A LA RECHERCHE DE VIVIAN MAIER
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Elle était nounou. Se promenait sur un petit cyclomoteur. Portait des Rangers et était fagotée comme les ouvrières des usines soviétiques dans les années 50. "On avait envie de lui taper dessus avec son appareil, " dit l'une. "Ça m'étonne que personne ne lui ait jamais tiré dessus, " commente une autre. Aujourd'hui considérée comme l'une des plus grandes photographes de rue, Vivian Maier était encore il y a peu totalement inconnue et complètement anonyme. En 2007, John Maloof, fils de brocanteur et réalisateur de ce documentaire dont il est aussi l'un des principaux protagonistes, cherche des photos d'époque en vue d'illustrer un livre historique et achète pour 380 dollars un carton rempli de négatifs dans une salle de vente aux enchères de Chicago. Maloof n'y trouve pas ce qu'il cherche mais tombe sous le charme. La photographe s'appelle Vivian Maier. Il google en vain. Puis il digitalise et contacte sans succès des galeries. Maloof va dès lors créer un blog où exposer les clichés. Quidams, pauvres, gamins qui pleurent... Les photos sont marquantes, les visages d'une expressivité rare. Le jeune homme se donne pour mission de racheter toute son oeuvre, de la faire connaître (mission réussie) mais aussi de découvrir celle qui se cachait derrière l'objectif. Partant d'un avis de décès, Maloof qui a mis la main sur 100 000 négatifs, 700 rouleaux de pellicule couleur et 2 000 de noir et blanc non développés, lance les recherches et mène un véritable travail d'enquêteur ici habilement documenté. Anciens employeurs et enfants qu'elle a gardés brossent le portrait fascinant et déroutant d'une femme paradoxale, culottée, mystérieuse (elle aimait cacher son nom), sombre et excentrique... Passionnant. J.BL'esprit de 1968, spécialement dans sa dimension féministe et anarchisante, s'exprime bien joliment dans ce film dénonçant l'hypocrisie des bien-pensants tout en exaltant la révolte d'une jeune femme exploitée. Marie est orpheline depuis qu'un chauffard a écrasé sa maman tout en restant impuni. Déjà victime des appétits sexuels des notables du coin, en plus de la sujétion à des travaux pénibles infligés à la mère et à la fille "généreusement" recueillies par eux, Marie va décider de se venger. Elle menace d'abord de révéler leur infidélité aux épouses de ces messieurs (il y a aussi une femme, riche fermière, parmi les abuseurs), elle renverse le rapport de pouvoir et dynamite la tartufferie ambiante... Son féminisme ardent prend des couleurs toniques dans le film de Nelly Kaplan. Bernadette Lafont, dans le rôle principal, est tout simplement magnifique! À voir et à revoir, La Fiancée du pirate est aussi un bel hommage au cinéma. Louis Malle, par amitié, y tient le (petit) rôle de... Jésus. L.DOutrageusement mésestimée, probablement en raison de sa violence omniprésente et de sa sexualité exacerbée, la série Banshee continue de tracer son sillon, abreuvé de sang, de sueur et de fluides corporels divers, pour une troisième saison palpitante. Après être venu à bout d'ennemis redoutables durant les deux premières saisons, le shérif imposteur Lucas Hood s'éloigne toujours plus de la rédemption: un affrontement violent couve entre Chayton Littlestone, de retour au sein de sa tribu Kinaho avec un ardent désir de vengeance, et la clan de Kai Proctor, l'ambitieux homme d'affaires toujours pas décidé à déserrer les griffes qu'il a plantées dans la ville de Banshee. Mais si la guéguerre le sort des draps dans lesquels Hood jouait la bête à deux dos avec son adjointe, elle lui fait miroiter de mettre la main sur un joli pactole. La tragicomédie du mensonge, du sexe et de la brutalité repart de plus belle pour dix épisodes sur le fil du rasoir, servis par une intrigue un peu tirée en longueur mais un casting qui brille à l'unisson. N.BIls luttent contre l'exploitation des enfants, doivent identifier le terrorisme et battent en brèche le cyberharcèlement. Ils ont assisté à des centaines de décapitations et aux pires actes pédophiles. À travers des photos mais aussi des vidéos... Ces hommes et femmes de l'ombre qui voient ce que nous ne voyons pas sont les nettoyeurs du web. Ils contrôlent les réseaux sociaux et garantissent la sécurité des plateformes... Modérateurs de