En 2015, Crystal Moselle a raflé le Grand Prix du jury du Festival de Sundance avec The Wolfpack, documentaire en forme de claque suivant une fratrie de jeunes garçons découvrant New York et le monde après avoir été séquestrés des années par leur père parano. Trois ans plus tard, alors qu'elle pige pour des clips de mode, elle embauche un groupe de filles adeptes du skateboard, dont l'attitude la fascine. À tel point qu'elle leur offre un training d'actrice et leur écrit un premier long métrage de fiction, Skat...

En 2015, Crystal Moselle a raflé le Grand Prix du jury du Festival de Sundance avec The Wolfpack, documentaire en forme de claque suivant une fratrie de jeunes garçons découvrant New York et le monde après avoir été séquestrés des années par leur père parano. Trois ans plus tard, alors qu'elle pige pour des clips de mode, elle embauche un groupe de filles adeptes du skateboard, dont l'attitude la fascine. À tel point qu'elle leur offre un training d'actrice et leur écrit un premier long métrage de fiction, Skate Kitchen. Le film suit une jeune gamine timide, Camille, fascinée via Instagram par un gang sur roulettes (lesdites Skate Kitchen), maîtrisant les figures imposées de l'émancipation urbaine: sexe, cannabis, franc-parler, ollies et zigzags stylisés sur le bitume, les structures de béton et de métal. Bien plus qu'une nouvelle mouture des codes du clip de skate sponsorisé par Vans, et sans l'esthétique trash bubble gum à la Larry Clark, Betty est un spin-off de ce long métrage, dont il conserve à la fois l'allure éthérée, poétique et rêveuse, et l'ancrage férocement féminin et frondeur. Produite par Lesley Arfin (derrière le très réussi Love sur Netflix), la série en six épisodes reste dans le sillage de Camille et le crew composé par Janey, Honeybear, Kirt et Indigo. L'époque et l'histoire sont différentes, Moselle raconte d'un autre angle la naissance du groupe, entre réunions de skaters convoquées sur Instagram, descente en skate avec canette dans une main et smartphone dans l'autre en mode Tik Tok, historiettes d'amour, quête d'un sac oublié avec iPhone et portefeuille sur un banc, et razzias avortées sur les épiceries du coin. Les tangentes dans les parcs bondés de Manhattan, à travers les places où les costards prennent leur café ou sous les ponts de l'autoroute sont scandées par les discussions sur le bord du trottoir, les joints, les défis et les seums partagés, le tout filmé avec un regard de cinéaste qui a intégré les codes couleurs et filtres polaroid de son espace-temps. Bien emballée et emballante, Betty fait songer à Girls. Sauf que dans cet âge polymorphe qu'est l'adolescence, la gravité n'est pas universelle et ces badass, jouées par les mêmes actrices non pro que dans le film, décident elles-mêmes de ce qui aura du poids, non dans leur vie, mais dans leur journée. Un vade-mecum à l'usage des filles pour s'en sortir, quoiqu'il arrive, la tête haute, prêtes à dégainer un fou rire ou une bonne story Insta.