La diffusion de ce classique de Dickens revisité en mode dark fantasy trois mois après Noël paraissait au départ une drôle d'idée. Mais ça, c'était avant le confinement pour cause de Coronavirus, qui redonne aux maisonnées des atmosphères de réveillon où il fait bon revoir ses classiques sur petit écran, pour tuer le temps. Et il faut bien dire que le roman de Charles Dickens, désenvoûté de son emprise Disney et de son folklore de pacotille mercantile, trouve en Steven Knight un alchimiste idéal, qui rend au récit toute sa profondeur d...

La diffusion de ce classique de Dickens revisité en mode dark fantasy trois mois après Noël paraissait au départ une drôle d'idée. Mais ça, c'était avant le confinement pour cause de Coronavirus, qui redonne aux maisonnées des atmosphères de réveillon où il fait bon revoir ses classiques sur petit écran, pour tuer le temps. Et il faut bien dire que le roman de Charles Dickens, désenvoûté de son emprise Disney et de son folklore de pacotille mercantile, trouve en Steven Knight un alchimiste idéal, qui rend au récit toute sa profondeur de fable éthique, en lui conférant une morbidité critique du système capitalistique contemporain, pingre et colonisé par le big data, soutenue par une esthétique romantico-gothique absolument savoureuse. Scénariste de Peaky Blinders et Taboo, Knight en a conservé un goût prononcé pour l'ambiance brute et sombre, les dialogues ciselés, les séries comme chambre d'écho entre le passé et le présent. Ici, Londres, la veille de Noël 1843. Un gamin se soulage sur la pierre tombale de Jacob Marley (Stephen Graham, toujours génial), réveillant par capillarité le défunt six pieds sous terre. Il entame alors un douloureux périple dans un purgatoire semé de sapins enguirlandés, lui-même entravé de chaînes reliées par des cadenas représentant les âmes des hommes, femmes et enfants morts, exploités par lui et son associé le terrible Ebenezer Scrooge. Ce dernier, toujours vivant (Guy Pearce, émacié et d'une scansion prophétique), fait les comptes en compagnie de son clerc, alors qu'à sa fenêtre les joyeux préparatifs de Noël vont bon train. Il déteste cette ambiance trop festive, lui préférant l'austère reconnaissance d'une hypocrisie généralisée. Derrière sa méchanceté et son avarice se cache un lourd secret, une peine irrémédiable. Dans une ambiance victorienne admirablement reconstituée, les trois épisodes réussissent le pari de dépoussiérer l'oeuvre de Dickens en lui offrant un regard sur notre époque. Au purgatoire, Marley rencontre le Fantôme des Noëls passés (Andy Serkis, blanc comme un linge), qui lui indique que son destin est lié à celui de Scrooge, tant qu'ils n'auront pas restauré l'humanité qu'ils ont contribué à profaner. Le périple de Marley et la philosophie comptable de Scrooge racontent admirablement notre dur chemin pour racheter tout ce que notre système capitaliste, exploitant, a dévoré pour se construire de fragiles châteaux dans les nuages. "On a vandalisé le monde pour... ça?", tempête Marley en pleine épiphanie, pointant le manoir de Scrooge. La morale noire de cette histoire nous suit comme une ombre.