Dans la série HBO Enlightened, Mike White (scénariste de Dawson's Creek) avait montré ses qualités de portraitiste capable d'embrasser la drôlerie, le bizarre, la tendresse comme la part destructrice de son personnage principal incarné par Laura Dern. Sa subversion potache s'est, elle, exprimée sur des films comme Nacho Libre. Tout le s...

Dans la série HBO Enlightened, Mike White (scénariste de Dawson's Creek) avait montré ses qualités de portraitiste capable d'embrasser la drôlerie, le bizarre, la tendresse comme la part destructrice de son personnage principal incarné par Laura Dern. Sa subversion potache s'est, elle, exprimée sur des films comme Nacho Libre. Tout le spectre de sa vision de l'âme humaine est réuni dans The White Lotus, satire sociale retorse en six épisodes. Si l'humour est effectivement la politesse du désespoir, Mike White nous fait l'extrême courtoisie d'inverser les codes couleur de la plénitude survendue par un resort hawaïen idyllique et nacré à ses hôtes friqués et aussi déglingués intérieurement que leur apparence est impeccable. Nicole dirige sa famille (son mari Mark, le fils Quin et la fille Olivia flanquée de sa meilleure amie Paula) comme son entreprise high-tech; Shane et Rachel roucoulent en voyage de noces jusqu'à ce que la belle-mère s'invite et casse l'ambiance; Tanya, elle, tente de surmonter le deuil de sa mère et de sa sexualité. Le G.O. Armond veille sur leur bien-être avec une obséquiosité qui rappelle, moustache comprise, celle d'un certain Basil Fawlty (John Cleese dans Fawlty Towers). En une semaine et en crescendo, la blancheur chiquée de ce beau monde va voler en éclats. Comme Succession, The White Lotus ne prétend pas nous apprendre que l'argent ne fait pas le bonheur. Elle se moque plutôt avec intelligence et un certain sens de l'inconfort des architectures de la réussite matérielle contemporaine et de leur nocivité intrinsèque.