Révélé en 2003 par un documentaire fleuve de quasiment dix heures sur un complexe industriel en perdition (À l'ouest des rails), Wang Bing est un adepte des longs formats. Qu'il raconte la vie d'une femme âgée depuis l'avènement de la République populaire (Fengming, chronique d'une femme chinoise, 186 minutes) ou l...

Révélé en 2003 par un documentaire fleuve de quasiment dix heures sur un complexe industriel en perdition (À l'ouest des rails), Wang Bing est un adepte des longs formats. Qu'il raconte la vie d'une femme âgée depuis l'avènement de la République populaire (Fengming, chronique d'une femme chinoise, 186 minutes) ou le quotidien dans un hôpital psychiatrique (À la folie, pas loin de quatre heures), le cinéaste chinois aime s'étendre, prendre son temps. Argent amer ne dure que deux heures et demie mais il avance à son rythme, sans se presser. Il suit des jeunes travailleurs migrants happés par le miracle économique chinois. Tous ont quitté leur village dans la province de Yunnan pour s'en aller vendre leurs services à Huzhou, une cité ouvrière florissante du côté de Shanghai qui regroupe 18.000 entreprises de petite confection et emploie (ou plutôt exploite) 300.000 ouvriers. Là, ils garnissent les rangs des ateliers textiles. Habitué des festivals, de la Mostra à Cannes, Wang Bing filme à nouveau au plus près et avec beaucoup d'humanité la vie des pauvres et des démunis. Les conditions de travail pénibles et éprouvantes, les journées interminables pour quasi pas un rond, les rares pauses, les disputes et les nuits trop courtes là où ils peuvent se poser. La solidarité et les rêves aussi. Argent amer est lent, extrêmement lent, et dépourvu de commentaires. Mais offre un volet supplémentaire à son exploration de la Chine moderne en même temps qu'une idée de la condition ouvrière dans l'empire du Milieu.