Tout sur Adèle Haenel

C'est un coup de tonnerre dans une (petite) rentrée littéraire annoncée sans nuages. Personne n'a vu venir le livre de Vanessa Springora, Le Consentement (Grasset). Lui tout seul, il est pourtant en train de changer et l'Histoire de la littérature française contemporaine, et la définition des normes en matière de sexualité.

Le réalisateur Christophe Ruggia, contre qui Adèle Haenel a porté plainte après avoir dénoncé des "attouchements" lorsqu'elle était adolescente, se défend dans l'hebdomadaire Marianne, expliquant l'hostilité de l'actrice à son égard par le fait qu'il lui a refusé un film.

Les Misérables de Ladj Ly est un grand film. Pas seulement parce qu'il rend compte en mode viscéral d'une réalité sociale à bout de souffle, mais parce qu'il étale sur nos pupilles le désarroi d'une population qui a perdu le goût de l'universel, s'enlisant inexorablement dans les divisions, le repli, la haine, les ténèbres. L'Autre est au mieux un serpent dont on accepte les petits trafics pour éviter la morsure, au pire un ennemi à abattre. Mais jamais en tout cas un être aimé et respecté pour ce qu'il est, par-delà ses différences. Tous -flics ripoux, caïds, proxénètes, intégristes- se neutralisent par la peur ou par l'intimidation, garantissant un équilibre précaire, instable et inflammable.

Avec Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma s'aventure du côté du film d'époque pour signer une oeuvre résolument moderne, évoquant la création comme la condition de la femme à travers la relation incandescente entre une peintre et sa modèle dans la France du XVIIIe siècle. Un chef-d'oeuvre.

Dans le film de Céline Sciamma, elle est la main, le geste: la peintre en coulisses. Rencontre, dans son atelier de Lille, avec Hélène Delmaire, une autre jeune fille en feu.