Avant, pouvoir bien s'habiller était un luxe, une histoire d'argent, un privilège de classe. Si la fast fashion, ou mode jetable, a démocratisé l'art du vêtement et révolutionné l'industrie textile à bas prix, elle est aussi plus souvent qu'à son tour synonyme de précarité et d'économies informelles, de pr...

Avant, pouvoir bien s'habiller était un luxe, une histoire d'argent, un privilège de classe. Si la fast fashion, ou mode jetable, a démocratisé l'art du vêtement et révolutionné l'industrie textile à bas prix, elle est aussi plus souvent qu'à son tour synonyme de précarité et d'économies informelles, de pratiques douteuses voire carrément malhonnêtes et de désastre pour l'environnement. L'industrie a grandi de manière exponentielle. En Europe, depuis l'an 2000, la quantité de vêtements achetés a carrément doublé et elle devrait encore grossir de 60% d'ici 2030. Le textile serait la deuxième industrie la plus polluante au monde après le pétrole. Gilles Bovon et Édouard Perrin ont enquêté sur un marché où les marques ne veulent pas qu'on regarde plus loin que le bout de tissu. Ils ont infiltré les ateliers de misère à Leicester où on travaille pour 3 euros de l'heure (même pas la moitié du salaire légal en Angleterre) et se sont aventurés jusqu'en Inde pour mettre en lumière les ravages de la production massive. Ils épinglent Zara, accusé de faire travailler via ses sous-traitants des réfugiés syriens en Turquie et des enfants de moins de dix ans. Ou encore H&M dont 15 tonnes de vêtements partiraient chaque année en fumée... Chercheur en économie, prof de philo et acteurs de la chaîne décryptent le virus de la nouveauté, les dessinateurs qui jouent aux espions, le fonctionnement des influenceuses et le coût écologique de la livraison.