"Je n'aime pas faire partie d'une école, d'une secte, d'une religion. On m'a appelé "le père de la Nouvelle Vague". Ça ne me dérangeait pas jusqu'au moment où un magazine a fait paraître la liste des réalisateurs et j'ai eu la stupéfaction d'apprendre que j'avais 182 enfants naturels. Je ne pouvais pas tous les reconnaître. Et le mieux pour ne pas faire de jaloux, c'était de les repousser tous e...

"Je n'aime pas faire partie d'une école, d'une secte, d'une religion. On m'a appelé "le père de la Nouvelle Vague". Ça ne me dérangeait pas jusqu'au moment où un magazine a fait paraître la liste des réalisateurs et j'ai eu la stupéfaction d'apprendre que j'avais 182 enfants naturels. Je ne pouvais pas tous les reconnaître. Et le mieux pour ne pas faire de jaloux, c'était de les repousser tous en bloc." Cette longue citation extraite du documentaire de Cyril Leuthy résume assez bien Jean-Pierre Melville. Le réalisateur de L'Armée des ombres, du Deuxième Souffle et du Samouraï, homme de cinéma qui a dirigé les plus grands acteurs français (Belmondo, Ventura ou encore son alter ego Alain Delon, avec lequel il a réinventé le film noir) a construit toute sa carrière en dehors du système. Melville, le dernier samouraï tire le portrait de Jean-Pierre Grumbach, né en 1917 dans une famille de Juifs non pratiquants. Il y a le gamin dont le père meurt terrassé par une crise cardiaque sur un quai de gare alors qu'il n'a que quinze ans. Il y a le cinéphile, espèce encore rare dans les années 30, dont l'Amérique forge l'imaginaire. Il y a aussi Melville. Melville le résistant, né à Londres sous les bombes en 1943. Melville, l'angoissé et l'insomniaque qui passe ses nuits dans Pigalle. Le misanthrope, qui se crée avec ses studios un monde à l'abri du monde. En 1947, avec Le Silence de la mer, sans argent mais avec une hallucinante liberté, des décors entièrement naturels et des acteurs inconnus, le Parisien pose sans le savoir les bases de la Nouvelle Vague. Comme une preuve qu'on peut entrer dans la profession par effraction. Rythmé par des extraits de films, des images d'archive et des interviews de proches (neveux, assistants...), ce docu évoque les tournages de l'inconfort, les relations compliquées mais aussi son influence sur Michael Mann, Quentin Tarantino, Jim Jarmusch ou encore John Woo... Costaud.