THOMAS PESQUET: OBJECTIF MARS
...

Les missions sur Mars ont progressivement quitté le domaine de la science-fiction et de l'anticipation pour devenir une perspective relevant désormais du domaine du possible. Cette planète "si loin et si proche" qui ne cesse de fasciner est le but avoué de Thomas Pesquet. Après avoir passé, entre novembre 2016 et décembre 2017, 196 jours à bord de l'ISS, la station spatiale internationale, le spationaute français est au coeur de ce documentaire spectaculaire qui revient sur la liste des défis que la science et l'humain ont à relever pour rendre le voyage sur Mars possible. Mais plus qu'une oeuvre spéculative de plus, il s'agit de revenir sur l'Histoire de l'exploration spatiale depuis la première sortie de Youri Gagarine, en 1961. En suivant les témoignages, parfois exclusifs, des survivants de cette aventure un peu oubliée, en les croisant avec celui de Thomas Pesquet dans la perspective d'un départ pour la Planète Rouge en 2040, on mesure le chemin, impressionnant, parcouru et celui, improbable, complexe, qu'il reste à parcourir. N.B.La meilleure comédie hollywoodienne jamais tournée? Un merveilleux et très excitant exemple de ce que le genre populaire par excellence peut offrir, en tout cas! Le grand Billy Wilder et son complice en scénario I.A.L. Diamond y entraînent deux musiciens (Tony Curtis et Jack Lemmon) dans une mésaventure à rebondissements. Tout commence quand nos deux lascars sont les témoins involontaires d'un affrontement entre bandes rivales dans le Chicago de la fin des années 20 (une allusion directe au fameux "Massacre de la Saint-Valentin"). Poursuivis par les gangsters, ils ne verront qu'une échappatoire: s'engager dans un orchestre de jazz qui va quitter la ville en train. Seul problème: l'orchestre en question est uniquement composé de femmes, et ils vont devoir se travestir pour en faire partie... Marilyn Monroe, épatante dans le rôle de la chanteuse du groupe, forme avec Curtis et Lemmon un irrésistible trio comique, dans un film où les gags se multiplient et où les répliques hilarantes abondent. Dont la dernière, une des plus marquantes de l'Histoire du cinéma. L.D.En 1949, pour la deuxième édition du Festival mondial du film et des Beaux-Arts (rival espéré de Venise et de Cannes), Jacques Ledoux, jeune conservateur de la Cinémathèque, décide de créer dans la cité côtière et mondaine de Knokke-le-Zoute une rétrospective consacrée au cinéma d'avant-garde et expérimental. "Des oeuvres qui sortent des sentiers battus, essaient de réinventer le langage du cinéma, d'élargir l'expression cinématographique", résume son géniteur. L'événement ne comptera que cinq éditions à son compteur (1949, 1958, 1963, 1967 et 1974) mais il entre dans la légende. Met en lumière des oeuvres absolues, surréalistes, dadaïstes, abstraites... Réfléchit l'industrie, l'expérimentation, la nouveauté... Entre Noël et la Nouvelle année, Exprmntl accueillera Jean-Luc Godard, Agnès Varda, Yoko Ono, Jonas Mekas ou encore Roman Polanski au fil des ans... Mais aussi de grands débats et polémiques. Film expérimental et audacieux comme le festival et le cinéma dont il parle, le docu de Brecht Debackere mêle images d'hier, interviews d'aujourd'hui et extraits de film pour raconter un rendez-vous fou fou fou qui fit aussi le point sur les recherches dans les arts plastiques, le théâtre, la littérature, la peinture et la musique... J.B."C'était comme voir une fillette sous la caméra de Roger Vadim. Une espèce de Barbarella sous acide (...) Y a-t-il eu le moindre groupe américain de pop correct depuis Blondie?" Les propos élogieux sont du vieil Iggy. Survivant comme Debbie Harry du rock et de tous ses