Le 13 mars 2000, la RTBF inaugurait Les Niouzz. À l'époque, aussi dingue que cela puisse paraître aujourd'hui, c'était le seul journal télévisé francophone pour enfants d'Europe. "Après les affaires pédophiles qui avaient secoué le pays, constat avait été fait qu'on s'adressait très peu aux enfants directement, se souvient le producteur et réalisateur Stéphane Delhougne. Ils regardaient en famille le JT traditionnel, malgré son vocabulaire qui ne leur était pas adapté, tandis que les adultes se retrouvaient fort démunis face à leurs questionnements." Des groupements de profs, l'Association des téléspectateurs actifs mais aussi les présidents de partis et des associations de parents d'élèves poussent alors la RTBF à imaginer un JT pour les 8-12 ans. "On a sélectionné des bons vulgarisateurs, on s'est bien entourés. On soumettait souvent nos textes à un pédopsychiatre quand il s'agissait de traiter de terrorisme, de racket, de harcèlement... On a même sollicité des comédiens comme Bruno Coppens. À l'époque, on ne parlait pas autant de storytelling qu'aujourd'hui. On se déplaçait avec des photos A3 d'enfants afin de montrer à nos interlocuteurs à qui ils s'adressaient. Pour les équipes techniques aussi, c'était différen...

Le 13 mars 2000, la RTBF inaugurait Les Niouzz. À l'époque, aussi dingue que cela puisse paraître aujourd'hui, c'était le seul journal télévisé francophone pour enfants d'Europe. "Après les affaires pédophiles qui avaient secoué le pays, constat avait été fait qu'on s'adressait très peu aux enfants directement, se souvient le producteur et réalisateur Stéphane Delhougne. Ils regardaient en famille le JT traditionnel, malgré son vocabulaire qui ne leur était pas adapté, tandis que les adultes se retrouvaient fort démunis face à leurs questionnements." Des groupements de profs, l'Association des téléspectateurs actifs mais aussi les présidents de partis et des associations de parents d'élèves poussent alors la RTBF à imaginer un JT pour les 8-12 ans. "On a sélectionné des bons vulgarisateurs, on s'est bien entourés. On soumettait souvent nos textes à un pédopsychiatre quand il s'agissait de traiter de terrorisme, de racket, de harcèlement... On a même sollicité des comédiens comme Bruno Coppens. À l'époque, on ne parlait pas autant de storytelling qu'aujourd'hui. On se déplaçait avec des photos A3 d'enfants afin de montrer à nos interlocuteurs à qui ils s'adressaient. Pour les équipes techniques aussi, c'était différent. Elles ne pouvaient pas filmer debout. Fallait mettre le genou à terre." C'était les débuts d'une mission d'intérêt général et d'une jolie success story... "Faire de l'info pour les enfants, c'est faire de l'info pour tout le monde, résume David Wathelet, l'un des présentateurs et journalistes de l'émission. Il faut être le plus lisible possible. Expliquer à peu près tout. Il faut de chouettes images aussi. Être parlant. J'aime le côté ludique et dédramatisant. La plus grande spécificité de ce boulot, c'est que ça bouge tout le temps. Les enfants ne changent pas mais le milieu dans lequel ils évoluent bien." TikTok, YouTube, Instagram, la télé... Les jeunes sautent de l'un à l'autre. Ils sont confrontés à différents types d'écritures médiatiques dont ils sont des consommateurs, certes, mais aussi des utilisateurs. Des acteurs même... "Il faut choper les enfants là où ils sont, poursuit Wathelet. On a mis le paquet sur Insta et proposé un petit journal présenté sous forme de story. On joue avec le côté tactile et interactif. Ils maîtrisent bien mieux ces langages que nous. Quand on leur parle de publicité, il ne suffit plus de dire "attention à la pub" comme pouvait le faire Blabla... Il faut leur filer la parole, leur donner les outils. Tu as un truc à dire? Dis-le, prends le micro. Moi je ne suis pas étonné que les gosses descendent dans la rue pour défendre le climat." L'équipe des Niouzz (une dizaine de personnes au total) est en contact permanent avec son public. "À un moment, on leur a filé de petites caméras mais ça avait ses limites à l'antenne. À l'heure qu'il est, on part chaque semaine dans deux classes au minimum pour interroger les enfants sur l'actu, mettre en évidence des projets d'école. De manière générale, la politique belge, ça les gonfle. Mais Trump, par contre, les passionne. C'est le méchant qu'ils adorent détester." Selon David Wathelet, il existe deux grandes tendances dans les journaux télévisés pour enfants européens. D'un côté, les historiques (Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas) qui ressemblent à des JT classiques avec davantage de couleurs et des présentateurs en baskets. De l'autre, les pays scandinaves: plus légers, plus drôles, plus modernes. Logique dans des régions où on a un smartphone à six ans. C'est dans cette mouvance que s'inscrivent Les Niouzz. En 2015, l'émission s'est installée dans un petit studio design semblable à une chambre de YouTubeur. "À un moment, on s'est dit qu'on pouvait jouer là-dessus. Incarner des personnages. On a effectué des tests dans des classes. Régulièrement, on regarde les enfants regarder. On observe quand ils piquent du nez, quand ils décrochent, commencent à s'ennuyer..." "Ce n'est pas évident l'information pour enfants, reprend Stéphane Delhougne qui s'est retiré depuis six ans du secteur jeunesse. À la base, la raison était bassement économique: les 8-12 ans ne sont pas super nombreux. Le ratio entre les coûts et le nombre de personnes visées ne jouait pas en sa faveur. Aujourd'hui, les moyens de production se sont démocratisés et le paysage a changé. J'aime beaucoup notre évolution, l'innovation dans les formats. Il faut répondre à la demande avec les technologies actuelles. Certains collègues à l'étranger continuent de se focaliser sur la télé. Selon moi, ils font fausse route." Pour leur semaine d'anniversaire, Les Niouzz auront droit à une séquence anniversaire tous les jours et à une édition spéciale le vendredi, enregistrée au milieu des élèves de l'école Saint-Joseph à Gesves. "La nostalgie, c'est pas évident avec des enfants de huit ans, avoue David Wathelet. Mais on est partis à la rencontre de profs et de journalistes qui sont passés par Les Niouzz (ils sont nombreux, de Cathy Immelen à Justine Katz en passant par Adrien Devyver, NDLR). On a voulu leur montrer ce que c'était il y a 20 ans le téléphone portable et l'écologie... Faire le lien entre hier, aujourd'hui et demain."