RE-CALAIS
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Régis Wargnier s'était intéressé au Népal. Pierre Schoeller à l'Irak et Agnès Merlet au Liban. Claire Denis s'était penchée sur le Tchad et Yolande Moreau sur Calais et Grande-Synthe... Pour le sixième volet de Réfugiés, la série multimédia d'Arte Reportage, l'écrivain, réalisateur et homme de télé Yann Moix est lui aussi parti se promener dans les Hauts-de-France, au pied du tunnel sous la Manche. La Jungle n'est plus. Les exilés errent, jouent à cache-cache avec la police et les chauffeurs poids lourds pour tenter le passage vers l'Angleterre. Le chroniqueur cassant et tête à claques de Ruquier, lui, déambule caméscope à la main. Il part à la rencontre de ces gens enfermés. Enfermés dehors. Parle avec eux d'Angleterre et de littérature française. Et brosse, dans la douleur et la dureté du quotidien, avec un peu de poésie et même d'humour, les relations entre migrants, habitants et forces de l'ordre. Un regard intéressant malgré la place que prend comme toujours Moix et sa propension, pour le coup retenue, à se faire mousser. J.BIl ressemble à tous ses potes. Il est haut comme mon pouce. Il a 60 ans. Huit doigts. Et il est bleu, évidemment. Créé en 1958 par Pierre Culliford alias Peyo et apparu pour la toute première fois dans Johan et Pirlouit, le Schtroumpf est une espèce étrange. Alors que la veille, le 9 juin, s'ouvriront les portes de son village à Bruxelles Expo pour fêter dignement et tout en immersion son anniversaire à coups de maisons champignons, de réalité virtuelle et de vidéo mapping (l'exposition La Schtroumpf expérience se veut moderne), la RTBF propose un docu de Jean-Marc Panis sur les pires ennemis de Gargamel. De Bruxelles à Los Angeles en passant par Paris et Dubaï, Hugues Dayez, Philippe Geluck, un docteur en musicologie, le producteur de leur déclinaison cinématographique américaine, des collaborateurs de Peyo et Patrick Hernandez (la voix du Grand Schtroumpf) racontent les lutins bleus, ce modèle de simplicité et de lisibilité mais aussi l'incroyable fibre commercial de leur géniteur: 25 millions d'albums vendus en 25 langues, dessins animés, films, parcs à thème... Récit d'une schtroumpfante success-story. J.B"Je m'appelle Alain, j'ai 45 ans. Le combat pour ma réinsertion vient de commencer. Je ne suis suivi par personne d'autre que la poisse, un psychologue une fois par mois et une caméra". Condamné à quatorze ans de détention pour avoir tenté d'embrocher le mari de sa maîtresse à l'aide d'un harpon, notre protagoniste dispose de 36 heures par mois pour potasser les rouages et les dispositions d'une hypothétique et tant espérée libération conditionnelle. Mais surtout, mettre à profit ce laps de temps qui lui est octroyé pour s'occuper des siens. Faire le ménage, au propre comme au figuré, dans une famille à qui il a tant manqué une empreinte patriarcale et qu'il a malgré lui entraînée dans sa descente aux enfers. Durant deux ans, la réalisatrice Isabelle Christiaens a suivi Alain lors de ses congés pénitentiaires, au coeur de ses démarches pour retrouver une vie normale et active. Face à la caméra, conscient de ses actes désastreux, Alain se confie, se confesse et parvient à titiller notre curiosité sur l'issue du chemin de croix qu'il entreprend. Auréolé de la récompense du Programme le plus original de l'Association des télévisions régionales européennes en 2016, ce documentaire, au rythme de deux ou trois épisodes par lundi, intrigue et donne à se questionner sur la réinsertion post-carcérale, sa nécessité et sa rigueur. À suivre donc... M.UPassionnante saga que celle d'Alien, aux épisodes tous réussis et réalisés par d'authentiques créateurs du 7e art! James Cameron ayant signé une première suite (Aliens, le retour) au film de Ridley Scott avant que David Fincher (Alien3) et Jean-Pierre Jeunet (Alien, la résurrection) ne reprennent à leur tour le flambeau. Le réalisateur français du Fabuleux destin d'Amélie Poulain se souvient de ses délires rétro-futuristes et oniriques avec son complice Marc Caro (La Cité des enfants perdus, Delicatessen) au moment d'intégrer un univers d'Alien dont il affiche par ailleurs un grand respect pour les codes, quitte par moment à les subvertir d'autant mieux! Le récit fait renaître Ripley (Sigourney Weaver) 200 ans après sa mort, grâce à son ADN auquel