contenu, sentinelles de la toile, hommes et femmes de ménage qui font disparaître de l'Internet tout ce qui pourrait paraître choquant, ils ignorent et suppriment à longueur de journée. Bien que leur identité soit tenue secrète, beaucoup vivent à Manille, capitale des Philippines aux salaires planchers... Fouillé et bien pensé, le documentaire d'Hans Block et de Moritz Riesewieck est parti à la rencontre de ces sous-traitants bon marché qui observent 25 000 images par jour. Mais s'intéresse aussi à ce qui se passe à l'autre bout de la chaîne, sous le soleil friqué de la Silicon Valley. Particulièrement questionnant au-delà de l'exploitation, du boulot ingrat et traumatisant, Les Nettoyeurs du web interroge la liberté d'expression, la censure, la démocratie participative, la nécessité historique, l'accroissement de la haine, la responsabilité des réseaux sociaux, les arrangements des plateformes avec les autorités et l'appauvrissement de l'information... Pertinent et nécessaire. J.BMené par l'irrésistible Shaun, un troupeau de moutons quitte sa campagne pour la grande ville, afin d'y retrouver le fermier qui veillait à leur destinée. L'aventure de cette petite et joyeuse troupe sera l'occasion de nombreux gags et rebondissements narratifs... Prolongeant la série télévisée du même nom que créa le génial Nick Park en 2007, le film se place lui aussi clairement dans la lignée de Wallace et Gromit et de l'art si inventif, drôle et attachant de la bande à Aardman, le merveilleux studio d'animation de Bristol. Shaun est un personnage à la fois malicieux et touchant, plein de ressource et d'allant. Il était apparu pour la première fois dans le court métrage de Park A Close Shave, en 1995. Une aventure de Wallace et Gromit dont on retrouve ici l'esprit si particulier. Shaun méritait bien son propre long métrage. Voilà qui est fait. Et bien fait! L.DÀ l'opposé des documentaires climatologistes d'Al Gore qui agissent d'avantage comme des méthodes Coué d'autopromotion, des miroirs reflétant une autosatisfaction replète, Le Sel de la Terre immortalise le travail argentique d'un photographe hanté par les ravages de l'occupation humaine du monde, captant les destins brisés, les entrailles rongées et les dos rompus par le travail, la guerre, la famine. Primé à Cannes en 2014, dans la catégorie "Un certain regard", le documentaire signé Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado rend hommage au travail et au regard sans artifices du photographe Sebastião Salgado, ancien économiste et réfugié politique brésilien devenu le témoin des tourments de la Terre, d'Afrique en Amérique, du Sahel à la mine d'or de Serra Pelada au Brésil, d'un Pôle à l'autre. Accusé régulièrement d'esthétiser à outrance la misère humaine, Salgado, qui a reboisé en 1998 les terres arides de sa ferme natale au coeur du Minas Gerais, trouve dans le réalisateur hollandais et son propre fils des avocats qui n'ont pas besoin de passer par les effets de manche pour convaincre : archives personnelles, confessions poignantes, musique envoûtante prolongent avec majesté les effets d'une oeuvre photographique qui dresse le portrait en pied d'une humanité en équilibre au bord du gouffre, et toujours gigantesque par sa capacité à résister au pire. N.BExigence ultime et culte de la perfection. C'est l'histoire, la saga d'une famille partie de nulle part et arrivée sur le toit du monde. Le parcours de neuf enfants élevés à la dure (leur père leur faisait déplacer des cailloux d'un coin à l'autre du jardin pour les empêcher de traîner dans la rue et les gangs) et le destin le plus tragique de la pop music: celui, improbable, de Michael, sans doute à tout jamais sa plus grande star. Des débuts des Jackson 5 à l'actualité des enfants de Bambi en commençant par ses funérailles pharaoniques, ce bien piètre documentaire de Julie Robert et Vincent Attelé survole dans le pathos, sans recul avec un tas d'interviewés sans aucun intérêt (les candidats de The Voice et Danse Avec Les Stars Amir et Tal, David Hallyday, une journaliste d'Europe 1 et la rédactrice en chef de Paris Match...) l'existence mouvementée du King of Pop et des siens. Une de ces mauvaises soupes qui font s'interroger sur l'état de la télé et l'avenir du service public... J.BLes récentes alarmes tirées par la Société de médecine dentaire