BANCROFT
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Dans un morose quartier résidentiel anglais, en 1990, une jeune femme est assassinée de 18 coups de couteau. Policière débutante, Elizabeth Bancroft est présente sur les lieux et lance l'alerte. Que faisait-elle là? Flash forward: vingt-sept ans plus tard, la jeune recrue est devenue une officier aux méthodes musclées, qui a tout sacrifié à sa carrière et est sur le point de décrocher le prestigieux poste de chef de la police. Son ascension est compromise par l'arrivée de la jeune inspectrice Katherine Stevens, affectée aux affaires non résolues et qui s'aperçoit des lacunes et omissions passées de sa supérieure. En se faisant télescoper deux enquêtes distantes pour en laisser émerger les relents de secret et de manipulation, Bancroft s'avère assez vite incapable d'honorer la promesse d'un polar intrigant qu'installe son premier épisode. Les deux actrices principales s'en sortent avec les honneurs (Faye Marsey, surtout, dans le rôle de Stevens) mais le scénario, qui ne dépasse pas le stade du dispositif, sombre dans la paresse et le déjà-vu. Dommage. N.BLa récente disparition de Miloš Forman est venue tristement rappeler quel fut son plus grand succès commercial, sinon artistique. Cet Amadeus adapté de sa propre pièce par Peter Shaffer a remporté huit Oscars (dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur) et fait un triomphe un peu partout dans le monde. Son évocation d'un Mozart sensuel, farceur, juvénile et provocateur a pu perturber les puristes. Et certaines libertés sont prises avec les faits, qui firent froncer les sourcils aux historiens. Mais le brio de la mise en scène, l'interprétation fougueuse et touchante de Tom Hulce, l'énergie conférée à ce qui est un hymne à la liberté de penser et de créer envers et contre tout, emportent l'adhésion. D'autant que le rival Salieri est remarquablement campé par F. Murray Abraham (avec un autre Oscar à la clé). À voir et à revoir, donc, pour rappeler que génie ne rime pas forcément -et même pas souvent- avec esprit de sérieux. L.DSortir des tiroirs de l'Histoire des récits palpitants honteusement restés loin des manuels, voilà ce qui semble être une des missions des télés britanniques ces derniers temps. Quel bel exemple que ces Enquêtes codées, lancées en 2014 et rediffusées par France 3. L'heure tardive ne doit pas dissuader de se connecter aux aventures de ces femmes formées par une unité secrète composée, lors de la Seconde Guerre Mondiale, de près de dix milles personnes, affairées à hacker, déchiffrer et déjouer le puissant codage secret des communications militaires du Reich, Enigma. Bletchley Park (qui donne son nom au titre original Bletchley Circle) était l'un de ces centres de décryptage. Inspiré de personnages réels, Enquêtes codées place Susan, Millie et Lucy quelques années après la guerre, en 1952, alors que l'injonction est faite aux femmes de rentrer sagement dans leurs foyers, aux manettes d'énigmes policières complexes pour lesquelles leurs compétences technologiques et intellectuelles vont s'avérer bien utiles. La première saison avait joué admirablement la carte du conflit vécu par ses femmes éprises d'indépendance mais aux prises avec une certaine pression sociale. La seconde saison démarre en 1953 lorsqu'une de leurs anciennes collègues, Alice, est accusée de meurtre et qu'une amie commune sollicite leurs services pour la tirer de ce mauvais pas. Dialogues et situations ciselées, actrices affûtées, sujet d'une brûlante actualité, ces Enquêtes codées sont un régal. N.BExtrêmement rare depuis des années en interview, Bob Dylan ne se raconte plus aujourd'hui qu'à travers des portraits fantasmés (I'm not There) et des docus semi-téléguidés (No Direction Home). Le réalisateur allemand Hannes Rossacher a décidé de raconter le prix Nobel de littérature autrement: en partant se promener sur ses traces. New York, son Minnesota natal, la Nouvelle-Orléans qu'il découvre en 1964 et où il revient aux affaires après un long silence en 1989, Woodstock où il s'installe en 1965 et la Californie où il