s'est mêlé celui d'une créature extraterrestre. Un point de départ riche en frissonnantes promesses, pour un film jouant la carte du féminin (et féminisme) pluriel avec aussi une remarquable Winona Ryder dans le personnage mystérieux de Call...L.DLe rivage de la Méditerranée en Lybie. Benghazi au nord du pays a retrouvé un peu de calme mais n'est pas encore un endroit où il fait bon vivre. Benghazi est l'une de ces villes qui n'ont pas eu droit à leur transition démocratique. Le dictateur parti, les fanatiques sont arrivés. L'armée a reconquis maison par maison mais Daech, avant de quitter les lieux, a placé des bombes et des explosifs partout. Principalement dans les quartiers d'habitation. Les logements, les rues... Tout a été miné. Même le toboggan installé dans l'ancien camp de réfugiés. Appelés par des habitants qui leur demandent de passer au peigne fin leur habitation avant de pouvoir la regagner, Fathi et Attia arpentent sans relâche ce paysage dévasté au calme apparent et à la flippante insécurité. Au départ, en 2014, ils étaient 18. Des pères de famille prêts à risquer leur vie pour rendre celle des autres plus sûres. En 2016, treize sont déjà morts. Et pour cause. Ces hommes au courage inouï débarrassent leur ville et leur région des pièges mortels placés par Daech sans le moindre équipement. Pas de fonds. Aucun matériel de détection ou de protection. Ces héros inconnus n'ont que leurs yeux pour repérer et désamorcer les bombes... Le journaliste et caméraman lybien Osama Al-Fitori a suivi pendant deux ans ces démineurs aux mains nues. Il en a fait un docu haletant à la tension en permanence palpable. Sorte de pendant documentaire, artisanal et lybien au long métrage de fiction multi oscarisé (The Hurt Locker) de Kathryn Bigelow, qui se penchait sur une équipe américaine de déminage en Irak, Les Démineurs de Benghazi heurte par l'absence totale d'aide internationale à ces valeureux quidams et met le doigt sur l'attitude meurtrière de Daech face aux populations musulmanes. L'histoire vibrante et forcément triste de ces McGyver de la bombe. Des hommes bien décidés à reconstruire et à ramener la paix. J.B"La famille, c'est important. Le petit, il a trois ans. Maintenant, il comprend. Quand il vient au stade, il sait que papa il a match. Que papa il doit marquer." "Papa, il marque pas beaucoup pour le moment..." Eden Hazard est hilare. Il vient gentiment de moucher son pote Christian Benteke et y va de ce rire communicatif piqué à Will Smith et à Eddy Murphy... "Dans une autre vie, je crois que j'étais africain. Je suis né au Congo ou je sais pas quelques fois." King of cool, mister good vibes du football international, le numéro 10 de Chelsea est une anomalie dans le monde du ballon rond. Une anomalie dont tout le monde avait conscience mais qu'illustre parfaitement ce feel good documentaire. Amis de longue date, Hazard et Benteke rêvent depuis l'âge de 16 ans de participer ensemble à une Coupe du monde. Réunion de famille retrace leur parcours, raconte leur amitié, brosse le portrait de mecs simples, terre à terre et respectueux à mille lieues des clichés bling-bling entourant le monde du foot professionnel. De Braine-le-Comte à Liège, du jardin d'Eden entretenu par papa au terrain urbain de ce que Christian et ses potes avaient baptisé le FC Lidl (en passant aussi par Paris, Londres et Manchester), le docu écrit par François Verbeeren et réalisé par Thomas Bricmont ne brille pas par son originalité ou une qualité cinématographique. Il offre cependant une plongée assez exceptionnelle et inattendue de par leur accessibilité dans l'intimité de ces deux anti-stars. Entre les films d'archives, les photos de famille (si si, il y a du lourd) et les interviews croisées taquines des deux amis, les témoins se succèdent: les parents, les frangins, les potes, Demba Ba, Mehdi Carcela, Réginal Goreux, Marouane Fellaini ou encore Michy Batshuayi... Ça parle des joggings à trous d'Eden, de son hallucinante insouciance et de la voiture cabossée de ses beaux-parents avec laquelle il n'hésite pas à aller à l'entraînement. Du vieux Ben (le papa Benteke) qui a mis avec autorité ses gosses sur le droit chemin. Puis aussi de religion, de vacances au ski, de rapport à l'argent, aux gosses, à l'enfance... Sympa, décontracté, drôle même parfois, Réunion de famille montre les hommes derrière les