excès. Mais qui était vraiment cette incarnation du cool, cette Greta Garbo pop, cette icône controversée de la scène punk? C'est ce que retrace avec pas mal de style le documentaire de Pascal Forneri (Gainsbourg l'homme qui aimait les femmes, Les Années Soul Train, SLC Salut Les Copains...). Raconté par Mélanie Doutey, avec un tas d'images d'archives, un paquet d'interviews d'époque et des séquences en dessin animé (les illustrations originales de Jacob Phillips), Atomic Blondie survole en 52 minutes la carrière d'une Barbie trash qui s'est jouée des modes et a traversé les époques. Le parcours fut pour le moins chaotique. Fruit d'une relation extra-maritale, née à Miami le 1er juillet 1945 de parents inconnus, Angela Tremble grandit à Hawtorne dans le New Jersey et le confort d'une banlieue standardisée. Adoptée par les propriétaires d'une boutique de cadeaux, la jeune femme s'ennuie ferme et déménage dès 1965 pour le Greenwich Village. À l'époque, New York est une ville dangereuse pour les innocents et Debbie passe à deux doigts de se faire enlever par le serial killer Ted Bundy. Débuts dans un groupe folk (The Wind in the Willows), trio féminin sans lendemain (The Stilletos)... Inspirée par de nombreuses actrices dont Marilyn Monroe, la Bunny girl devra attendre son petit ami le guitariste Chris Stein et la création de Blondie pour rencontrer le succès. Mélodies pop, énergie punk... Du CBGB au Max's Kansas City, Debbie Harry et Blondie inventent la powerpop. Les garçons sont amoureux d'elle. Les filles veulent lui ressembler. Sa personnalité séduit. Sa liberté aussi... De ses accointances avec la scène rap (Rapture est la première chanson qui en contient à culminer en tête des charts américains) à Call me, son plus grand tube, fabriqué avec Giorgio Moroder, en passant par le cinéma (Videodrome de David Cronenberg, Hairspray de John Waters), le virage solo, la drogue et l'oubli, Forneri raconte la suffragette du girl power, la première pin-up rock star. Debbie, Debbie... J.B.Dans les années 80, un ovni télévisé devenu culte, The Gorgeous Ladies of Wrestling (GLOW) explosait les codes déjà bien gonflés du catch US (virilisme, nationalisme, suprématisme, violence érotisée...) pour tendre au rêve américain, conservateur et blanchi, un miroir grossissant constellé de paillettes, de tenues et de grimages flashy. Jenji Kohan (Orange is the New Black) à la production et le duo Liz Flahive et Carly Mensch à l'écriture en ont tiré une série manifestement féministe, mais surtout drôle, bien écrite et intelligemment rythmée. Alison Brie y est Ruth Wilder, actrice crève-la-faim qui rejoint en désespoir de cause un casting de freaks au féminin, nanas rejetées par les canons hollywoodiens et recrutées par un obscur réalisateur de séries Z, Sam Sylvia (Marc Maron), pour lancer une émission de catch féminin: The Gorgeous Ladies of Wrestling, donc. La première saison voyait ces femmes obèses, noires, quelconques, mères célibataires, chômeuses, gagneuses ou vieilles filles, endosser tant bien que mal leur costume de "terroriste", "reine des allocs" ou "communiste" et s'entraîner à l'art athlétique et burlesque du catch. En saison deux, "Zoya the Destroyer", "Liberty Belle" (littéralement "Cloche de la Liberté") et "Palestine" continuent d'envoyer de sacrées manchettes à cette Amérique triomphante et balancent dans les cordes la domination masculine, trait d'union entre les eighties reaganiennes et l'ère post-Weinstein. La besogne d'émancipation personnelle de Ruth, Debbie & cie, brillamment écrite et intégrée dans le récit, finit de transformer l'entreprise en un divertissement d'une intelligence pugnace et d'une pertinence qui déboîte. N.B.