Depuis l'avènement des réseaux sociaux, les jeunes LGBTQI+ se sont emparés de cet espace de médiation pour faire leur coming out auprès de leur famille, de leurs amis ou d'une communauté proche mais distante. Une étape douloureuse, cathartique, nécessaire, épiphanique, exemplaire, qui viendra infirmer ou confirmer les craintes de chacun.e quant aux réactions de leurs proches.
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Depuis l'avènement des réseaux sociaux, les jeunes LGBTQI+ se sont emparés de cet espace de médiation pour faire leur coming out auprès de leur famille, de leurs amis ou d'une communauté proche mais distante. Une étape douloureuse, cathartique, nécessaire, épiphanique, exemplaire, qui viendra infirmer ou confirmer les craintes de chacun.e quant aux réactions de leurs proches. Parrot a donc récolté une série de vidéos tournées et diffusées en ligne entre 2012 et 2018. Aux États-Unis, en Australie, en France, en Allemagne, en Hongrie, entre autres. De jeunes gays, lesbiennes, trans se filment en train d'annoncer à leur mère (les pères sont souvent absents) ou grand-mère, en chair et en os ou par téléphone, non ce qu'ils ou elles ont choisi d'être ou de devenir (plusieurs mettent l'accent sur le fait qu'il ne s'agit en rien d'un choix) mais qui ils sont. Les réactions varient: d'un "je le savais déjà" suivi d'une embrassade à une autre scène, violente, où un jeune se fait insulter et jeter dehors par ses parents. Une autre encore où un jeune Russe prépare sa fuite. L'humour est également présent quand une Américaine, en ligne avec le répondeur téléphonique d'une église, à la rubrique "homosexualité", s'esclaffe à l'annonce sentencieuse du chapelet de châtiments absurdes qui l'attendent. La force du film composé par Denis Parrot repose sur celle qui anime ces véritables héros et héroïnes, dont il agence les témoignages avec sensibilité, dans un récit habité par la nécessité. Héros et héroïnes, faut-il insister, tant il paraît aujourd'hui toujours aussi audacieux, dangereux, douloureux d'énoncer ce qui devrait être une simple vérité, et qui se révèle trop souvent intoxiqué, violenté, tu. Que ces jeunes aient choisi de se mettre en scène révèle une volonté de réappropriation de leur récit personnel, une mise à nu de ce qui l'entrave: un joug perpétuel et sourd posé sur les sexualités. Les protagonistes du film de Denis Parrot ne l'ont pas demandé encore moins revendiqué, mais leur exemple a quelque chose à nous apprendre: qu'un simple "rien ne m'empêchera de t'aimer", un léger "je t'aime qui que tu sois ou que tu deviennes", un "tu es mon enfant et je t'aimerai jusqu'à la mort" baigné de larmes constituent une force libératrice et porteuse sans commune mesure. Et leurs opposés une douleur que l'on porte toute une existence. In fine, rien ni personne ne devrait empêcher quiconque d'être qui il est, qui elle est.