce documentaire, intense et magnifiquement illustré par ses protagonistes, narre l'inopiné changement de cap des photographes de presse locale, brutalement catapultés correspondants de guerre. Il est émouvant d'entendre ces hommes évoquer leur quotidien bouleversé et l'importance de montrer l'horreur telle qu'ils venaient de la vivre. Et capter ainsi en une fraction de seconde un concentré d'une réalité que tous veulent laisser derrière eux. Car en cette période de doute face à l'impact du Brexit, nombreux sont ceux qui, comme l'illustre admirablement cette soirée thématique, entrevoient le spectre encore vif de séculaires querelles. M.U.Le couple formé par Vincent et Louise Mercier rappelle la théorie freudienne du: "Si nous jetons un cristal par terre, (...) il se casse alors suivant ses plans de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu'invisible, était cependant déterminée à l'avance par la structure du cristal." Tous deux sont beaux et brillants, vivant dans un bel appartement parisien avec leurs deux beaux enfants. Lui, le mathématicien prodige, a lancé une société informatique, JKL, qui s'apprête à sortir un antivirus révolutionnaire. Elle, Américaine racée et intelligente, a créé sa propre agence immobilière pour riches expatriés. Ils sont entourés d'amis qui les admirent. Mais les apparences se lézardent lorsque Vincent soupçonne sa femme de le tromper. Lui-même n'est pas tout à fait clean lorsqu'il est approché par une société coréenne et concurrente, qui lui achète des informations cruciales sur l'antivirus de son invention. Le cristal fait alors apparaître au grand jour les non-dits qui le structurent et le fragilisent, et ce qui ressemblait à un mélodrame classique devient une histoire d'espionnage industriel où se mêlent les services secrets américains et français, le mensonge et la mort. Nicolas Saada (Espion(s)) réussit une minisérie en triptyque d'une très grande élégance, distillant patiemment (parfois un peu trop) les éléments d'un puzzle géopolitique et psychique complexe, où Grégoire Colin (qui ressemble de plus en plus à Bashung) et Évelyne Brochu jouent à merveille la comédie des faux-semblants. N.B.La première saison de cette chronique vitaminée de la naissance du trafic de coke à Los Angeles, dans les années 80, avait laissé un goût de trop peu. Trop maligne, trop travaillée, elle semblait une proposition peu émouvante autour d'un sujet mille fois remis sur l'ouvrage. Mais force est de constater que cette deuxième saison, nourrie des codes des séries B qui ont fleuri dans les années Reagan, lui donne un nouveau souffle plus expérimental, rugueux, retors. Et, chose rare, elle se déguste sans que ses prémices ne lui soient nécessaires. Démarrée en 1983 au coeur du district South Central de L.A., cette histoire raconte le petit trafic de coke du jeune Franklin, qui va être amené à prendre des proportions fulgurantes à mesure qu'explose la demande pour ce produit convoité. Aidé par un sulfureux caïd israélien, Avi, et les petits et gros bras de sa famille soudée, le malin Franklin résiste aux coups de boutoirs et aux magouilles de la CIA, mais le contexte politique (l'intervention au Nicaragua et la lutte anti-communiste en Amérique centrale) va le forcer à hausser le game à la hauteur des enjeux. La série fait alors assaut de scènes à couteaux tirés mais également de dialogues à l'analyse politique et sociétale particulièrement affûtée. Dans ses marges, le récit évoque aussi les débuts de l'épidémie de crack aux USA, finissant de dresser un tableau réaliste et plein de pulpe du narcocapitalisme et de ses piliers sociaux, économiques et politiques. N.B.Alliant drôlerie et fabliau métaphysique, Russian Doll dépasse le comique de répétition pour donner toute sa valeur à l'existence.>> Lire notre article