vit désormais, près de Malibu. Rossacher voyage en cinq étapes dans l'Amérique du Zim et commence son périple par ce Greenwich Village où Dylan débarque en 1961, quand les chambres d'hôtel ne coûtent encore que 17 dollars par mois. Bob Porco, qui réalise pour l'instant un docu sur l'importance culturelle et musicale du quartier, un vendeur d'instruments de musique déjà présent dans le temps et un prof de sociologie de l'université, entre autres, racontent, dans le premier volet de cette quotidienne, le génial songwriter et contextualisent son rapport à Big Apple. Plutôt sympa malgré l'omniprésence de Rossacher. J.BBel hommage que celui rendu par Arte à l'épatante Bernadette Lafont, avec à 22 h 25 le documentaire Bernadette Lafont, et dieu créa la femme libre, précédé par un film de François Truffaut qui la représente bien. L'actrice avait déjà, très jeune, tourné dans Les Mistons (1958), court métrage remarqué du même cinéaste. Elle incarne dans Une belle fille comme moi une certaine Camille Bliss, soupçonnée du meurtre d'un de ses amants et qu'un jeune sociologue (joué par André Dussollier) vient interviewer dans sa prison pour sa thèse sur les femmes criminelles. De confidences en flash-back se compose un portrait de femme rebelle aux conventions, à la pression patriarcale et à la morale bourgeoise. Une femme incarcérée mais libre, qui réserve bien des surprises au spectateur et que Lafont interprète avec cette verve qui n'appartient qu'à elle. L.DÉgérie de la Nouvelle Vague lancée par Truffaut, Chabrol ou Eustache, Bernadette Lafont fut sans nul doute l'une des femmes les plus libres de l'Histoire du cinéma. "La liberté, on ne va pas vous la donner. Il faut la prendre, " avait coutume de dire cet incroyable bout de femme né à 1938 à Nîmes dans une famille de protestants des Cévennes. Insolence, excentrisme, curiosité, sex-appeal... Dans sa vie comme dans ses films, Lafont a incarné le désir, l'audace, l'appétit de vivre et de séduire. En avance sur les punks, Bernadette (que la réalisatrice a rencontrée peu avant son décès en 2013) a combattu la misogynie d'une société patriarcale, pris sa revanche sur les hommes qui l'avaient tourmentée et critiqué ouvertement les rapports hommes-femmes. Tandis que ses petites-filles fouillent dans les vieilles photos et leurs plus récents souvenirs, son amie l'actrice Bulle Ogier (qui a elle aussi dû faire face à la perte d'un enfant), Jean-Pierre Kalfon ou encore Nelly Kaplan aident à brosser le portrait d'une comédienne au féminisme instinctif et spontané. Une comédienne fière de prouver qu'"on peut porter un film sur les épaules après la ménopause."Vivifiant. J.BIl n'y aura bientôt aucun domaine de la vie humaine que la productrice Shonda Rhymes n'aura pas visité et accommodé à sa sauce doucereuse et faussement épicée, entre soap opera et comédie dramatique. Après les mondes hospitalier (Grey's Anatomy et son spin off Private Practice) et politique (Scandal), c'est l'univers judiciaire qui passe à la casserole. Dans un curieux mélange de série procédurale et de codes de téléréalité, un groupe de jeunes étudiants en droit sont prêts à tout pour épater leur professeur Annalise Keating (Viola Davis), par ailleurs brillante avocate au barreau de Philadelphie. Faisant miroiter un poste dans son cabinet prestigieux, elle va balancer ce lumpenprolétariat sur des affaires dont le fond gras pourrait endommager sa manucure. En retour, ces bons petits soldats vont donner le meilleur d'eux-mêmes pour impressionner leur peut-être future boss, faisant usage d'intrigues, de coups bas, de révélations et de jeux de séductions, pour un résultat qui ravira les adeptes de minauderies et d'intrigues à la petite semaine. N.BLa présence de Daech en Irak et en Syrie aura donné lieu à quantité de documentaires rendant compte d'une horreur autrement difficile à s'imaginer. Le sujet est ici épouvantablement dramatique: la réduction en esclavage de milliers de femmes de la minorité yézédie, au nord-ouest de l'Irak, dont les maris ont été assassinés ou jetés sur les routes. L'écrivain, avocat et réalisateur