Après La Casa de Papel et Hierro, l'Espagne crève à nouveau l'écran avec cette saga sanglante et étouffante du clan Guerrero, qui contrôle le trafic de cocaïne en péninsule ibérique. Comme beaucoup de fictions centrées sur le monde de la pègre ou de la mafia, il y est question de famille, de transmission et de transition. Même si G...

Après La Casa de Papel et Hierro, l'Espagne crève à nouveau l'écran avec cette saga sanglante et étouffante du clan Guerrero, qui contrôle le trafic de cocaïne en péninsule ibérique. Comme beaucoup de fictions centrées sur le monde de la pègre ou de la mafia, il y est question de famille, de transmission et de transition. Même si Gigantes ne fait aucune référence ni aucun rappel formel (dans le style ou dans l'écriture) aux Parrain de Francis Ford Coppola ou aux Soprano de David Chase, les questions de la loyauté, de la trahison et du comportement fratricide y sont centrales. Pourtant, là où dans les familles américaines, la force centripète semble résister aux assauts du dehors, ici, ce sont les forces centrifuges qui régissent la brutalité du monde. Abraham Guerrero mène ses affaires et ses trois fils à la force (littéralement) du bâton. Un événement séminal et, à des degrés divers, traumatique ou décisif pour les frères va, 20 ans plus tard, accoucher d'une situation que le vieux Guerrero, alors bien assis sur Madrid, n'avait pas prévue, et qui menace l'édifice si consciencieusement et violemment construit. Gigantes est l'histoire de fondations fragiles, visitées à coups de flash-back, sur plusieurs périodes, démontrant l'illusion mortifère du contrôle, les mécanismes de la violence (physique ou symbolique) et de la trahison. Nanti d'un scénario aussi bien huilé que les tignasses des mâles protagonistes, d'un casting épicé et physique où émergent des rôles féminins forts en contrechamp, Gigantes est une bonne surprise.