Tout sur édito

"Comment en est-on arrivé là, culture? Comment le politique a-t-il pu t'abandonner à ton triste sort, lui qui jurait la main sur le coeur qu'on ne pouvait pas se passer de tes services?"

Ce n'est pas un scoop, en 20 ans, l'industrie de la musique a complètement changé de paradigme: les ventes de supports physiques se sont effondrées -entraînant dans leur chute les disquaires-, le live a pris une place centrale dans l'assiette financière des artistes, et surtout, la musique s'est massivement dématérialisée, se consommant désormais partout et tout le temps sur son téléphone, sa tablette, son PC ou son autoradio connecté. Les "digital natives", qui sont nés avec un smartphone dans la main, n'imaginent même pas que leurs parents aient pu un jour écouter leurs idoles sur des cassettes.

On en apprend tous les jours. Y compris dans des domaines a priori familiers. Il arrive même qu'on croise sur notre chemin des connaissances reliées par des fils invisibles, comme un jeu de piste orchestré par Le ou La scénariste en chef. À nous de faire les rapprochements. Au risque sinon de passer à côté d'une occasion de "mourir moins bête", pour paraphraser la capsule quotidienne de Marion Montaigne sur Arte.

Je vous parle d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. De 1985 à 1993, à une époque où les chaînes de télé se comptaient encore sur les doigts des deux mains et où Internet sortait à peine de la salle d'accouchement, un jeu télévisé faisait fureur tous les midis sur TF1.

Les scénarios doivent-ils automatiquement intégrer le Corona et tous ses artefacts si l'histoire se déroule de nos jours, au risque de dater les films et d'ajouter de l'angoisse à l'angoisse?

Toute médaille a son revers. Et plus la médaille est large, plus le revers l'est forcément aussi. Une théorie qui se vérifie sur l'épineuse question du démantèlement de la forteresse patriarcale blanche et hétéronormée qui a dirigé le monde pendant des siècles. La légitime libération de la parole des femmes, le nécessaire devoir de prise de conscience des injustices que subissent les minorités racisées, tout ce grand déballage de salubrité publique prend parfois une tournure radicale qui fait craindre paradoxalement un recul de la liberté d'expression.

Dis-moi ce que tu écoutes, ce que tu regardes, ce que tu lis, je te dirai comment tu vas. Face à la crise sanitaire, et au régime de semi-liberté qui l'accompagne, chacun conjure le sort comme il peut. Notamment en adaptant sa consommation culturelle à l'ambiance pesante de l'époque.

C'est l'une des expériences de sciences sociales les plus connues (et les plus sadiques). Elle date du début des années 70. Un enfant de maternelle est installé à une table dans une pièce vide. Devant lui, un marshmallow moelleux et appétissant lui fait de l'oeil. Un adulte lui explique qu'il a le choix: soit il le dévore tout de suite, soit il attend son retour et il aura droit à une deuxième friandise.

Outre ses décors grandioses déclinant toutes les nuances de l'ocre, l'attrait principal de la série Mystery Road, dont la deuxième saison vient de s'achever sur Arte (mais elle est toujours disponible sur le site de la chaîne), tient dans sa peinture réaliste et désenchantée d'une communauté aborigène victime de ségrégation et engluée dans la misère sociale. Une carte postale peu reluisante de l'Australie que seule une poignée de films, comme Rabbit-Proof Fence de Phillip Noyce ou Samson et Delilah de Warwick Thornton, avait jusqu'ici abordée.

Quand l'obus du deuil tombe dans votre jardin, il n'est pas rare qu'un sentiment d'injustice piétine vos nuits blanches. Surtout si le défunt est jeune.

Personne ne regrettera 2020. Sinon peut-être Netflix, Amazon et quelques autres plateformes numériques qui ont profité de la crise sanitaire pour anticiper leurs objectifs de développement les plus optimistes. Pour la culture, par contre, 2020 restera comme la pire année depuis la Seconde Guerre mondiale.

On a pas mal hésité à vous proposer, comme chaque année, notre sélection de cadeaux culturels. Avec la crise économique qui se profile et alors qu'une bonne partie du secteur artistique a toujours la tête sous l'eau, cela pouvait paraître indécent de partager notre lettre au Père Noël. Un peu comme un éclat de rire au milieu d'une veillée funèbre. Pas génial.

Le corona a fait beaucoup de victimes. Mais il y en a une dont on parle peu, sinon entre initiés, c'est la nuit.

Deux rednecks qui s'apprêtent à fouetter un gamin noir au motif que "ce nègre ne nous a pas cédé le passage!" sont promptement désarmés et mis en déroute par un justicier tout juste débarqué dans ce coin perdu de Louisiane. Une scène cartoonesque aperçue dans un western de Tarantino? Non, un des gags savoureux jalonnant le nouveau Lucky Luke, Un cow-boy dans le coton.

À l'heure de boucler ces lignes (vendredi 6 novembre), on ne connaît toujours pas le gagnant de l'élection présidentielle américaine. Par contre, on connaît déjà plusieurs perdants, quelle que soit l'issue du psychodrame. Dans le désordre, la vérité, le fair-play, les sondages, la démocratie ou encore, et c'est plus surprenant, la pop culture.

Je ne dois pas être le seul à ressentir ces derniers jours une grande lassitude. Sport, lecture, promenade... rien n'y fait, un entêtant "à quoi bon?" vient systématiquement gripper mes pensées.

Physiquement, Joann Sfar ressemble moins au félin efflanqué de sa célèbre saga Le Chat du rabbin qu'à un matou de Walt Disney. Mais pas le matou qui passe ses journées sur le radiateur à contempler le monde d'un oeil mi-clos. Non, un matou volubile, agile, connecté, érudit et, surtout, hyperactif.

Alertés par un solide buzz -et par les recommandations personnalisées de Netflix-, on a regardé The Social Dilemma, ce documentaire choc qui entend nous ouvrir les yeux sur les ravages présents et à venir des réseaux sociaux sur notre santé mentale, sur nos rapports sociaux et sur la démocratie.