franco-britannique Philippe Sands, spécialisé dans la défense des droits de l'homme, prend le pari de d'exposer le plus posément possible le problème et ses remèdes. Tout d'abord en écoutant sobrement le récit de deux rescapées, Dalal et Lewiza, qui ont réussi à échapper à leurs ravisseurs, laissant derrière elles d'autres femmes et jeunes filles abusées. Et dont certaines, pour ne plus avoir à affronter ni les abus ni la honte d'avoir été violée, se sont donné la mort. Philippe Sands s'oriente alors vers les solutions: l'accueil des réfugiés en Allemagne, exemplaire; la saisie de la Cour pénale internationale pour que soit reconnue la qualification de génocide; la sensibilisation de toute une communauté pour que le viol ne soit plus entaché de honte éternelle mais puisse déboucher sur un possible début de résilience. Ce docu intense mais nécessaire est suivi d'un entretien avec le psychologue allemand Jan Ilhan Kizilhan. N.BÀ gauche, Arnold Fanck, le précurseur du cinéma de montagne. Un romantique qui aime faire découvrir la beauté majestueuse des cimes. À droite, Leni Riefenstahl, son actrice fétiche et l'une des artistes les plus controversées du XXe siècle. Nous sommes en mai 1932. Financé par Hollywood et Carl Laemmle des studios Universal, Fanck tient avec SOS Iceberg, qui sera tourné au Groenland, le projet de film alors le plus cher et le plus risqué de l'Histoire. Un grand bateau, deux plus petits, trois avions et des ours polaires... Tout le monde est prêt pour le grand départ. Tout le monde sauf Leni Riefenstahl. Fanck a déjà tourné La Montagne sacrée et Tempête sur le mont Blanc avec cette ex-danseuse qui a appris en un rien de temps le ski et l'escalade. Mais la comédienne est en retard. Elle qui aime tant rencontrer les hommes de pouvoir est à un rendez-vous. Un rendez-vous avec Adolf Hitler dont elle aura désormais une photo sur sa table de chevet. Annette Baumeister raconte les conditions dantesques de tournage au Groenland et les tournants qu'ont respectivement pris les carrières de Riefenstahl et Fanck. Cinéma, neige et propagande... J.BAprès Le Cauchemar de Darwin qui s'intéressait, en Tanzanie, au commerce d'un poisson vorace (La perche du Nil) et à ses liens avec le trafic d'armes, c'est à nouveau en Afrique qu'Hubert Sauper est parti tourner son nouveau documentaire, plus précisément au Soudan. Le plus grand pays du continent s'est scindé en deux entités il y a sept ans. La République du Soudan, dans le nord, pays islamique dirigé par un politicien sous le coup d'un mandat d'arrêt international, Omar Al-Bashir, et le Soudan du sud, emmené par le chrétien Salva Kiir. Sauper dit avoir vu ce paysage post colonial comme une comédie noire avec ses clowns, ses bouffons ("dont moi, " précise-t-il) et ses héros... Avec Nous Venons en amis, il signe un documentaire morcelé et pas toujours évident à suivre, imbriquant des scènes dont on ne comprend pas nécessairement les tenants et les aboutissants. Il enquille cependant les situations interpellantes, qu'elles fassent sourire ou pleurer. Le regard de Sauper est acide et à juste titre culpabilisateur. Épicentre du conflit pétrolier entre les États-Unis et la Chine, le Soudan du sud a perdu ses repères. Avant, les villageois y cultivaient la terre pour se nourrir. Aujourd'hui, même l'eau n'y est plus potable, polluée qu'elle est par le pétrole. "Si les enfants et les poules en boivent, ils meurent, " dit un vieil homme. Nous venons en amis appuie lourdement sur les changements qu'ont imposés Européens et Américains à ces populations locales. La haine et la rancoeur qu'ils leur inspirent. On croise des missionnaires qui s'indignent de la nudité, veulent habiller les enfants et faire de la région un mini Texas. Un démineur servi par trois femmes de ménage et deux vigiles. Puis l'ambassadeur américain qui se félicite d'amener l'eau et l'électricité à des populations démunies mais dans une des régions les plus riches en or du pays. Des images tantôt splendides, tantôt terriblement dures. Des corps qui tombent tandis que d'autres dorent au bord d'une piscine. Saisissant. J.B