Dans son livre Laetitia ou la fin des hommes (Prix Médicis en 2016), récit troublant de l'enlèvement et du meurtre, en 2011, de la jeune Laetitia Perrais ainsi que de l'emballement politique et médiatique qui s'ensuivit, l'historien Ivan Jablonka dégageait de ce fait divers un fait social, miné ...

Dans son livre Laetitia ou la fin des hommes (Prix Médicis en 2016), récit troublant de l'enlèvement et du meurtre, en 2011, de la jeune Laetitia Perrais ainsi que de l'emballement politique et médiatique qui s'ensuivit, l'historien Ivan Jablonka dégageait de ce fait divers un fait social, miné par une réalité occultée: la violence structurelle envers les femmes. Jean-Xavier de Lestrade, réalisateur du documentaire Un coupable idéal (couronné d'un Oscar en 2002), en tire une fiction qui examine et reconstitue avec beaucoup de sobriété le déroulé des événements. La disparition de la jeune Laetitia, 18 ans, devant le domicile de sa famille d'accueil; l'impact sur celle-ci et la soeur jumelle de la victime, Jessica (interprétée par l'actrice belge Sophie Breyer de La Trève); l'enquête de la police, l'inculpation de son meurtrier, Tony Meilhon, multirécidiviste; l'interventionnisme toxique du Président Sarkozy et de son gouvernement. Acteurs et actrices évoluent dans un réalisme cru qu'ils contribuent largement à rendre plausible, et donnent à voir un corps social en lambeaux. La réalisation de Lestrade, lente (parfois trop), bouleverse en levant le voile sur les secrets de famille, le sexisme, les projections mortifères, et le destin atrocement banal d'une jeune femme, broyée entre ses prédateurs et les charognes qui rongent sa mémoire.