La culture, un droit pour tous

Inspiré par la politique de 'Bonus Culture' implémentée par le Premier ministre italien Matteo Renzi, le pass, accessible via une application mobile s'inspire des modèles d'appli de rencontres, relayant les activités culturelles et artistiques accessibles à proximité. Cinéma, spectacle, exposition, livres, presse en ligne, instruments de musique, rencontres, débats ou encore stages : aussi variées sont les opportunités proposées. L'application compte dorénavant pas moins de 1000 partenaires culturels ainsi que de nombreux acteurs non institutionnels indépendants.

L'objectif ? Stimuler la curiosité ; rendre la culture plus accessible aux jeunes et lutter contre la ségrégation culturelle redynamisant le secteur culturel. En effet, pour l'ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen, "le pass culture est un outil de reconquête d'un public éloigné".

"Les arts et la culture doivent retrouver leur place dans la construction de la citoyenneté et de la sociabilité des jeunes Français, y compris pour les aider à s'émanciper des nouvelles formes d'obscurantisme et d'intolérance qui sévissent ici et là", affirme Franck Riester, ministre français de la Culture.

Tandis que le montant des dépenses relevant des sorties culturelles n'est assujetti à aucune limite, les offres numériques et biens matériels sont limités à 200 euros. Par peur de favoriser les géants de la culture, les produits proposés par Apple, Netflix ou encore Amazon ne sont pas éligibles. Après maintes controverses, les jeux vidéo figurent parmi les offres. Des salles de concert devraient bientôt être ajoutées à la liste des partenaires.

Une Révolution culturelle ?

Transformant le téléphone et l'application en outils d'information et de paiement, le pass culture se veut être le "premier réseau social culturel". Cette "start-up d'état" par sa politique d'essai/erreur inspirée des entreprises numériques signale un changement radical autant qu'ambitieux dans la gouvernance ministérielle.

"Le pass Culture s'ancrera dans la richesse de tous les territoires et ses utilisateurs aiguiseront aussi leur sens critique en se confrontant au meilleur critique de tous les temps : le temps lui-même." Eric Garandeau, préfigurateur du pass culture.

Bien que Françoise Nyssen qualifie ce projet de "révolution", d'autres le jugent déjà un "casse-tête mort-né". Avec un budget annuel estimé à plus de 400 millions d'euros pour l'offrir aux quelque 800 000 jeunes âgés de 18 ans, les interrogations ne manquent pas. Pour l'année test de 2019, seuls les crédits accordés s'élèvent à 34 millions d'euros. Pour Aurélie Filipetti, "le pass est une fausse bonne idée" d'autant que le pass ne résout en rien le problème de démocratisation de la culture à long terme.

Dans le futur, 80% du budget devrait être financé par le secteur privé, alimentant la peur de l'influence disproportionnée que pourraient avoir les géants du numérique sur l'offre culturelle. Pour cela, le ministère envisage de doter l'application d'un algorithme permettant de favoriser les offres culturelles dérivant d'acteurs publics et indépendants.

Ce mois-ci ainsi qu'à l'automne 2019 est prévu l'élargissement de l'expérimentation à de nouveaux territoires. Le projet devrait être étendu au reste de la France d'ici 2021.

Cependant, comment remédier à la ségrégation culturelle si les propositions sont localisées par proximité et par région ? Cette politique de lutte contre ce mal ne risque-t-elle pas justement d'individualiser la socialisation contrairement à ce qu'elle espère accomplir ? En effet, pour certains, le projet coûteux manque la priorité première de transmission culturelle dans les écoles. Reste à voir si la France réussit à tirer parti, contrairement à l'Italie, de cette politique culturelle.

Jean Castorini