à propos des ravages causés par le cannabis sur nos ratiches ne doit pas nous dissuader de mordre à pleines dents dans la nouvelle saison de livraisons de "The Guy". Ce dealer anonyme d'herbe qui fait rire à gorge déployée poursuit sa tournée des voisins et des clients dans un New York arpenté à bicyclette, dressant le portrait en creux d'une vie urbaine qui tour à tour rassemble, isole, désespère, réjouit, touche là où ça grince. Alors que le monde entier rugit, gronde et bruisse de fureurs autour d'eux, les membres de la petite faune new-yorkaise reliée par les courses de The Guy forment une constellation humaine qui tente vaille que vaille de se réconforter, trouver du sens, de s'évader ou de poser une tête sur une épaule accueillante. En cela, la deuxième saison de cet ovni télévisuel, prolongement d'une websérie de six saisons, a trouvé une profondeur nouvelle dans les replis d'un récit qui a choisi l'herbe -sa consommation récréative et son petit commerce inoffensif- comme support d'un portrait chinois sociétal drôle, empathique, percutant, tragique et qui, s'invitant chez l'habitant dans chaque épisode, questionne la famille, le couple, l'amitié, l'engagement politique, l'art, la tyrannie du bien-être... Et puis, comme un entorse à son scénario pourtant rôdé, le récit envoie The Guy à l'hosto après un accident un peu ridicule. Un bras plâtré lui rendant toute course impossible, le voilà face à lui-même, forcé de s'occuper de ses propres failles plutôt que de celles des autres. Une histoire de plus dans un chapelet qui peut faire rougir le contour des yeux, mais pas à cause d'un excès de fumette. Liberté de ton, dialogues informels, crus, puisés dans des expériences et un vécu manifestes, et servis par un casting d'acteurs et d'actrices relativement méconnus redonnent un petit goût de ciné indépendant particulièrement rafraichissant à cette série aussi modeste dans sa tonalité qu'universelle dans son propos. N.BIl aura une atmosphère toute particulière cette année, le Mémorial Ivo Van Damme. Dans la foulée de Championnats d'Europe exceptionnels pour l'athlétisme belge (trois breloques d'or, deux d'argent et une de bronze), le grand meeting bruxellois réservera sa cérémonie d'ouverture et son tour d'honneur en voiture à tous les médaillés des Euros berlinois et écossais. Puis aussi aux judokas sur le podium à Tel Aviv et à la récente championne du monde de voile, Emma Plasschaert. La célébration d'un grand été pour le sport belge donc (les Diables rouges seront également félicités), mais surtout une compétition qui promet. Entre Thiam qui s'alignera à la hauteur et les frères Borlée au départ du 400 mètres, le dernier rendez-vous de la Diamond League garantit notamment un concours explosif à la perche avec le recordman du monde Renaud Lavillenie et le phénomène Armand Duplantis, 18 ans, qui a décroché l'or et marqué les esprits à Berlin. Une splendide soirée d'athlétisme en perspective. J.B"Quel autre guitariste français peut se targuer d'avoir partagé la scène avec The Clash, les Blockheads de Ian Dury et d'avoir cofondé The Police ?" Henry Padovani, jeune sauvageon corse, fils de pieds-noirs, môme frondeur débarqué à Londres en plein bouillonnement punk, restera bien entendu intimement lié à la genèse du groupe de Sting et consorts. Salué depuis sa bruyante arrivée comme l'homme le plus au parfum de la ville, le musicien au nez fin ne se sera jamais vraiment rangé des bagnoles. Dénicheur de talents, manager, le barbouze n'a pas chômé. Kim Wilde, Fine Young Cannibals, les Bangles ou R.E.M., tous lui doivent une fière chandelle. Après avoir croisé la route d'une telle galerie de personnages, lui qui s'est tant appliqué à choyer les autres finira par pondre son premier album solo, trente ans après ses premiers émois sur les planches. À l'heure du bilan, une kyrielle de camarades, fidèles et intimes, témoignent de la gratitude et du respect qu'il a imposé comme une marque de fabrique. À l'image de son sujet, ce documentaire, épopée tant musicale qu'humaine, évoque l'âme d'une mythologie qui s'évapore. C'est que Padovani, contrairement à tant d'autres au coeur d'une industrie gangrénée par le fric et la morale, n'aura jamais cessé d'incarner cet indéfectible pèlerin du crédo libertaire propre à l'esprit rock'n'roll. Punk un jour... M.U