champions et se présente comme le film idéal pour avoir envie de supporter inconditionnellement les Diables pendant le Mondial... J.BLe romancier britannique George Orwell n'avait pas encore publié son si fameux 1984 lorsqu'il écrivit, en 1945, sa fable satirique La Ferme des animaux. Cette oeuvre éminemment politique épingle le despotisme et la trahison d'une utopie (le stalinisme, assez clairement) à travers un récit dont les protagonistes sont des animaux. Une petite dizaine d'années après, un dessin animé de très haute qualité en fit l'adaptation. C'est ce film, remarquablement restauré, qu'Arte reprogramme en ce mercredi. Dans une ferme dont le propriétaire est un homme brutal. Les animaux vont se révolter, rêver de liberté, d'égalité. Mais certains d'entre eux se déclarant "plus égaux que les autres", feront du rêve un cauchemar totalitaire... On signalera que le film est sorti dans un contexte d'opposition entre blocs et que la CIA n'est peut-être pas étrangère à son financement. Ce qui n'enlève rien à la pertinence féroce d'un dessin animé défiant le temps, à partir d'une fable dont l'actualité reste, dans plus d'une région du monde, tristement criante.L.DCe n'est certes pas l'affiche de cette 21e Coupe du monde mais l'heure est ici au coup d'envoi d'un mois à vivre, manger, boire (surtout boire) et dormir football. Certains semblent déjà lassés, gavés, exaspérés par l'omniprésence et l'obsession du ballon rond. Les analyses d'expert et les conversations de comptoir. On les comprend presque en auscultant l'énorme dispositif mis en place par la RTBF. Soixante-quatre matches en direct, de la télé, de la radio, du web, des réseaux sociaux. Entre les rencontres, le magazine quotidien Place Diables Rouges présenté par Benjamin Deceuninck (de 19 à 20h) et le débriefing de la journée écoulée Le Grand Bistro, la RTBF proposera un maga d'environ 6 minutes à chaque JT. Des nouveautés? Thierry "Hallyday" Luthers transféré aux commentaires télé, un studio modernisé (décors virtuels, réalité augmentée) ou encore un reporter 360 ° (Lancelot Meulewaeter, l'oeil de Moscou) qui partira entre autres à la rencontre de la communauté gay et du hip-hop underground russes. Courage à celles et ceux que le foot laisse indiférents, c'est parti jusqu'au 15 juillet. J.BEn 2012, dans la banlieue ouvrière de Manchester, de jeunes mineures ont été violées et sexuellement exploitées des mois durant sans que leurs bourreaux, un gang de pakistanais, ne passent devant des juges. Pire: aucun parmi les policiers en charge de l'enquête n'a cru ces ados venues porter plainte, rejetant la faute sur leur comportement (on connaît la chanson). Seule une employée d'un centre de planning familial aura tout tenté pour sensibiliser les services locaux, en vain. Couronnée par cinq Bafta en Angleterre dont ceux du meilleur scénario et de la meilleure mise en scène, Three Girls retrace l'affaire dans ses détails les plus scabreux. Sur fond de paupérisation post-industrielle, de désertification des banlieues et des offices publics, les trois épisodes avancent en terrain miné. Le premier, qui ne parvient pas à faire l'impasse sur les stéréotypes raciaux, risque de donner du grain à moudre aux xénophobes les plus mous du bulbe. Mais les deux suivants prennent le contrepied en soulignant l'inefficacité et la veulerie d'un système social, policier et judiciaire aussi à la rue que les adolescentes qu'ils sont censés protégés. En cela, Three Girls est une radiographie impitoyable de tout ce qui fait des jeunes filles les proies idéales d'une société ultralibérale prédatrice et indifférente à la douleur de ses enfants. N.BIl y a presque 17 ans, les frères Jules et Gédéon Naudet vivaient les attentats du 11 septembre de l'intérieur, entre les tours et la caserne des pompiers dont ils réalisaient le portrait documentaire. Profondément transformés par l'expérience dont ils avaient tiré New York: 11 septembre, ils reconstituent ici avec minutie et émotion la dramatique soirée du 13 novembre 2015. Ils ont rencontré, écouté et filmé des survivants et des témoins directs (pompiers, voisins, politiques...) de l'équipée sanglante qui, du Stade de France aux terrasses de café puis au Bataclan, a laissé sang, larmes et deuils dans son sillage. Un témoignage puissant, un récit troublant de la pulsion de vie pendant et après l'horreur. N.B